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NKM dit "nous avons changé de monde" : allons voir son site

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment un site Internet de campagne dit quelque chose de la politique.

M’intéressant aux questions, j’étais très curieux d’aller visiter le site de campagne Nathalie Kociusco-Morizet, qui fut, entre début 2009 et fin 2010, secrétaire d'Etat chargée de la Prospective et du développement de l'Economie numérique, mais qui, encore plus important, fait campagne sur l’idée qu’il faut « changer la politique » puisque « nous avons changé de monde ».

Et je n’ai pas été déçu. Il est beau, dites donc. Sur la home (c’est la page d’entrée), si on a un grand écran, on vous voit en énorme, en images animées et en action, vous discutez avec des gens, vos mains sont souvent cadrées, dans une gestuelle qui évoque la construction, la vie ensemble, c'est impressionnant et moderne. Mais ce qui m’a intéressé, c’est ce que vous proposez sur le numérique.

Je vais dans « projet ». En cliquant sur l'onglet « présentation du projet », je tombe sur le paragraphe suivant : « J’ai voulu que ce site vous permette de réagir aux projets. Car ils sont destinés à améliorer notre vie, votre vie. Je suis très attentive à vos réactions, car si le politique doit proposer et anticiper, il doit avant tout écouter et comprendre. Je vous engage à réagir, pour que ces projets soient nourris de votre expérience de la France. » Ah… du participatif… !

Au-dessous, deux mots clés divisent l'écran. A gauche, « Liberté ». A droite, « Exigence ». Question : de quel côté va se trouver le numérique ? Du côté « exigence » ou du côté « liberté » ? Une intuition fulgurante me fait parier sur le côté « liberté ». Mais là, problème, deux verbes à l'infinitif sont cliquables sous le mot « liberté » : « s'accomplir » et « s'émanciper ». S'accomplir ou s'émanciper par le numérique ? J’avoue ma perplexité. « S'accomplir », c’est trop marqué développement personnel, trop new Age, ça évoque trop les utopies numériques des années 90 quand les communautaristes américains pensaient réaliser dans les réseaux ce qu’ils avaient raté dans le réel. J’opte donc pour « s’émanciper », qui a côté plus politique, et appartient à une registre marqué à gauche. Je clique donc sur « S'émanciper ». Ah, raté. Je tombe sur « stimuler la jeunesse » « parier sur les femmes » et « croire en l'intégration ». Je clique sur « stimuler la jeunesse », parce que ça fait un peu site cochon. Mais rien sur le numérique. Je reviens en arrière, clique sur « s'accomplir », et là…. Enfin…. Merveilleux… un bloc sur lequel est inscrit : « surfer sur le numérique ». J’y entre avec avidité, c’est « surfer sur le numérique », c’est une belle promesse, comme on dit maintenant.

Mais là… 4 lignes, que voici : « Mon projet numérique s’articule en fonction de trois besoins: Un besoin d’accès, en tant que citoyen et en tant qu’entreprise / Un besoin de protection, en tant que citoyen, qui doit être respecté par les entreprises et par l’Etat / Un besoin d’innovation, afin que le numérique soit au service du développement économique et social du pays. »

Et en dessous, un commentaire. 1 seul. Un Monsieur qui fustige les réseaux sociaux et plaide pour un Internet qui ne serve pas seulement les opérateurs privés mais l’intérêt général. Pas inintéressant. Mais rien. Aucune réponse.

Si l’on traduisait ce qui se passe là dans le monde physique, ce serait quoi ? Ce serait une personne politique qui vous dit : « Venez participer à l’élaboration de mon projet. Vous avez des choses intéressantes à me dire. Je vous écouterai, nous en discuterons. » Vous venez à la réunion. La personne politique énonce 3 généralités « Internet pour tout le monde. Pas de trop de surveillance. Et des services utiles. » Ok. Quelqu’un ose intervenir, formule une proposition. Et là, rien. La personne politique s’est barrée. Le silence, le vide. Dans la vie physique, on trouverait ça étrange, non ?

Alors, je sais que ce site n’est pas le seul endroit où vous discutez avec les Français, et même, ce n’est pas le seul lieu numérique où vous discutez avec les Français. Mais quand même. Pourquoi ouvrir là une conversation sans y donner suite ? Pour moi, ça n’est pas un détail. Le signe que le numérique, et tout ce qu’il peut changer à la conversation politique, est réduit à de la cosmétique, il devient cruellement contreproductif.

Et quand je clique sur la petite croix rouge pour fermer votre site, je me demande si on a vraiment « changé de monde », comme vous le dites.

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