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"Vers l’autre rive", de la présence fantomatique des absents

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À retrouver dans l'émission

Prix de la mise en scène « Un Certain regard » lors du dernier festival de Cannes, Vers l’autre rive, le nouveau film de cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa sort demain, mercredi 30 septembre en salles. Un mélodrame poétique sur le thème du deuil au sein couple.

Vers l'autre rive
Vers l'autre rive Crédits : Kiyoshi Kurosawa

Deux heures et huit minutes de poésie visuelle qui se découpent au fil des étapes d’un voyage initiatique vers la mort et vers la vie en même temps.

Après le très beau, et très social, Tokyo Sonata (2008), et après les plus récents et inquiétants Shokuzai (2012) et Real (2013), le réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa continue de s’intéresser à la mort et aux fantômes dans Vers l’autre rive mais cette fois en s’affranchissant des codes du fantastique.

Adapté d’un roman de Kazumi Yumoto, son nouveau film met en scène une jeune veuve, Mizuki (interprétée par la comédienne Eri Fakatsu) qui mène une vie terne et sans saveur jusqu’à la réapparition soudaine, un soir au milieu de son salon, de son mari Yusuke, mort noyé en mer trois ans auparavant. C’est le comédien Tadanobu Asano qui joue le rôle de ce fantôme de chair et d’os dont la présence éclaire le quotidien de Mizuki. C’est en voyageant côte à côte à travers le Japon, à la rencontre de ceux, morts et vivants, qui ont croisé le chemin de Yusuke dans le passé, que le couple va trouver la voie du deuil, l’acceptation de la séparation pour laisser l’un rejoindre la mort définitive, et l’autre poursuivre sa vie.

Affiche du film Vers l'autre rive
Affiche du film Vers l'autre rive Crédits : Kiyoshi Kurosawa

La mort et le deuil, thèmes récurrents du cinéma japonais.

Plus généralement, les thèmes du deuil, de la mort, de la présence des morts parmi les vivants sont très présents dans la culture japonaise. On pense au film Departures (2008) de Yôjiro Takita, à Still Walking (2009)de Hirokazu Kore-Eda, mais aussi à la splendide Forêt de Mogari (2007) de Naomi Kawase.

La plus belle séquence de Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa apparaît d’ailleurs comme une sorte de transposition ou d’hommage au film de Naomi Kawase. On y retrouve un vieillard aux sautes d’humeurs un peu étranges, porté sur le dos par Yusuke jusqu’à chez lui. Le couple le dépose alors dans son lit et découvre sa chambre, tapissée de fleurs multicolores découpées dans les prospectus de magasins de jardinage.

Cette séquence de Vers l’autre rive est l’une des plus belles, aussi parce qu’elle n’est pas alourdie par la musique qui, composée par Yoshilde Otomo et Naoko Eto, est par ailleurs omniprésente (trop) dans le film. Grandiose, extrêmement lyrique elle vient de manière systématique surligner les sensations et les sentiments dépeints par le cinéaste.

Légèrement délesté de cette musique, le film de Kiyoshi Kurosawa n’en serait qu’encore plus poétique, encore plus énigmatique aussi.

L’expérience du deuil au sein du couple, un thème aussi présent ailleurs au cinéma, notamment en France.

En pensant à la question du deuil au sein du couple, viennent forcément les images bouleversantes, les sons, les déplacements, les dialogues très marquants du film de Michael Haneke Amour (2012). On peut aussi avoir envie de revoir le couple Charlotte Rampling- Bruno Kremer dans Sous le sable (2001)de François Ozon…

Mais après s’être laissé porter par la beauté et l’étrangeté, la retenue aussi, de Vers l’autre rive , on aura peut-être aussi envie de revoir La Chambre verte (1977) de François Truffaut, un autre film sur la difficulté de deuil, son impossibilité même.

La Chambre Verte
La Chambre Verte Crédits : François Truffaut
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