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France chébran : french boogie 1980-1984

4 min
À retrouver dans l'émission

par Etienne Menu

French boogie
French boogie

Un son chaloupé. Un accent américain. Des jeux de mots hasardeux. Un vocabulaire dernier cri. C’étaient là les traits distinctifs, sous le premier mandat de François Mitterrand, d’une certaine musique française, en l’occurrence ici celle du groupe Interview avec leur titre Salut les Salauds. France Chébran, sous-titrée French Boogie 1980-1985, c’est une anthologie de dix huit titres exhumés par le label Born Bad. Sur la pochette, on voit un dessin du président de la République qui rétorque en 1985 à Yves Mourousi que le mot chébran n’est plus d’actualité. Et qu’il faut désormais dire câblé. L’histoire montrera que les communicants de Tonton n’avaient pas vu tout à fait juste. Mais on découvre en revanche grâce à ce disque qu’à l’époque s’inventait dans l’Hexagone une forme de pop music assez unique. À la fois dansante, légère, hédoniste, mais déjà très désabusée.

“À mon âge déjà fatigué”, chante ici un certain Pierre Edouard, en évoquant la succession des modes et des nouveaux objets de consommation, ou encore le désenchantement de la jeunesse. Sous leurs airs potaches, les titres de France Chébran peuvent en fait s’écouter comme des mini documentaires sur cette époque oubliée. On a l’intonation des voix, les paroles très informelles, la musique qui colle ensemble du funk, de la disco, du rap balbutiant et des nappes synthétiques : c’est tout un continent perdu de notre héritage populaire qu’on retrouve ici. Perdu, peut-être parce que ses acteurs étaient rarement musiciens “par vocation”. Et qu’ils voulaient surtout que leur 45-tours se vendent bien dans les Prisunic, ou qu’ils soient joués en rotation sur les radios libres. Le succès étant supposé chasser la déprime, et donner accès à la vie facile, la easy life.

À partir de la deuxième moitié des années 80, cette pop funky américanophile, aveuglément insouciante face à la crise, va se dissiper dans les charts au profit de groupes plus sérieux, plus rock, plus terre-à-terre. Et il faudra attendre une bonne dizaine d’années pour que les grooves d’inspiration à la fois noire et électronique reviennent dans la musique française. La French touch, représentée par des artistes comme Daft Punk, Cassius ou Superdiscount, connaîtra contrairement au French boogie un succès mondial. Très probablement parce qu’elle restée instrumentale. Et qu’elle n’a donc pas pris le risque de parler de son époque comme l’avait fait cette scène qui s’impose pourtant, rétrospectivement, comme l’une des ses ancêtres.

French boogie 1980-1984 (Born bad records) Extraits :

INTERVIEW – “SALUT LES SALAUDS”

PIERRE-ÉDOUARD – “À MON ÂGE DÉJÀ FATIGUÉ”

NEW PARADISE – “EASY LIFE”

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