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Cyril Pedrosa, Roxane Moreil, Maël Renouard. Dynasties.

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines placée sous le signe de notre rapport au pouvoir et à l'utopie, où l'on croise deux monarchies, réelle ou fantasmée, contemporaine ou pseudo-médiévale, deux dynasties, chérifienne ou proto-féministe, sous les auspices de Jean-Jacques Rousseau, Marcel Proust et Samuel Beckett.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Liliboas - Getty

Première partie. Entretien avec Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil

Cyril Pedrosa est scénariste et dessinateur de bande dessinée, auteur d’une vingtaine d’albums parmi lesquels Portugal (2011) ou Les Equinoxes (2015) notamment. Roxanne Moreil est éditrice et libraire. Ensemble, ils viennent de publier le second tome de L’âge d’or, un roman médiéval empreint d'une féodalité cruelle, où l'on croise Tilda, Tancrède, Bertil, des châteaux et aussi quelques miracles.

Roxane Moreil revient sur un projet au long cours, à quatre mains et qui a abouti finalement à cette épopée médiévale qui court sur quelque 200 pages et 430 planches en couleur.

Roxane Moreil : On s’est laissé complètement déborder par notre imagination, par le côté ludique de cette histoire. On ne s’est pas mis de limites, ce qui a conduit à ce récit-fleuve mais ce n’était pas le projet au départ ! Au niveau du dessin, on a cherché des références dans l’art médiéval mais, en fait, on voulait que l'univers dans lequel évoluent la reine Tilda et ses deux factotums n’ait pas d’historicité précise. On voulait du bizarre, toujours plus de bizarre. D'où ces décors tantôt en 3D, tantôt en 2D pour embarquer le lecteur dans les codes de la fable.

Fable politique, féministe, utopique parfois, ce deuxième tome L'âge d'or interroge plus particulièrement notre rapport au pouvoir et notre désir de transformer la société. Cyril Pedrosa se défend pourtant d'avoir voulu en faire un récit d'espoir :

Cyril Pedrosa : Je n’ai aucun optimisme mais j’ai le sentiment qu’il n’y a pas d’autre solution que de lutter sans cesse. L’histoire de l’humanité est celle des combats d’émancipation souvent perdus, mais quelquefois gagnés. Nous sommes convaincus comme on l'a écrit que "Sous la courbe lente du soleil, l’ombre ne fait que passer" mais cela ne veut pas dire que ça adviendra demain, ni facilement. De toute évidence, ce qui se dessine devant nous est plutôt du côté d'un combat âpre, et qui va être long. Mais si l’humanité survit à ses périls, je suis convaincu qu’elle retrouvera des chemins pour que l’émancipation puisse avancer encore, conquérir du terrain, mais ce sera un chemin émaillé de beaucoup de souffrances.

  • Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil, L'âge d'or, Dupuis

Seconde partie. Entretien avec Maël Renouard

Maël Renouard est l'auteur de La Réforme de l’Opéra de Pékin (Prix décembre 2013) et d'Eloge de Paris dans lequel on trouve cette phrase : Toute chose qui disparaît ici semble assurée de trouver son mémorialiste. Et si le mémorialiste n'existe pas dans la réalité, la phrase n'en reste pas moins prémonitoire puisque l'écrivain peut lui donner naissance comme en atteste le personnage d’Aberrahmane Eljarib, héros éponyme de l'Historiographe du Royaume.

C’est un personnage qui est né de la volonté d'adresser une sorte de clin d’œil à Proust... Proust déclarait que ses deux sources d’inspiration étaient les Mémoires de Saint Simon et les Mille et Une nuits. En écrivant "L’historiographe du royaume", je voulais tenter une expérience : en reprenant les deux mêmes ingrédients, qu’obtiendrait-on comme autre résultat ? Hé bien, un roman sur le Maroc de Hassan II !

L'écrivain précise, à partir de ce point de départ proustien, la nature de son ambition littéraire :

J’ai essayé de déployer cette dimension ludique tout au long du récit et de créer un espace littéraire hybride entre Orient et Occident, suspendu entre le XVIIe siècle et le XXe siècle, et entre leur écriture classique respective. C'est pour cela que la référence au livre de Plutarque apparaît souvent puisque "L'historiographe..." est construit en "vies parallèles", entre les siècles, entre la France et le Maroc, entre les styles.

  • Maël Renouard _L'historiographe du royaume G_rasset

Le message de Maylis Besserie

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Je me demande si Beckett s’est réincarné. Le comble serait qu’il se soit réincarné en taupe. Les taupes, il ne les aimait pas du tout. Dans sa maison d’Ussy-sur-Marne, il y en avait dans le jardin. Et ça a été une sorte de guerre absolue menée contre les taupes à coups de fusil et de billes de naphtaline. Et puis les taupes, il ne les aimait pas non plus parce que pendant la guerre, l'une d’elles, Robert Alesch, a failli lui couté la vie, lui le résistant, qui traduisait des documents sur l’ennemi qui ont été photographiés, roulés et glissés dans des boîtes d’allumettes pour pouvoir passer les frontières. Alors en quoi Beckett a-t-il bien pu se réincarner ? En oiseau, ou en hérisson peut-être avec sa grande chevelure blanche hirsute ?

  • Maylis Besserie Le Tiers Temps, Gallimard

Le caillou dans les poches

Archives des enfants perdus, premier roman de Valeria Luiselli, s’adresse au pays où des enfants sont morts. Mexicains comme leur autrice, ils traversaient le désert pour se rendre dans ce pays où l’on parle l’anglais. Car ces enfants perdus ne sont pas ceux que récupère Peter Pan : ce sont ceux qui accompagnent les migrants du sud vers un nord inaccessible. Que reste-t-il d’eux ? Ce roman-collage ouvre les cartons d’archives dans lesquelles sont conservées les traces de ces enfants et raconte une histoire en creux de l’Amérique d’aujourd’hui, comme on verrait affleurer des ossements après une tempête de sable.

  • Valeria Luiselli, Les archives des enfants perdus, Points
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