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Oneohtrix Point Never : splendeur du marécage digital

6 min
À retrouver dans l'émission

par Etienne Menu

Oneohtrix Point Never
Oneohtrix Point Never

Child of Rage, c’est le titre de cet extrait de Garden of Delete, sorti en novembre dernier et sûrement l’album de musique électronique le plus encensé par la critique en 2015. Son auteur s’appelle Oneohtrix Point Never, c’est le pseudonyme d’un Américain de 33 ans, Daniel Lopatin. Le disque, sorti sur le prestigieux label anglais Warp, évoque parfois les travaux de grandes figures de l’électronique expérimentale comme Aphex Twin, Christian Fennesz ou Markus Popp. Mais la démarche du jeune homme évolue cependant dans des zones plus impures, où les notions d’œuvre, de beauté et d’invention sont mises à mal par les nouveaux usages de la musique au 21e siècle.

Un son artificiel de grandes orgues, choisi dans une banque de sons au format MIDI : c’est le genre de ready-made musical que Oneohtrix Point Never aime exposer, avant de le faire adhérer à des éléments hétérogènes pour former un édifice dont on ne sait trop s’il nous attire ou s’il nous écœure. À une époque où, face la confusion des données, nombre de musiciens prétendent sauver leur art en revenant à des formes éprouvées, Lopatin a l’audace de plonger sans combinaison dans l’infini marécage digital, et de s’y laisser séduire par ses monstruosités. Miraculeusement, il y trouve parfois une sorte de lyrisme pop encore inimaginable cinq secondes plus tôt.

En interview, Daniel Lopatin cite autant Julia Kristeva et Stanley Kubrick que les cassettes de jazz-fusion qu’écoutait son père en voiture. Son pseudonyme lui-même vient du nom d’une station de rock commercial du Massachussetts, l’État où il a grandi. Ainsi peut-on se demander s’il opère finalement moins comme un créateur au sens classique que comme un auditeur particulièrement doué et obsessionnel, qui serait resté enfermé dans la matrice de la culture populaire et nous enverrait quelques uns de ses collages. Garden of Delete n’est pas pour autant un pot-pourri post-moderne de citations ironiquement sélectionnées : de sa structure feuilletée émerge au fil des écoutes une beauté convulsive et foncièrement inouïe.

Une dernière précision qui là encore saura peut-être vous parler, Jacques Attali : à la sortie de Garden of Delete, Daniel Lopatin a mis en ligne en accès gratuit l’ensemble des fichiers MIDI dont il s’est servi pour composer l’album. Une façon de démystifier une bonne fois pour toutes son geste créateur, et de donner à ses fans la possibilité de créer leurs propres morceaux à partir d’une base commune et libre de droits.

Oneohtrix Point Never : Garden of Delete (Warp records)

Extraits diffusés :

“Child of Rage”

“Freaky Eyes”

“Animals”

“Lift”

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