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Roland Barthes à l’écran, une présence singulière

3 min
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A quelques semaines du 100ème anniversaire de la naissance du grand sémiologue, Arte diffuse, demain soir, mercredi 23 septembre, Roland Barthes (1915-1980), Le théâtre du langage . Signé par Chantal et Thierry Thomas, ce documentaire en forme d’autoportrait est le premier film consacré à cette figure majeure du structuralisme en France.

Roland Barthes
Roland Barthes Crédits : Anonyme - Sipa

« Je ressens toujours d’une façon poignante, le fait que souvent j’écris pour être aimé. Au fond, peut-être même parfois de tel ou tel. Et en même temps, je sais très bien que cela ne se produit jamais, qu’on n’est jamais vraiment aimé pour son écriture ». Roland Barthes.

Ce sont les premières paroles de Roland Barthes que nous entendons dans le prologue de ce film, dans sa voix, particulière, musicale. Elles rappellent celles d’un autre grand explorateur du langage, Michel Leiris (1901-1990) qui disait, dans Langage tangage (1985), qu’on s’adresse toujours à quelqu’un lorsqu’on écrit, qu’on écrit toujours « pour » quelqu’un.

Aussi surprenant que cela puisse sembler, ce beau documentaire que Chantal Thomas (ancienne élève du sémiologue) et Thierry Thomas (son frère) consacrent à Roland Barthes et qui s’intitule : Roland Barthes (1915-1980), Le théâtre du langage, est le premier film documentaire consacré à cette figure majeure du structuralisme en France.

Parce qu’il est entièrement, exclusivement composé d’archives, d’entretiens qu’a donnés l’écrivain au fil de son parcours, d’extraits de ses livres parce qu’il affirme une écriture cinématographique forte, très aboutie, on peut, d’une certaine façon, relier ce portrait, cet autoportrait même, avec celui qu’avait consacré Chris Marker à Simone Signoret et dont il était question dans « La Revue des images » il y a une dizaine de jours.

Un film en forme d’autoportrait

Bien sûr, il y a dans ces 55 minutes de film, le plaisir de la compagnie de Roland Barthes, celui d’entendre l’élégance de son phrasé, ses nuances, celui de traverser son œuvre, de se ressaisir de sa pensée, complexe et limpide à la fois… De l’entendre évoquer, disséquer même parfois, les Fragments du discours amoureux (1977) les Mythologies (1957) ou encore La Chambre claire (1980) et sa fascination pour la photographie.

Mais ce qui fait la réussite de ce film, son caractère propre, c’est avant tout la finesse de son écriture et de sa réalisation. Ce documentaire que signent Chantal et Thierry Thomas, est composé comme une partition musicale. Il articule des fragments, qui ressemblent d’ailleurs dans leur forme, à ceux que savait créer et que maîtrisait si bien Barthes. Il est rythmé par des ruptures, douces ou vives, qui constituent une sorte de syntaxe cinématographique très élaborée, parfaitement juste, et en même temps modeste, pas compliquée.

Structuraliste jusque dans son quotidien

« Toute ma vie, j’ai fait ce voyage-là, je connais le trajet de Paris à Bayonne, je le connais véritablement par cœur. Et dans cette maison de campagne, je reproduis exactement la même structure de travail que dans ma chambre de Paris. J’ai tout en double. C’est le seul point où je pourrais vraiment reconnaître que je suis un bon structuraliste… C’est que j’ai la même structure de chambre à Paris qu’à la campagne ». Roland Barthes.

Il compare sa technique d’écriture à un artisanat, très conscient et très ritualisé. Il raconte que « ça part de petites fiches, de bouts de papier sur lesquels il marque quelque chose qu’il a lu et qui l’intéresse, une idée, une phrase. Il laisse tout cela s’accumuler, se ventiler – dit-il- puis il classe, et à ce moment-là il rédige, avant, une fois que c’est rédigé, de corriger énormément ». C’est beau et bien imagé, cette expression : « laisser ventiler » les idées, les mots.

On s’imprègne de la présence singulière de Barthes dans ces archives, de certaines de ses formules, quand il se dit volontiers « infidèle à ses idées » , lorsque dans une forme de mélancolie et de pudeur il dit que « la photographie n’assouvit jamais la demande de souvenir ».

Programmé à quelques semaines du 100ème anniversaire de la naissance du grand sémiologue, ce documentaire de Chantal et Thierry Thomas est diffusé demain soir, mercredi 23 septembre, à 22h45 sur Arte.

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