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No Land's Song (Jour2Fete)

No Land’s Song ou la question des femmes sur scène en Iran

5 min
À retrouver dans l'émission

Depuis la révolution de 1979, les femmes n’ont plus le droit de chanter en public en tant que solistes. La compositrice Sara Najafi invite trois chanteuses à venir de France en Iran pour monter sur scène avec elle, en hommage à Qamar, chanteuse des années 20.

No Land's Song (Jour2Fete)
No Land's Song (Jour2Fete)

Monter un concert avec des chanteuses seules sur scène en Iran, c’est toute l’entreprise au long cours menée par la compositrice Sara Najafi, un projet que filme sur plus de deux ans (entre 2011 et 2013 sous les gouvernements d’Ahmadinejad puis de Rohani) le réalisateur Ayat Najafi, frère de la compositrice. « No Land’s Song » montre la détermination et la stratégie de fausse naïveté de la musicienne face aux autorités religieuses et politiques qui s’opposent à son projet, sans l’interdire totalement. Elle enregistre avec un micro caché les préventions du Ministère de la Culture et le Guidance islamique, rencontre un érudit religieux (Abdolnabi Jafarani) qui explique que la voix de la femme ne peut pas dépasser une certaine limite (qu’il est bien en peine de définir).

Mais la compositrice maintient son projet, accepte d’engager un poète qui fera semblant de chanter aux côtés des femmes. Et surtout elle a l’idée d’inviter des chanteuses venues de France : Elise Caron, la Tunisienne Emel Mathlouthi (qui avait chanté « Kelmti Horra » Ma parole est libre lors des manifestations à Tunis en janvier 2011) et Jeanne Cherhal qui reprend ici Jhale Khoon Shod (Jalé ensanglanté) chanson de 1978 :

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« La rosée est tombée sur les pierres, Elle est en sang, Qu’est-il arrivé au sang ? Il les a rendus fous ! Engage-toi, prends des risques ! Détruis la maison de la tyrannie, Chère sœur, ouvrier, ô villageois, frère, artisan, ô brave, Nous appartenons tous au même front, Debout contre cet oppresseur qui porte la couronne, Engage-toi, prends des risques ! »

On est frappé de voir à l’écran l’écart énorme qui sépare les musiciens français, animés de bons sentiments, et les chanteuses et musiciens iraniens dont la force de conviction (et de répertoire) bouscule jusqu’aux larmes. La Belle au bois dormi d'Elise Caron parait légère dans ce dialogue de chansons à la fois poétiques et révolutionnaires.

Le concert finira, non sans peine, par avoir lieu. Victoire provisoire dans une situation pleine de paradoxes que le film soulève avec beaucoup de nuances. Pourquoi alors qu’elles sont plus nombreuses que les garçons à fréquenter les écoles de musique, les filles iraniennes continuent d’apprendre une discipline qu’elles n’auront pas le droit de pratiquer – ou dans certaines conditions ? Quelles limites à ce qui est licite ou illicite au regard de l’histoire du pays ? Ayat et Sara Najafi tentent de retrouver les traces des cabarets de Laleh-Zar à Téhéran, de rappeler ce que firent des chanteuses comme Delkash dans les années 50-60 ou encore Qamar qui en 1926 est montée sur scène non voilée, chantant notamment Morq-e Sahar (Oiseau de l’aube)

« Ô Rossignol les ailes enchainées, Echappe toi de cette cage, chante un air de liberté, d’un souffle de liberté sur cette terre, enchante nous… Tyrannie du tyran, violence du chasseur, Elle a ruiné mon nid, Ô Dieu, Ô Ciel, Ô Nature, Eclaire notre nuit obscure ». Le film mérite d'être vu ne serait-ce que pour ce cette scène où la chanteuse Parvin Namezi (qui rayonne littéralement y compris par son humour dans tout le film), improvise dans l’atelier d’un luthier qui les accompagne à la percussion, avec Sara Najafi au tar. Chanson qui sera reprise par le public à la fin du concert…

Extraits diffusés : Bande annonce du film « No Land’s Song » de Ayat Najafi

  • Jhale Khoon Shod (Bloody Jalé) Musique : Hossein Alizadeh / paroles : Siavash Kasraei) interprétée par Jeanne Cherhal

  • Morq-e Sahar (Oiseau de l’aube) trad. musique Morteza Neydavood / paroles Mohammed Taqi Bahar (1924) interprétée par Parvin Namezi

Le film « No Land’s Song » de Ayat Najafi sort en salles aujourd’hui

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8H45
3 min
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La Revue numérique : Mercredi 16 mars 2016
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