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LOW ou le groupe qui affecte, selon Spinoza

5 min
À retrouver dans l'émission

Ones and sixes (Sub Pop)
Ones and sixes (Sub Pop) Crédits : Radio France

Gentle : « Doux, mesuré, silencieux et étroit, attentif, mesuré, torturé et stable… Cela ne doit pas forcément se finir ainsi » ces premiers mots du dernier album de LOW pour vous donner le climat de cet album avec un arbre mort sur la couverture.
LOW en deux mots, pour ceux qui ne les placent pas déjà au sommet des survivants magnifiques des années 90 aux côtés de Yo La Tengo et Wilco, c’est groupe originaire de Duluth dans le Minnesota. Formé en 1993 autour d’un couple de mormons, mariés, deux enfants : Alan Sparhawk et Mimi Parker. Auteurs au style bien défini, un rock très lent où les silences, les pauses ont une part importante, avec des voix qui ont l’air de flotter comme en suspension.

Viennent ensuite, et c’est la contrepartie dont il jouent avec beaucoup de finesse, des montées d’une violence sourde, implacable. Et les paroles n’arrangent rien, ici souvent organisées comme un dialogue, entre les voix du couple d’abord, dialogue interne ou même avec la mort comme ici dans « Into You ». Une gravité manifeste encore dans l’entretien qu’Alan Sparhawk accordait récemment aux Inrocks « Je me bats toujours contre moi-même, mais je reste la même personne (…) Sur de nombreux plans on empire en vieillissant (...) certains fardeaux s'alourdissent, encore, encore et encore. Certaines personnes arrivent à mettre, peut-être inconsciemment, ces questions sous le tapis. Moi ca reste là, en permanence, et ca m'affecte » Alan Sparhawk évoque la mort récente de son père et les questions que cette disparition a fait surgir… Il a alors cette formule pour définir son travail, sa réflexion : « c'est comme poignarder l'obscurité, c'est ce que je fais en permanence ». Les fidèles de Low remarqueront que certains morceaux dépassent presque les 60 bpm, tempo rapide pour eux qui traduit peut-être une frénésie nouvelle.

Nul doute pour ceux qui les croisent, ou les ont vu en concert : on ne peut qu’être « affecté », comme le dit Spinoza, par la musique de LOW. Je reprends ici le constat fait par Frédéric Lordon sur cette antenne (un jour où il se trouvait à l’écoute du groupe Frustration qui venait de jouer devant lui) : « être affecté selon Spinoza c’est un d’abord un événement corporel, une variation de la puissance d'agir du corps, et corrélativement de la puissance de penser de l'esprit. » Aussi l’écoute de LOW même déprimante, peut-elle permettre à ceux qu’elle affecte de se trouver HIGH.

Extraits diffusés :

Gentle

Into You

Congregation

Kid in the corner

Ones and sixes (Sub Pop)

Concerts : vendredi 30 octobre 2015 à Tourcoing, le 2 novembre 2015 au Divan du Monde, Paris.

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