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Capture d'écran d'un compte djihadiste « Khalifa News »

La guerre contre les djihadistes se fait aussi sur les réseaux sociaux

3 min
À retrouver dans l'émission

On le sait, la bataille terroriste se joue aussi sur les réseaux. Et cette bataille est très organisée.

Capture d'écran d'un compte djihadiste « Khalifa News »
Capture d'écran d'un compte djihadiste « Khalifa News »

Hier, on en a eu une preuve supplémentaire, et flagrante. C’est une journaliste du New York Times, Rukmini Callimachi, qui suit en particulier la Syrie depuis Beyrouth où elle est stationnée, qui en fournissait un exemple sur son compte Twitter. Manifestement, en plus de son travail de terrain, elle mène comme les autres journalistes spécialistes du terrorisme islamique un travail d’infiltration numérique qui lui donne accès à des documents qui ne nous parviennent pas.

Hier donc, quelques heures après les attaques, elle mettait en ligne la capture d’écran d’un message envoyé par un compte djihadiste « Khalifa News » via une application de messagerie du nom de Télégram.

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Ce message est très explicite : « Veuillez s’il vous plaît prendre part à la bataille en ligne sur Twitter et déchaîner la puissance des hashtags que nous vous avons fournis avec toute l’actualité de l’Etat Islamique. Faites-le avec des vidéos, des images, des informations. Postez et postez encore, et vous serez récompensé par Allah ». Voici donc les instructions de l’Etat Islamique à ses sympathisants. A peu près conjointement, un compte Telegram diffusait à ses abonnés un guide expliquant comment créer des comptes Twitter en donnant le moins d’informations possibles. Tout ça est très méthodique, très clair. Et les djihadistes utilisent Telegram, une plateforme de messagerie fondée par deux russes qui garantit par chiffrement la sécurité des communications, pour le meilleur et pour le pire - pour expliquer comment agir sur Twitter, plateforme beaucoup plus grand public. Là encore, on remarque la précision de la méthode.

La journaliste du New York Times en tire une conclusion froide: « Donc, fondamentalement, Isis donne égale valeur à une kalachnikov, une ceinture explosive et un hashtag ». Le hashtag, le mot-clé sur Twitter, comme arme de guerre donc. Bien sûr, on peut trouver cela excessif, un hashtag ne tue. Mais un hashtag peut aussi participer à l’installation de la terreur.

Et de fait, hier, les observateurs des réseaux ont noté un phénomène assez nouveau. Les décodeurs du Monde.fr le décrivent précisément. En plus de comptes célébrant les attentats et leurs auteurs, de faux comptes soutiens du djihad propageaient de fausses informations : des bombes auraient été placées dans d’autres lieux publics de Bruxelles (l’Université, un hôpital ou le siège de la Commission européenne). Des posts très bien faits, illustrés de photos, avec des airs de dépêches de presse. Quand on sait la fébrilité des réseaux sociaux dans ces moments-là, l’effet peut être dévastateur. Bien sûr, vite signalés, ces comptes ont été supprimés par Twitter, mais d’autres ont été aussi vite recréés.

On aurait tort de sous-estimer ce phénomène en y voyant une simple propagande adaptée à l’ère contemporaine. Oui, cela relève de la propagande. Mais il y a autre chose. C’est aussi la proposition très explicite d’une participation, d’un engagement, un engagement facile, à moindre coût, auquel on peut souscrire tout seul, chez soi, derrière son ordinateur. Il suffit de suivre quelques comptes djihadistes ou associés, de retweeter (c’est un clic) et on peut participer au mouvement, on peut avoir l’impression d’y appartenir. Cet engagement appartient à la catégorie des engagements numériques – au même titre que le « like » de Facebook - dont on ne sait pas très bien comment les interpréter, et comment les traiter judiciairement. Parce qu’il peut avoir des sens très différents, depuis le jeu du chat à la souris sur les réseaux de l’adolescent vaguement rebelle, jusqu’à l’acte très conscient et revendiqué de participation à un mouvement plus globale. Et les procès pour apologie d’acte de terrorisme qui ont suivi les attentats de Paris ont montré toute la polysémie de ces gestes numériques. Et bien sûr, Daech joue de cette polysémie, de cet engagement à géométrie très très variable, car à la limite, pour l’organisation terroriste, qu’importe l’intention, si l’effet est obtenu.

Encore une fois, on mesurera comment les pires desseins savent faire un usage lucide et visionnaire de tout ce qui, jusqu’aux techniques les plus nouvelles, peut les servir.

>> Découvrez aussi à ce sujet l'article sur "#stopislam et la guerre des hashtags"

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