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In Memoriam David Rochline (1951-2015)

6 min
À retrouver dans l'émission

David Rochline
David Rochline Crédits : Radio France

David Rochline… Dans la nuit … J’aime ce bel hymne qui se termine en queue de poisson sur les mots « Porte de Clignancourt ».
C’est Paquita Paquin qui nous a présenté le soir de son dernier vernissage en 2013. Aux murs de la galerie Le Purgatoire, rue de Paradis, les fusains de grand format représentaient de fortes poupées au visage et à l’anatomie hiérarchisés en disproportions et en harmonies suivant un ordre à la Gulliver. Dans un entrelas d’arabesques qui remplissait l’ensemble du dessin, le bourrant de détails en écho suivant la méthode observée de manière rigide par certains psychopathes, les figures féminines se détachaient. Souriantes, hiératiques, elles portaient toutes le même masque dessiné à la craie avec un soin et des délicatesses de maquilleur c’était celui de Marlène Dietrich .

Quand je l’ai rencontré David Rochline était un homme frêle, de petit taille qui avait dépassé la soixantaine malgré son étrange tenue de Poulbot et une importante crinière de cheveux frisés couleur d’aile de corbeau. Il se montrait à la fois affable et un peu sec, détournant les compliments avec une ironie cruelle, sans pourtant se départir d’une gentillesse exquise, à la fois simple et sucrée. Difficile de savoir sur quel pied danser avec ce personnage en sucre, griffe et chiffon qui, tel ses œuvres, me semblait d’une élaboration artificielle et sophistiquée à partir d’une base où le sexuel et l’infantile se mélangeaient comme dans les rêves ou les contes. Il appartenait aussi par une certaine souplesse et un côté postiche au monde du music-hall où il a donné des pièces.

C’est au cimetière Montparnasse jeudi dernier, sur un petit haut parleur de fortune que j’ai découvert ses chansons. Entre temps j’avais eu le plaisir de dîner avec lui quelquefois. Je me souviens qu’un soir il m’avait parlé de ses débuts éphémères dans la variété au début des années 1970 il avait fait une tournée avec Mike Brandt qu’il aimait bien et Michel Fugain qu’il avait trouvé odieux. Artiste isolé au sens d’un Pierre Klossowski mais aussi d’un Kenneth Anger, il vivait à Malakoff dans un extraordinaire mausolée, un château de la Belle et la Bête dans lequel il jouait tous les rôles. Très épris de psychanalyse dont il faisait un usage volontiers toxique il semblait en contact permanent avec des forces obscures, de petite taille comme lui, mais extrêmement tyranniques… Depuis trois jours qu’il est sous terre et que notre conversation très courte s’est interrompue, j’écoute enfin les jolies chansons de David Rochline.

Simon Liberati

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