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"Paris nous appartient", une affiche de film comme un slogan, mais le film ?

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C’est une affiche de film, une image largement partagée sur Internet et sur les réseaux sociaux cette semaine. Ce film, c’est Paris nous appartient (1960), de Jacques Rivette. L’affiche est belle, elle montre un homme marchant librement sur les toits de Paris, le regard tourné vers l’horizon. Après les attentats du 13 novembre, elle a resurgi comme pour répondre à un besoin d’images apaisées et apaisantes, d’horizons ouverts, de phrases performatives pour dire notre attachement à Paris et ses symboles. Mais le Paris et les Parisiens du film sont-ils vraiment tels que nous nous les représentons à travers cette affiche, dans notre nostalgie de l’avant.

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Affiche du film "Paris nous appartient" (1960) Crédits : Jacques Rivette

Il était question hier dans cette chronique de ces images antidotes que nous partageons sur les réseaux sociaux depuis les attentats du 13 novembre. Parmi elle, on a vu ressurgir l’affiche d’un film de Jacques Rivette. Je ne vous parle pas de celle d’OUT1 * son film mythique de 1970 (qui dure près de 13h), sur laquelle apparaît en couleur le fringant Jean-Pierre Léaud, posant harmonica à la bouche devant une boutique qui s’appelle « L’Angle du hasard ». Cette affiche vous l’avez sans doute vue aussi ces jours-ci parce que le film est ressorti au cinéma mercredi, et il est parallèlement édité en VOD et en coffret DVD par Carlotta Films.

Mais c’est une autre affiche de film de Jacques Rivette qui a resurgi cette semaine. Celle de Paris nous appartient , réalisé en 1960.

Une image évocatrice et une assertion performative

En noir et blanc, on y voit un homme marcher sur les toits de Paris, en souplesse on dirait, le regard tourné vers l’horizon. Surmontée du beau titre du film, cette affiche a été partagée de nombreuses fois sur les réseaux sociaux et plusieurs journalistes y ont fait référence dans leurs éditos. Elle est devenue une sorte de totem, et son titre une assertion performative pour dire notre attachement à Paris, pour dire aussi le Paris, sans doute idéalisé, que nous aimons, celui aux perspectives ouvertes que l’on surplombe depuis les toits en marchant librement, d’un pas nonchalant, insouciant presque. C’est là que l’on oublie le film de Jacques Rivette derrière le titre et l’affiche. On en écoute un extrait, avec les voix de ses deux comédiens principaux, Betty Schneider et Giani Esposito :

Il n’a rien d’insouciant, et il ne correspond pas au Paris dont on rêve en ce moment, le Paris de Jacques Rivette dans Paris nous appartient. Notons que l’épigraphe du film dit exactement le contraire de son titre en citant une phrase de Charles Péguy : « Paris n’appartient à personne ». Dans ce premier long métrage, qui prend déjà la forme d’un jeu de piste (comme OUT1), on est au début de la Nouvelle Vague, mais pas réellement remis de la guerre de 39-45, et encore embourbé dans la guerre d’Algérie. Les jeunes Parisiens de Paris nous appartient sont paranoïaques, inquiets, ils sont persuadés qu’un complot mondial et destructeur se trame…

Marcher librement sur les toits de Paris

L’affiche du film ne dit pas tout à fait ce qu’est le film. Mais après tout, ce n’est pas grave. Avec ses toits en zinc, son personnage à la démarche aérienne, l’affiche évoque un Paris tranquille, sûr de lui, qui prend de la hauteur sur les choses, et qui nous rassurent, nous revigore en ce moment. Et ces perspectives de toits de zinc dans lequel le ciel se reflète font partie de l’identité de Paris.

Affiche du film "Le Joli mai" (1962)
Affiche du film "Le Joli mai" (1962) Crédits : Chris Marker et Pierre Lhomme

On les retrouve aussi sur l’affiche et au début d’un autre film, tourné deux ans après Paris nous appartient. Il s’agit du très beau documentaire de Chris Marker et Pierre Lhomme Le Joli Mai , tourné en 1962, à Paris, sur et avec les Parisiens, parmi lesquels de superbes et mémorables râleurs. Et aussi avec la voix d’Yves Montand, écoutez :

Et puis ces images d’homme marchant tranquillement sur les toits de Paris, à France Culture, on les aime depuis longtemps puisqu’elles étaient au premier plan d’un spot publicitaire datant de 1995, qui disait : « France Culture, le monde appartient à ceux qui l’écoutent ».

*Out1 (1970), au cinéma en version restaurée le mercredi 18 novembre 2015; en VOD et Coffret DVD chez Carlota Films.

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