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Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome, avec deux de ses partisans

Quand Internet fait de la politique, ça donne le Mouvement 5 étoiles

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Derrière la stratégie numérique du Mouvement 5 étoiles en Italie, il y avait un homme, qui a réussi à faire des tendances structurelles de l'Internet un mouvement politique.

Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome, avec deux de ses partisans
Virginia Raggi, nouvelle maire de Rome, avec deux de ses partisans Crédits : GIUSEPPE LAMI - Maxppp

Du Mouvement 5 étoiles, dont on a beaucoup parlé ce matin, on connaît surtout Beppe Grillo, mais il y a un autre personnage important Gianroberto Casaleggio.

Casaleggio – qui est mort en avril dernier à l'âge de 61 ans -- était non seulement le co-fondateur de 5 étoiles avec Beppe Grillo, mais il était surtout le stratège du mouvement, et que sa vision de ce que doit être la politique à l'heure d'Internet n'est sans doute pas étrangère au succès qui s'est matérialisé le week-end dernier à Rome et à Turin.

Ca devait être un étrange bonhomme ce Gianroberto Casaleggio. Physiquement, il ressemblait étrangement à Patty Smith, visage long, cheveux longs et grisonnant. C'est le correspondant du Monde à Rome, Philippe Ridet, qui le dit dans un portrait qu'il lui avait consacré en 2013, et il a raison. Casaleggio appartenait donc à cette catégorie de patron de l’internet qui pense encore que la rébellion passe par la longueur de cheveux. Il a commencé sa carrière professionnelle chez Olivetti, une entreprise de matériel électronique et informatique italienne qui fut importante. Bref, Casaleggio s'y connaît en informatique, et en Internet, puisqu'au début des années 2000, après d'autres aventures professionnelles, il a fondé une entreprise de conseil en stratégie numérique.

Le cofondateur et stratége du Mouvement 5 étoiles, Gianroberto Casaleggio
Le cofondateur et stratége du Mouvement 5 étoiles, Gianroberto Casaleggio Crédits : Remo Casilli - Reuters

C'est un personnage mystérieux. Par exemple, la structure capitalistique de son entreprise était obscure, et un journaliste italien qui s'est attelé à la comprendre a reçu pour toute réponse des menaces de mort.

Intellectuellement, et d'après ce qu'on peut lire de lui à droite à gauche (mais il parlait peu publiquement), il possédait tous les stéréotypes de la culture geek : fan d'héroïque-fantasy, de l'auteur de science-fiction Philip K. Dick, croyant en l'avènement prochain d'un monde de technologies où on interagirait directement avec les objets, où on achèterait de la mémoire, où on élirait un président du Monde par Internet… ça c’est pour le côté folklorique.

Lire > cinq questions sur le mouvement cinq étoiles

Mais Gianroberto Casaleggio avait manifestement une vision. Une vision de ce à quoi pouvait servir Internet pour faire de la politique et de comment on pouvait faire de la politique avec Internet. C'est donc sur Internet qu'est né en 2009 le Mouvement 5 étoiles articulé autour du blog de Beppe Grillo, dont s'est occupé Casaleggio, avec grand soin. Le blog est devenu rapidement le plus consulté d’Italie. Il me semble que c'est un cas assez unique dans l'histoire politique. Et c'est d'autant plus étonnant que l'Italie est loin d'être le pays le plus connecté d'Europe.

Mais la question c'est peut-être : est-il qu'il n'y a pas quelque chose de plus profond qui relie 5 étoiles et Internet ? Je vois 4 éléments au moins :

le fait de se positionner contre. Et contre les médias traditionnels en priorité. Dans ces prophéties, Casaleggio prévoyait la disparition des médias classiques d'ici deux décennies, et Beppe Grillo a d'abord largement critiqué la presse en refusant tout contact avec les journalistes pendant les premières années de 5 étoiles

la contradiction entre horizontalité du participatif et autoritarisme des décisions dont vous avez parlé Marc Lazar, est aussi une contradiction très forte dans le numérique. Facebook pourrait se résumer à cela.

Un positionnement politique auquel on ne comprend rien si on le lit avec une grille traditionnelle, qui échappe complètement à la partition droite/gauche, vous l’avez dit Marc Lazar, mais qui fait penser à ce mélange étrange qu’on retrouve dans certaines utopies numériques, à droite pour certains aspects, à gauche pour d’autre

le fait d’avoir exploité au début - en la personne de Beppe Grillo - la figure du troll si puissante sur Internet, vulgaire, déstabilisante

C’est La Stampa qui résumait le mieux ce que Casaleggio a réussi à transformer en mouvement politique : « C’est comme si le cri de mille solitudes s’était élevé de mille maisons reliées par des câbles d’ordinateurs. Une émotion virtuelle qui s’est peu à peu matérialisée. » C’est comme Internet faisait de la politique, comme si un fil de commentaire devenait un mouvement politique. Plutôt que d'appeler ça du populisme, avec toutes les connotations de ce terme, et qui font écran à la compréhension, je propose celui de trollisme. Et on ferait bien d'y regarder de près, parce que qu'il n'est pas certain que ce soit qu'un accident de l'Histoire.

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