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Eduardo Berti, Ariane Bois. Héritages

42 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines lancée sur les traces de pères réels ou symboliques, et de leurs secrets d'exil, qui voyage de Buenos Aires au Danube en passant par le Kent, ouvre des malles de famille pour y découvrir des romans inachevés, et où l'on croise Joseph Conrad, Euclides da Cunha et Romain Gary.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : DEA / ALBERT CEOLAN - Getty

Entretien avec Eduardo Berti

Eduardo Berti a commencé sa carrière comme journaliste à Buenos Aires dans le quotidien Página 12 avant de quitter l’Argentine pour la France en 1998. Membre de l’Oulipo depuis 2014, il est l'auteur de huit romans en espagnol et un écrit en français, parmi lesquels Le Désordre électrique (Grasset), finaliste du prix Femina en 2001, L’Ombre du boxeur (Actes Sud, 2009) ou Le Pays imaginé (Actes Sud, 2013), et de nombreuses nouvelles. Il est également traducteur de l’anglais et du français.

Dans Un père étranger, Eduardo Berti évoque un épisode de la vie de Joseph Conrad, personnage fascinant à plus d'un titre. Loin d'un hommage à une figure tutélaire de la littérature, Berti livre une vision intime et familiale de l'écrivain, qu'il nomme dans son récit par son seul prénom polonais, "Józef" :

Eduardo Berti : Je ne voulais pas faire le livre sur le grand personnage, l’écrivain public, mais au contraire l’appeler comme on aurait pu l’appeler dans sa famille. Je voulais jouer avec le plan de détail, pas avec le monument. Conrad n’est pas un écrivain fétiche pour moi mais je me suis intéressé à lui parce que, comme Henry James, il a fait exploser ce narrateur traditionnel omniscient, et a montré comment on peut écrire à partir d'un point de vue plus inquiétant, à quel point on peut douter, voire se méfier du narrateur d’un livre.

A partir du détour qu'il fait par le voyage de Conrad dans le Kent, Eduardo Berti revient sur la genèse de ce qu'il appelle son "autobiographie oblique"

Eduardo Berti : Ce qui m’intéressait dans l’histoire de Conrad, c'était les échos que j'y voyais avec celle de mon père : le changement de pays, de nom, de langue, la réinvention totale de soi. Mon père a quitté la Roumanie juste avant la Seconde Guerre mondiale. Une fois arrivé en Argentine, il a été libre de raconter son histoire comme il voulait. Un jour quand j’avais quinze ans, il m’a appelé pour me dire qu’il avait un secret à me dire. Mais ça n’a été que la première porte : après ce secret, il y en a eu un autre, et puis un autre qu’il n’a cessé de dévoiler tout au long de sa vie. Après sa mort, j’ai compris que ça n'était pas fini. Quand je me suis lancé dans l'écriture de ce livre, j’ai découvert dans un tiroir six cahiers qui formait un projet de roman que mon père avait commencé à écrire, en espagnol. J'ai eu envie d'entremêler tout cela, à la fois l'histoire de Conrad, qui lui aussi écrivait dans une langue étrangère, le making off d'un roman raconté par le narrateur qui est mon double. Et enfin essayer de me glisser dans les cahiers de mon père. Pas pour corriger son roman mais pour écrire avec lui, à quatre mains, d'essayer de voir comment on peut faire de deux écritures une seule. "Un père étranger" est né du jeu de tous ces miroirs.

  • Eduardo Berti, Un père étranger, La Contre allée

Le message d'Ariane Bois

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Cher Romain Gary,

J’avais 15 ans et vous la soixantaine imposante. Vous marchiez dans le 7e arrondissement assoupi et sur le chemin du lycée, je vous croisais, enveloppé d’un long manteau, toujours seul, les cheveux en arrière. Un vieux lion dans la savane. En relisant l'un de vos chefs d’œuvre, "Les racines du ciel", j’ai eu envie à mon tour de raconter un trio ivre de jeunesse et de sentiments, fou d’éléphants, et prêt à tout pour les sauver. L’envie est née entre vos mots, aux creux de vos pages. Avec vous, j'ai découvert que la barbarie sur les bêtes préfigurait toujours celle sur les hommes. Depuis que vous nous avez quittés, la situation ne s’est pas améliorée. Vous imaginez un monde sans éléphants ? Ce serait comme un monde sans amour, un monde sans amitié. Alors de là où vous êtes, donnez-nous un coup de main. Après tout, rien ne vous est impossible, à vous qui vous êtes déjà dédoublé… Mais dépêchons-nous, l’éléphant n’a plus la vie devant soi.

  • Ariane Bois, L’amour au temps des éléphants Belfond

Le caillou dans les poches

Euclides da Cunha est une des figures-clé de la littérature brésilienne du tournant du XIXe siècle. En 1904, quelques années après la publication de son chef d’œuvre Hautes terres, il se lance dans une exploration de l’extrême ouest du Brésil équatorial, près des frontières péruviennes et boliviennes. Ce dont il est témoin – l’esclavage des travailleurs du caoutchouc, la destruction des Indiens, commune à tout le continent – l’indigne et lui inspire un récit inachevé. Da Cunha meurt en effet peu après son retour d’Amazonie, d’une balle en plein cœur tirée par l’amant de sa femme. Seuls les trois premiers chapitres de ce grand œuvre nous sont parvenus...

  • Euclides da Cunha, L'invention de l’Amazonie, Chandeigne

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