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Paco de Lucía, père et fils, maitre et traitre

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« Si je n’avais pas eu la guitare, je serai resté un introverti, toute ma vie » Parce qu’il avait pensé à ajouter une basse et des bongos, Paco de Lucía a vu sa rumba « Entre dos Aguas » devenir un tube jusqu’en boite de nuit. Parce qu’il a tenté « l’extraversion » du flamenco, allant jusqu’au jazz et aux improvisations, les défenseurs du flamenco traditionnel, comme Sabicas, ne lui pardonneront pas.

Au début des années 70, le payo originaire d’Algésiras fait passer le flamenco au delà de l’Espagne franquiste, au delà du patrimoine, il sera à la fois le maitre et le traitre d’un genre qu’il incarne presque aujourd’hui. C’est l’un des enjeux du film passionnant sorti en salle hier consacré à Paco de Lucía (film qui avait reçu le Goya du meilleur documentaire cette année). Ce qui devait être un documentaire sur le long cours a pris la forme d’un testament avec la disparition subite du guitariste le 25 février  2014, à 66 ans. Le réalisateur, Curro Sanchez Valera, fils de Paco de Lucia, ne bâti pas une hagiographie mais tente de montrer les étapes qui ont amené Paco de Lucía au rang des grands guitaristes du siècle avec Django Reinhardt ou Jimi Hendrix. Parcours semé de rencontres décisives, dont la première – il le dit lui-même - restera celle du chanteur qu’on surnomme Camarón (la petite crevette).

Son tu ojos dos estrellas : « Ils m’ont dit que tu es en train de m’avoir, et j’ai peur, rien qu’à y penser » El Camarón de la Isla avec à la guitare Paco de Lucía et Antonio Sánchez, son père. C’est aussi une histoire de famille que relate le documentaire « légende du flamenco » où Paco de Lucía raconte comment enfant il corrige son père sur une faute de temps dans la falsetta qu’il est train de jouer, comme un Œdipe raconté avec candeur. Il dit aussi la solitude des guitaristes « on devient tous fous », la rigueur qui l’oblige depuis des années « ce qu’on attend de moi, c’est un supplice », pourquoi il garde cette image d’homme sérieux alors qu’il aime s’amuser et rire comme tout le monde. Pourquoi enfin il a choisi le nom de Paco, fils de Lucía. Raison sans doute pour laquelle il voulait, pour ce qui est devenu son dernier enregistrement, revenir au répertoire des coplas, celui qu’affectionnait sa mère.

Au delà des témoignages de ceux qui ont joué avec lui (John McLaughlin, Chick Korea, Santana) la solidité du film tient surtout à ce que dit Paco de Lucía, notamment sur son exigence morale « j’ai été de gauche jusqu’à deux millions de pesetas (…) après je n’ai plus jamais dit que j’étais de gauche » et puis la mise en valeur permanente de la musique, au travers notamment d’archives édifiantes, comme lors d’un concert à Los Angeles, où il apparaît le visage presque impassible jouant le redoutable solo de « Malagueña » de Lecuona. « Je ne crois pas au génie, mais aux gens qui travaillent, et qui ont du talent. Mais le travail reste fondamental. La seule chose commune, entre moi et tous ces gens, c’est l’impression de ne rien savoir ».

extraits diffusés :

Extraits du film « Entre dos aguas »

« Son tu ojos dos estrellas » (El Camarón de la Isla con la colaboración especial de Paco de Lucía)

« Te he de querer mientras viva »

« Malagueña » (E.Lecuona)

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