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« Nous venons en amis » : une plongée au cœur de l'après-conflit soudanais

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Le nouveau documentaire d’Hubert Sauper « Nous venons en amis » sort aujourd’hui en salles. Qu’avez-vous vu dans ce film ?

Le nouveau documentaire de Hubert Sauper « Nous venons en amis »
Le nouveau documentaire de Hubert Sauper « Nous venons en amis »

Un monde qui ne tourne pas rond ; un pays, le Soudan (filmé ici au moment de la partition entre le Nord et le Sud, en 2011), une région déchirée par des années de guerre civile et bernée par des pays riches vraisemblablement plus préoccupés par ses ressources pétrolières que par son développement ; mais avant tout, le regard subjectif d’un cinéaste, on écoute un extrait de la bande-annonce du film :EXTRAIT BANDE-ANNONCE « Nous venons en amis » (XX’) Dix ans après son précédent film « Le cauchemar de Darwin », le réalisateur autrichien installé en Bourgogne, Hubert Sauper, parcourt le Soudan, plus grand pays d’Afrique, dont les premières puissances mondiales, à commencer par la Chine et les Etats-Unis, se disputent le pétrole, les terres et les ressources minérales. Ce pays, le cinéaste le parcourt à bord d’un petit avion bricolé, une sorte de coucou, qui lui permet, non seulement sur le plan symbolique de prendre un peu de hauteur par rapport à la complexité des enjeux géopolitiques qu’il cherche à exposer, mais aussi sur le plan formel de mettre en place un dispositif dans lequel il alterne des plans « vus du ciel », parfois même « vus de l’espace », aux séquences d’interviews qu’il tourne au sol, chaque fois qu’il se pose quelque part dans le pays.

Qui, Hubert Sauper, rencontre-t-il dans ces séquences d’interviews ?

Des villageois spoliés de leur terre ; des ingénieurs chinois présents au Soudan pour le pétrole et vivant sur place comme des astronautes sur la Lune ; des Texans venus faire du business et évangéliser les populations ; des militaires de l’ONU qui malgré leur mission pacifique, restent des militaires qui s’ennuient quand la guerre se calme ; mais aussi des personnalités politiques locales, oscillant entre naïveté, cupidité et mauvaise foi… Le réalisateur Hubert Sauper juxtapose ces rencontres filmées dans les différents lieux où il s’est posé, comme des instantanés. Des instantanés qui forment au final un tableau puissant et sombre, dont la beauté visuelle (que l’on doit en partie à ces plans « vus du ciel ») contraste avec la noirceur, le pessimisme du propos formulé par le cinéaste.

Mais justement, le propos d’Hubert Sauper n’est-il pas un peu manichéen ?

C’est le reproche qui lui avait été fait au moment de la sortie du « Cauchemar de Darwin » (2005), notamment lorsque l’historien François Garçon avait soulevé dans la revue Les Temps Modernes plusieurs questions quant à la véracité des faits que le cinéaste alignait. Très clairement, dans « Nous venons en amis », Hubert Sauper entend montrer que ceux qui prononcent cette formule, des premiers colons aux nouveaux acteurs du développement, sont en général plus animés par leurs propres intérêts que par la générosité. Et l’on peut émettre quelques réserves quant à cette vision des choses, systématiquement soupçonneuse vis-à-vis des intentions des pays riches.Mais à la différence du « Cauchemar de Darwin », ce nouveau documentaire ne se présente pas comme un pamphlet ou un réquisitoire. Le regard d’Hubert Sauper dans « Nous venons en amis » fait plutôt penser à celui d’Octave (interprété par Jean Renoir) dans la « Règle du jeu » lorsqu’il dit : « Le plus terrible dans ce monde, c’est que chacun a ses raisons ».

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