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The Conny Plank Session : Duke Ellington a croisé le krautrock

4 min
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Duke Ellington – The Conny Plank Session
Duke Ellington – The Conny Plank Session Crédits : Radio France

**** Le 9 juillet 1970, au cours d’une tournée en Europe, Duke Ellington réunit son orchestre dans les studios Rhenus de Cologne pour travailler sur deux compositions. D’un côté le pianiste et chef d’orchestre, ses seize musiciens et de l’autre en cabine, l'ingénieur du son et producteur allemand Konrad Plank.

Pour certains Duke Ellington est au XXème siècle ce que Jean-Sébastien Bach est à la musique classique : l'alpha et l'oméga, l'Ancien Testament. Beaucoup moins connu mais tout aussi essentiel, Konrad alias Conny Plank, est lui aussi une figure majeure, mais du côté de la technique : musicien et producteur, il contribuera à la naissance du son de Kraftwerk, de CAN, NEU! (bref, tout ce qu’on appellera le Krautrock et plus tard des débuts de la musique électronique en Europe) il aura aussi une grande influence sur David Bowie et Brian Eno au moment de leur période Berlinoise. Aussi inattendu que cela puisse paraître, les deux personnalités se sont rencontrées, et ont travaillé ensemble à l’occasion d’une session, restée inédite jusqu’à cet été. Session où l’on peut mesurer tout le travail de recherche fait par Duke Ellington, où partant d’un même motif, il joue d’atmosphères et d’intentions très différentes, on revient sur « Alerado take 3 » cette fois-ci plus ralenti ou retenu, et cela change tout.

Duke Ellington et son orchestre (avec notamment Wild Bill Davis (orgue), Norris Turney (flûte, alto) Fred Stone (Bugle) Harold Hashby et Cat Anderson à la trompette) pour une session de travail inédite, captée par un pionnier du son de l’après-guerre.

Ou comment Conny Plank se trouve ici comme un pivot entre deux révolutions musicales. Il n’oubliait pas que ce sont d’abord les interprètes qui font la musique et pas le studio, déclarant (et c’est presque une devise) « Chaque groupe a le son qu'il mérite ».

Alors quelques mélomanes Ellingtoniens purs et durs préciseront que certaines de ces pièces avaient déjà été éditées en 2008 (sur New York New York édité chez Story ville) que tout n’est pas si inédit que cela, ce qui n’autorise pas à lever le sourcil avec dédain pour autant. Déjà parce que tout ce que l’on entend sur ce disque est proprement nouveau, et puis surtout par ce que l’intérêt tient justement à la comparaison possible entre les prises, « Alerado » change radicalement de climat quand le Duke en ralenti le tempo, c’est encore le cas ici avec « Afrique ». La troisième prise est une version vocale, et un mystère plane sur cette voix féminine : certains ont évoqué une amante scandinave de Duke Ellington, ou encore la soprane DeVonne Gardner, mystère et inattendu. Une musique comme le souhaitait René Char (à propos de la poésie) : « inséparable du prévisible, mais non encore formulé »

Extraits diffusés :

Alerado (take 1)

Alerado (take 3)

Afrique (take 1)

Afrique (take 3 vocal version)

Duke Ellington – The Conny Plank Session (Grönland Records)

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