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John Coltrane : A Love Supreme, the Complete masters

5 min
À retrouver dans l'émission

par Etienne Menu

A love supreme
A love supreme

Nos auditeurs versés dans le jazz auront probablement noté que le titre de John Coltrane que nous venons d’écouter n’est pas la version historique d’”Acknowledgement”, le premier mouvement du chef d’œuvre A Love Supreme, sorti en 1965. Il s’agit d’une prise alternative, d’une alternate take, qui fait partie d’un coffret sorti pour les fêtes – A Love Supreme – The Complete Masters, composé d’archives inédites. Sur cette prise, par exemple, le quartet de Coltrane se transforme en sextet. Ce saxo ténor espiègle qui dispute le thème du morceau au ténor de Coltrane lui-même, c’est celui d’Archie Shepp, appelé en renfort. L’introduction de contrebasse de Jimmy Garrison, un petit tube du jazz à elle toute seule sur la version officielle, est ici doublée en cadence par un deuxième contrebassiste, Art Davis, et prend des accents qui n’auraient pas déplu à James Brown. À la batterie et au piano, on retrouve en revanche les deux partenaires habituels de Trane : respectivement Elvin Jones et McCoy Tyner, qui deviendront tous deux des légendes du jazz.

Après “Acknowledgement”, reconnaissance, vient, là aussi en version alternative, “Resolution”, la résolution, avant “Pursuance”, la poursuite, puis “Psalm”, pour le psaume. On aura compris qu’A Love Supreme est un disque profondément spirituel, qui marque un des sommets de la dévotion de Coltrane au divin dans l’art. En 1957, le saxophoniste a en effet reçu une révélation mystique qui l’a rendu extrêmement prolifique. Chaque disque, chaque concert, chaque session en studio semble être pour lui une nouvelle étape dans la construction de son rapport au sacré. Si Love Supreme a été influencé par l’ahmadisme, une dissidence indienne de l’islam, Coltrane se disait alors généralement habité par à peu toutes les croyances. Les derniers volets de son abondante discographie seront ainsi marqués par l’hindouisme, qu’il a découvert aux côtés de sa femme, la harpiste et pianiste Alice Coltrane.

A Love Supreme s’était vendu à l’époque de sa sortie à 100 000 exemplaires, un chiffre considérable pour du jazz. Comme Kind of Blue de Miles Davis, Il est devenu au fil des années l’album de jazz que l’on offre aux gens qui ne connaissent pas le jazz. Et c’est succès surprenant quand on sait que Coltrane avait sorti précédemment des disques plus accessibles, comme Olé ou My Favorite Things. Et qu’à côté de l’élégant Kind of Blue, A Love Supreme est une œuvre souvent dissonante, voire carrément bruitiste, qui annonce le tournant radical, pour ne pas dire “free”, que prendra Coltrane dans ses derniers disques. A Love Supreme s’apparente ainsi à une sorte de best-seller malgré lui, de magnifique malentendu commercial, qui permettra à cette musique furieuse et habitée d’être entendue par le plus grand nombre.

A Love Supreme - the Complete masters (Verve)

EXTRAITS

Acknowledgement – Take 4 / alternate

Resolution Take 4/alternate

Acknowledgement – Vocal Overdub 3

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