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"Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or" Charles Baudelaire

André Marcowicz, Françoise Morvan, Antonio Muñoz Molina, Dany Héricourt. Collages, flânerie et traduction

57 min
À retrouver dans l'émission

Dans cette salle des machines, les moteurs traduisent et retraduisent Boulgakov, Pouchkine ou Dostoïevski, forgent une nouvelle onomastique de personnages, et collent, assemblent, juxtaposent des observations nées de longues flâneries dans les rues de Madrid, de Paris, de New York ou de Lisbonne.

"Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or" Charles Baudelaire
"Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or" Charles Baudelaire Crédits : Thomas Winz - Getty

Première partie : Entretien avec André Markowicz et Françoise Morvan

André Markowicz et Françoise Morvan viennent de signer une nouvelle traduction d’un classique de la littérature russe du XXe siècle, Le Maître et Marguerite, parue aux éditions Inculte. Ce roman parodique du Moscou des années 1920-1930 dans lequel Mikhaïl Boulgakov se livre à une relecture du mythe de Faust, a connu un succès mondial, après bien des péripéties d'édition. Un roman fleuve à la composition complexe et qui enchâsse de fait plusieurs récits, comme le rappelle André Markowicz :

Le Maître et Marguerite ce sont trois romans en un. Il y a ce Moscou des années 20-30 dans lequel le Diable revient, avec cette description satirique de la vie littéraire au début du stalinisme, il y a le roman écrit par un écrivain anonyme sur Jésus/Yeshoua et Ponce Pilate à Jérusalem, et, enfin, un roman d’amour entre Marguerite et le maître.

André Markowicz et Françoise Morvan reviennent sur l'origine de cette traduction à quatre mains :

André Markowicz : J’ai toujours voulu traduire Le Maître et Marguerite. Je n’avais pas dix ans quand j’en ai entendu parler pour la première fois parce que c’est le seul livre russe que mon père a lu en russe. Il avait lu la première édition soviétique censurée en 1967, et cette lecture l’a bouleversé, il n’arrêtait pas d'en parler. Quand les droits ont été enfin libres, nous avons décidé avec Françoise Morvan de le traduire ensemble, parce que tout seul c'était impossible, je n'y arrivais pas. Rappelons que Boulgakov, comme Tchekhov, était médecin. Il y a chez lui une espèce de précision au scalpel du vocabulaire qu’il est très difficile de retrouver en français. D’autre part, cette précision s'ancre dans une vision organique du texte : tout correspond à tout, tout est vivant. Le moindre détail compte parce qu'il est en rapport avec un autre, 300 pages plus loin. Alors à deux, on s’aidait à voir ces répétitions de motifs, ces jeux stylistiques….

Le Maître et Marguerite, c'est aussi la description drôle et enlevée de la vie littéraire à Moscou, envisagée comme un grand théâtre où tout est faux, où tout ment ?

En effet, il y a dans le roman cette verve carnavalesque très difficile à rendre. Tout le tragique de l’URSS s’inscrit sur une trame satirique. C’est écrit pour être joué, Boulgakov est avant tout un auteur de théâtre. Mais c'est aussi une écriture pour le tiroir. Parce que c’est impubliable, Boulgakov le sait. Même si le personnage de Staline n’apparaît pas en tant que tel dans le roman.              
Françoise Morvan

Mathias Enard : Une traduction souvent hilarante, notamment en raison de l'interprétation des noms des personnages à laquelle vous vous êtes livrée comme Fricoff, Krapulnikov ou Nastassia Tycouprapanova... Ce jeu sur les patronymes n'est pourtant pas une pratique courante de la traduction ?

Françoise Morvan : Oui, nous avions conscience de nous mettre un peu "hors tradition" en proposant une traduction y compris de ces noms propres. Pourtant, si l'on remonte à Aristophane, il existe toute une tradition de la comédie dans laquelle le nom est signifiant. Quand Boulgakov répète six fois le nom de Marguerite dans un paragraphe, les traducteurs avaient tendance à en enlever, pour éviter la répétition. Nous avons considéré au contraire que ce n’était pas une faute, que Boulgakov l'avait fait exprès pour accentuer l'effet comique et nous avons décidé de garder ces répétitions.

Seconde partie : Entretien avec Antonio Muñoz Molina

Mathias Enard s'entretient avec Antonio Muñoz Molina. Grandi en Andalousie, à Ubeda dans la province de Jaén, avant de s'installer à Grenade puis à Madrid – Antonio Muñoz Molina a également vécu à New York où il a dirigé l’Institut Cervantes. Il est l’auteur de romans parmi lesquels on peut citer Le Royaume des voix (Prix Fémina étranger en 1998), Les mystères de Madrid, Sefarade ou plus récemment Comme l’ombre qui s’en va, et d'essais, notamment sur Cordoue, Cordoue des Omeyyades (1991) ou New-York, Fenêtres de Manhattan (2004).

Le monde que j’aime se compose de villes comme New York, Paris, Madrid, Lisbonne. Je n'ai pas l'impression de passer d’une ville à l'autre mais seulement de changer de quartier à l’intérieur d’une même grande ville.      
Antonio Muñoz Molina

Dans son dernier ouvrage paru au Seuil, Un promeneur solitaire dans Paris, l'écrivain espagnol, muni d’un carnet, d’une paire de ciseaux et de son smartphone, arpente les villes qu'il aime. Au fil de ses pérégrinations, des silhouettes surgissent tandis que d’autres s’esquivent et, soudain, au détour d’une ruelle, apparaissent les mânes de Baudelaire, d'Edgar Allan Poe ou de Fernando Pessoa.

Mathias Enard : Chaque paragraphe débute par une phrase qui a attiré votre œil au cours d'une promenade…

Antonio Muñoz Molina : Ce livre est né d'une manie, d'une obsession presque : celle de regarder les publicités, les affiches dans la rue, d'écouter les conversations des passants. Et en même temps, je voulais m’inscrire et rendre hommage à une généalogie de promeneurs qui va Edgar Poe à Fernando Pessoa, en passant par Thomas de Quincy, Baudelaire ou Walter Benjamin. Le point de départ était le collage qui pour moi est l’art du XXe siècle. Je crois que la vie moderne telle qu’on l’a connaît s’exprime par le collage. Dans toutes ces villes, je me sentais comme un archéologue de l’immédiat. Je voulais célébrer cette richesse de ce que l’on a sous les yeux, au moment présent.

Un andar solitario entre la gente                                          
un amar solamente ser amado                                          
Marcher solitaire en la foule                                          
Aimer juste aimer qu’on vous aime                                          
Quevedo

Les propos d'Antonio Muñoz Molina sont traduits de l'espagnol par Paloma Goulemot.

Le caillou dans les poches

Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq raconte les errances d’un informaticien solitaire parti installer un programme informatique dans une entreprise de province. La lutte, c’est le combat contre la désespérance et l’arbitraire du capitalisme, tous deux perdus d'avance. Mais le roman est surtout le lieu d'une réflexion sur la littérature elle-même, entre écriture et lecture.

  • Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, lu par Pierre Deladonchamps (Ecoutez lire)

Le message de Dany Héricourt

Autrefois dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordre en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire..

Au fait, j’ai écrit un roman. Il y est question de cuillère, de voyages, d’océan, de falaises, de forêts et de vignes. Je voulais écrire une histoire sur la mort, l’amour et la résilience. Mais finalement c’est assez drôle. Je crois. How did we get there ? A pied c'est certain, en Volvo aussi, en se perdant, en rêvant, en écoutant du punk et du Bach, en traversant des lignes de démarcation, en acceptant d’être enivrés, déroutés, consolés, embrassés.

  • Dany Héricourt, La Cuillère, Liana Levi
Intervenants
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