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Ayler Records

Sarah Murcia, Never Mind le Futur

6 min
À retrouver dans l'émission

Dans un disque foutraque jazz et punk (ou l’inverse) la contrebassiste interprète intégralement l’unique album des Sex Pistols à la lumière d’une thèse situationniste.

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Lecture jazz « déstructuré » comme on dirait dans une émission culinaire, vous aurez reconnu le très breakzit Anarchy in the U.K. interprété ici par Sarah Murcia. La contrebassiste, arrangeuse et chanteuse à l’occasion qui reprend entièrement l’album Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols. « Peu importe les couilles » faut-il traduire crument, le seul album studio du groupe anglais paru en 1977, souvent repris mais rarement en intégralité, et dans le désordre en ce qui concerne les chansons mais aussi dans l’esprit. Plus que l’exercice de reprise, c’est un travail de réflexion, de démontage que ce disque puisque comme l’explique Sarah Murcia « Never Mind The Bollocks c’est un tiers de musique, et deux tiers de concepts, qu’ils soient politiques ou esthétiques ».

Interprétation punk du jazz (ou inversement) inspirée de la lecture de l'Américain Greil Marcus et de son Lipstick Traces, une histoire secrète du vingtième siècle (Editions Allia, 1998) livre fameux qui rapprochait Johnny Rotten des situationnistes, de Saint Just ou de la Commune de Paris, comme si le mouvement Dada avait existé avant Dada, qu'il était le poivre volatile qui fait éternuer l'histoire en Europe. Sarah Murcia, femme de tête avec le groupe Caroline (composé uniquement d'hommes : un certain Olivier Py au saxophone (sans rapport avec le directeur du festival d’Avignon, qui lui se mue parfois en Miss Knife) ici ce sont Gilles Coronado (guitare) Franck Vaillant (batterie), auxquels s’ajoutent deux invités : un pianiste (Benoît Delbecq) et le chorégraphe et chanteur Mark Tompkins en écho tout à fait juste de Lydon.

Sarah Murcia musicienne libre et hyperactive : en plus de ce projet autour des Sex Pistols, vous la verrez bientôt aux côtés du duo newyorkais Elysian Fields, elle a accompagné plusieurs chanteurs sur le long cours dont la joueuse de oud Kamilya Jubran, elle joue par ailleurs encore dans au moins quatre groupes réguliers…

Ce qui ne signifie pas dispersion ou accélération pour autant : par exemple l’album des Sex Pistols, plutôt fulgurant (qui dure une grosse demi-heure) est étendu ici à presque une heure de musique où n’est resté parfois que la ligne de chant originale. Vous trouverez bien sûr "God Save The Queen" avec une ouverture étirée, on entend ailleurs un esprit de cabaret, "No Feelings" y devient sourd et dissonant, Sarah Murcia ajoute la reprise de "My Way" (version Sex Pistols) en guise de final. A noter la lecture de "Bodies", chronique violente sur l'avortement, comme au hachoir avec des voix nues, très simples.

Il ne vous aura pas échappé que la pochette du disque reprend le travail de découpage de Jamie Reid, mais en guise de fond jaune (ou de Reine d’Angleterre) c’est une photo de la fille de Sarah Murcia, en moue de défi : Never Mind The Future.

Extraits diffusés :

Anarchy in the U.K.

Problems

Holidays in the Sun

Never Mind The Future (Ayler Records)

Concert les 26 et 27 avril 2016 à Mulhouse

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