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★ : L’étoile noire de Bowie

6 min
À retrouver dans l'émission

« I’m a blackstar, I’m not a popstar » précise David Bowie dans le grand morceau de dix minutes qui ouvre en majesté ★ (Blackstar) son nouvel album (le 25ème) sorti aujourd’hui. Une étoile noire qui célèbre aussi ses 69 ans, puisque c’est le 8 janvier son anniversaire (c’est aussi celui de Jean-Marie Straub, Elvis et Pascal Obispo, comme quoi la conjonction des astres est différente pour tout le monde). On sait combien le rapport aux étoiles, à l’apesanteur, est important chez Bowie, depuis le message envoyé au Major Tom dans Space Oddity jusqu’à la gravité rare de Low.

Plusieurs journaux évoquent la stratégie calculée de Bowie, qui serait une fois encore warholien dans l’excellence de sa communication, mais la presse en est presque réduite à cela puisque Bowie n’apparaît plus, ne répond à aucune demande et laisse seule sa musique parler pour lui.

Pour le précédent album Mr.Jones avait envoyé à l’écrivain Rick Moody une liste de 42 mots, ici Bowie est plus laconique, mais il donne toujours des images, des clips particulièrement saisissants, comme celui de « Lazarus » réalisé par Johan Renck qui joue avec beaucoup de talent sur le malaise du spectateur. Bowie apparait alité, vieilli, les yeux bandés, secoué de spasmes, comme résistant à sa propre lévitation dans un lit d'hôpital hors du lit il prend des notes maniaques, rongé de nervosité et finit par se cacher dans un placard… bref, les analystes n'en ont pas fini avec Bowie. D’autant qu’il y est question d'exécution, de mensonges, de terre sacrée… et que les références religieuses sont ici légions, tant dans les paroles que dans les images : après les trois hommes de paille crucifiés dans « Blackstar », apparaît Lazarus, celui que Jésus ramène à la vie dans le Nouveau Testament)

« Regarde ici je suis au Ciel, j'ai des cicatrices qu'on ne peut voir, une histoire qu'on ne peut pas me voler, tout le monde me connait désormais » (Lazarus)

Je vous encourage surtout à écouter entièrement le morceau qui progresse avec une mise en tension très impressionnante. Il n’échappera à personne que l’on entend beaucoup de saxophone dans cet album, et pour cause : c’était le premier instrument de David Bowie, et le chanteur invite ici un très bon saxophoniste de jazz, Donny McCaslin, un guitariste newyorkais, Ben Monder, et un des batteurs les plus recherchés : Mark Guiliana, qui tenait la batterie aux côtés d’Avishai Cohen ou Brad Mehldau. L'idée étant selon Tony Visconti son producteur « d'enregistrer un album de Bowie avec des musiciens de jazz qui ne joueraient pas nécessairement du jazz » dont acte.

Et pour comprendre cette nouvelle évolution de Bowie, on peut se tourner vers ses autres masques et regarder le film de Gaëtan Chataigner et Christophe Conte « Bowie, L'Homme cent visages ou le fantôme d’Hérouville» diffusé sur France 4, qui revient notamment sur les enregistrements que Bowie a réalisé aux célèbres studios résidentiels de Michel Magne. Avec cette idée maitresse : David Bowie est un fantôme : le plus vivant et le plus invisible à la fois de tous les héros de la pop culture, lui qui s'est depuis ces 10 dernières années complètement effacé (on pouvait s'y attendre pour celui qui a chanté Ashes to Ashes). Conclusion, Bowie brille à la manière d’une étoile, dont on perçoit la lumière avec un certain retard. Le temps donc d’écouter Bowie, encore, longtemps.

Extraits diffusés :

Blackstar

Lazarus

Dollar Days

Girl Loves Me

★ Blackstar (Sony)

A voir aussi « Bowie, L'Homme cent visages ou le fantôme d’Hérouville » de Gaëtan Chataigner et Christophe Conte :

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