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Le yodel de la fôret équatoriale des femmes pygmées

4 min
À retrouver dans l'émission

par Etienne Menu

chants pygmées
chants pygmées

Cette grisante polyphonie est extraite d’un CD sorti en mai dernier, et c’est un des plus beaux enregistrements ethnomusicologiques de l’année. Il est consacré aux femmes de différents groupes pygmées de la Sangha, région au nord du Congo Brazzaville. En l’occurrence, ce chant s’appelle un yeli et c’est une forme musicale propre à l’identité féminine pygmée. On remarquera que la technique employée par les vocalistes n’est ni plus ni moins celle du yodel, qu’on associe en général à des musiciens vivant sous des climats plus alpins. Mais on apprendra en lisant le livret, écrit par l’ethnomusicologue Nathalie Fernando, qu’est considéré comme du yodel tout type de chant qui passe d’une voix de poitrine à une voix de tête. Pourquoi alors un yodel ne pourrait-il pas retentir au cœur de la la forêt équatoriale ?

Cette flûte porte le nom de Mobio. Elle est confectionnée dans une tige de papayer et ne comporte aucun trou de jeu. Elle ne produit donc qu’un seul son, qu’accompagnent les voix des participantes. Les polyphonies de ces femmes sont marquées par la présence récurrente du contrepoint enchevêtré et d’un type de contretemps assez contre-intuitif pour une oreille occidentale. C’est évidemment ce qui fait tout l’attrait de cet enregistrement, sorti chez Ocora, label développé depuis presque 70 ans au sein même de Radio France, et spécialisé dans les musiques traditionnelles, souvent enregistrées sur le terrain.

Les hommes viennent parfois se mélanger aux femmes pour participer à certains chants. Sur cette plage, la voix masculine principale raconte une histoire à durée indeterminée lors d’une veillée funéraire, censée maintenir son auditoire éveillé pendant la nuit. Si sur ce morceau ces chants produisent un sens, la plupart des voix que l’on entend par ailleurs sur le CD ne scandent rien d’autre que des syllabes dénuées de signification. On chante pour chanter, la valeur phonique se suffit à elle-même.

Une douce berceuse en ce jour de Noël, sur un disque qui en contient plusieurs autres, parfois moins paisibles, tout en yodel mais tout aussi belles. La pratique musicale des pygmées de la Sangha reste pour eux le dernier champ de préservation de leur héritage culturel et de transmission de leur rites. Avec l’interdiction de la chasse à l’éléphant, on redoute de voir leurs pratiques ancestrales, bien qu’évolutives, réduites à de simples divertissements. Joyeux Noël encore.

Congo : Femmes Pygmées de la Sangha (Ocora)

Extraits diffusés :

“Yeli”

“Likano”

“Mobio”

“Bolobé”

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