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Eric Rohmer, musicolâtre musicophobe

6 min
À retrouver dans l'émission

par Etienne Menu

revue musicale
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"Paris m’a séduit" c’est ce que chante Arielle Dombasle à la fin de La Femme de l’aviateur , en 1981, les paroles et la musique étant d’Eric Rohmer lui-même. Les nuits parisiennes dont vous parlez, Antoine De Baecque, sont essentiellement montrées chez Rohmer dans Les Nuits de la pleine lune , film où la musique, celle d’Elli & Jacno en l’occurrence, a une présence sinon essentielle, en tout cas moins discrète que dans le reste du cinéma de Rohmer. Car même si celui-ci adorait Mozart ou Beethoven, il rechignait pourtant presque toujours à intégrer de la musique dans ses films. Si une scène a besoin de musique, pensait-il, c’est qu’elle est ratée,. C’est tout juste s’il acceptait la musique intradiégétique, c’est-à-dire déterminée par l’action et qui s’entend quand un personnage chante comme ici Arielle Dombasle, ou qu’il joue d’un instrument comme Melvil Poupaud dans Conte d’été ou qu’il met un disque comme c’est le cas dans les fêtes des Nuits de la pleine lune et celles du Beau Mariage . Les exemples de bande son extradiégétique, conçues spécialement pour enrichir le sens, sont donc encore plus rares. On va en écouter un des seuls exemples : un instrumental très électronique de Ronan Girre dans justement Le Beau Mariage en 1982.

La musicophobie du Rohmer cinéaste prend un tour assez comique pendant la conception de L’amie de mon amie en 1987. Rohmer commande 25 minutes de musique à Jean-Louis Valéro, ce qui est extrêmement long par rapport à ses habitudes, mais annonce dès le départ qu’il la mixera très très bas. Je ne veux pas qu’on l’entende, c’est ce qu’il, déclare au compositeur. Celui-ci s’exécute et compose donc cette pièce secrète et inaudible, sauf pour lui-même. Pour ne pas se montrer trop goujat, Rohmer aurale bon goût de faire apparaître en très gros caractères le nom de son collaborateur au générique. Et il lui obtient même des droits d’auteur malgré sa mise sous silence.

Ce dernier extrait , c’est peut-être le moment musical le plus étonnant de l’œuvre de Rohmer. Il s’agit du générique de Quatre aventures de Reinette et Mirabelle , toujours en 1987, composé encore une fois par Jean-Louis Valéro. Rohmer est toujours aussi espiègle, et impose donc à Valéro de ne se servir que de la note do. Le compositeur cherche donc une solution à ce casse-tête, et décide de faire traduire le titre du film en morse, c’est-à-dire sous la forme de traits et de points. Puis il convertit les traits en dos graves et les points en dos aigus. Une façon finalement de faire de la musique sans vraiment en faire, ou en tout cas de la faire rester dans le langage, à peu près comme le souhaitait Rohmer. Le résultat, que nous écoutons ici dans une version rallongée par le DJ parisien Out One, annonce curieusement le travail de Quentin Dupieux alias Mr Oizo, producteur électro français, qui se trouve par hasard être également réalisateur de films. On se quitte avec le thème du rayon vert composé, là encore, par Rohmer lui-même.

Extraits diffusés :

“Paris m’a séduit”, Arielle Dombasle, La Femme de l’aviateur

Générique du Beau Mariage, Ronan Girre, edit par Out One https://soundcloud.com/out-one/le-beau-mariage-out-one-edit

Générique des Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle, Jean-Louis Valero, edit par Out One https://soundcloud.com/out-one/reinette-et-mirabelle-out-one

Thème du Rayon Vert, Eric Rohmer

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