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Kamasi Washington : le succès surprise d’une épopée libératrice

5 min
À retrouver dans l'émission

par Etienne Menu

the Epic
the Epic

On a pas l’habitude de voir un disque de jazz se hisser au sommet des charts et des classements de fin d’année de la presse généraliste. Et encore moins quand celui-ci s’étend sur presque trois heures et qu’il refuse d’amadouer le grand public avec un tube ou un grand nom de la pop. Et pourtant c’est bien ce qu’a accompli le saxophoniste ténor Kamasi Washington avec The Epic , qui est une œuvre très ambitieuse, à la fois classiciste et moderniste, sortie en mai dernier. La critique internationale lui a en effet réservé un accueil unanime, comparable à celui qu’elle avait accordé deux mois plus tôt à To Pimp A Butterfly , deuxième album du rappeur Kendrick Lamar, sur lequel jouait d’ailleurs justement Washington. Mais alors qu’il aurait pu se servir de Kendrick Lamar comme d’un produit d’appel en le faisant apparaître sur son propre album, le Californien de 34 ans a refusé la facilité et préféré faire de son talent le seul argument de vente de son épopée

Des choeurs et des cordes cinématographiques traversent The Epic de bout en bout, comme sur ce morceau intitulé “Re-Run”. On y entend aussi des rythmes latin jazz, un souffle coltranien, des élans soul, des éclats électroniques et des touches de funk. C’est une vision transversale de l’histoire de la musique afro-américaine, qui est très typique de la scène de Los Angeles. Washington et ses musiciens y ont en effet grandi aux côtés de DJ et de collectionneurs de disques, et ont entendu dès leur adolescence le hip-hop west-coast sampler les disques qu’écoutaient leurs parents. Le label qui sort l’album, Brainfeeder, est d’ailleurs habituellement versé dans des choses plus électroniques, directement issues de cette culture californienne du mélange et d’une certaine érudition informelle. Et quand on apprend que le patron de Brainfeeder, l’artiste Flying Lotus, est lui-même le neveu de feu Alice Coltrane, dont on connaîssait justement le goût pour les arrangements de cordes mais aussi pour les synthétiseurs, on se dit que forcément la boucle est bouclée.

“Clair de Lune” de Claude Debussy repris par des jazzmen : c’est là un beau cliché, tant a été relevée l’influence du compositeur français sur le jazz. Mais le cas de The Epic , on peut se demander si Kamasi Washington n’a en fait pas voulu jouer avec ce poncif. C’est comme s’il nous disait qu’entre les mains d’un artiste plus consensuel et plus conservateur que lui, ce morceau aurait pu être le tube du disque. Mais que dans son cas, la reprise, discrètement placée en fin d’album, tient juste lieu d’interlude plaisant avant la déferlante conclusive qu’est le dernier titre, “The Message”.

Kamasi Washington : The Epic

Extraits diffusés

“Change of the Guard”

“Re-Run”

“Clair de Lune”

“The Message”

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