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Le site officiel du gouvernement contre le terrorisme et les réseaux djihadistes

Et si, moins que la radicalisation, Internet favorisait le passage à l'acte

3 min
À retrouver dans l'émission

Après les attentats d'Orlando et de Magnanville, ressurgit le rôle d'Internet dans les processus de radicalisation. Y aurait-il une manière de penser le problème qui évite les écueils de la condamnation générale et du relativisme ?

Le site officiel du gouvernement contre le terrorisme et les réseaux djihadistes
Le site officiel du gouvernement contre le terrorisme et les réseaux djihadistes Crédits : Julio PELAEZ - Maxppp

Suite aux deux attentats qui ont eu lieu à Orlando samedi et dans les Yvelines lundi soir, et qui ont comme point commun d'avoir été commis par des hommes seuls, rejaillit la question du rôle d'Internet dans le processus de radicalisation, et dans le passage à l'acte. Dans le cas d'Orlando, ce sont les autorités et le président Obama lui-même qui ont avancé l'hypothèse d'une auto-radicalisation via les réseaux. Dans celui du double assassinat de policiers à Magnanville, c'est le tueur lui-même qui avait déclaré en 2013 devant le tribunal qu'Internet avait « programmé » sa radicalisation.

Bon, on ne va pas résoudre en 3 minutes cette question hypercomplexe, mais il est sans doute pas inintéressant d’évacuer d’emblée les deux positions diamétralement opposée, mais communément bétasses, qui consistent à dire d’une part « c’est la faute d’Internet, sans Internet ce type de terrorisme n’existerait pas » ; et d’autre part « Internet n’y est pour rien. S’en prendre à Internet est aussi absurde que de rendre responsable le livre et l’imprimerie de l’expansion du fascisme dans les années 30 ».

Est-ce qu’il y a plus fin et intéressant que ces deux positions ?

Hier, je suis tombé sur un texte qui m’a fait réfléchir. Il s’agit d’un papier de Fusion (un média américains à destination des hispaniques) qui est allé chercher un travail menée à la fin des années 70 par le théoricien des réseaux de Stanford, Mark Granovetter. Mark Granovetter, il est célèbre pour avoir élaboré au début des années 70 la théorie des liens faibles. Mais c’est pour un autre travail que le journaliste de Fusion est allé le chercher. Pour un texte écrit 70 à propos du passage à l'acte dans le cas d'émeute, la question étant : comment une foule pacifique va produire une émeute ? Qu'est-ce qui fait que quelqu'un pas a priori soupçonnable de violence va lancer un projectile ? La théorie de Mark Granovetter veut que cela fonctionne avec des effets de seuil. Celui qui lance le premier pavé n'a besoin de presque rien pour le faire. Lui, son niveau de seuil est 0. A côté, un autre a besoin qu'un premier pavé ait été lancé pour en lancer un. A côté, un autre a besoin de voir deux personnes lancer des pavés pour s'y mettre. Si l'on prolonge, de seuil en seuil, on arrive à ce que des gens dont on n'aurait jamais pu soupçonner qu'ils lancent un projectile, le fassent.

Que donne cette théorie appliquée à des attentats terroristes et au rôle d’Internet ? Si Granovetter a raison, ça veut dire que le djihadiste qui coupe une tête à Raqqa et poste la vidéo sur Youtube, c'est le palier 0. Et tout au bout de la chaîne - 5 ou 6 lanceurs de pierres plus tard - après les groupes organisées de Paris, de Bruxelles, le couple tueur de San Bernardino, vous avez Omar Mateen à Orlando et Abballa dans les Yvelines. Internet rendrait visible à distance l’acte violent et permettrait le franchissement des seuils.

Cette théorie a sans doute plein de défauts, dont celui de faire fi des mobiles profonds, mais elle permettrait néanmoins de comprendre certaines choses :

- cette théorie permettrait de comprendre pourquoi les auteurs se réfèrent souvent aux auteurs d’attentats précédents, comme Omar Mateen l’a fait avec les frères Tsarnaev, auteurs des attentats de Boston

- elle permettrait de comprendre le souci apporté par l'EI à la diffusion de ses actions violentes. Jusqu’à la manière dont lundi soir, Abballa s’est filmé sur Facebook Live revendiquant et menaçant avec l’enfant en arrière plan, pourquoi il a envoyé deux tweets avec manifestement des photos des cadavres de ses victimes. Peu importe que ces images soient très peu vues, presque immédiatement retirées, ce qu’elles visent, ce n’est pas le grand public qu’il faut terroriser, mais le minuscule public susceptible de franchir un palier

- cette théorie permettrait d’expliquer aussi pourquoi des personnes repérées par la police, surveillées, interrogées et considérées comme pas dangereuses le deviennent. Le processus qui mène à l’acte ne serait pas un continuum logique qui mènerait de la rencontre de l’islam radical jusqu’à l’acte terroriste, mais un déclic, la possibilité soudainement ouverte par un modèle presque visuel, un modèle dont Internet, même contrôlé, est un véhicule aujourd’hui privilégié.

Même si elle a l’avantage de circonscrire le rôle d’Internet dans ce nouveau terrorisme, cette théorie a, je le répète, plein de défauts. Le pire d’entre eux, c’est de n’offrir aucune solution.

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