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Frédéric Pajak, Rachid Benzine, liana Holguín Teodorescu. Incertitude et soulèvements

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines placée sous le signe du voyage au désert en Renault 16 ou en Patagonie en auto-stop, de la voix des femmes libres et des Printemps arabes, de dessins crayonnés dans les marges - mais aussi de personnages à la marge - et sous les auspices de Fernando Pessoa et d'Albert Cossery.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Jonathan Knowles - Getty

Première partie. Entretien avec Frédéric Pajak

Frédéric Pajak vient de publier le 9e volume et dernier de ce grand œuvre qu’est Le Manifeste incertain, dans lequel il évoque la figure de l'écrivain portugais Fernando Pessoa. Un titre paradoxal pour un livre à la forme déroutante, émaillé de dessins de son auteur, sur lequel l'écrivain s'explique :

Comme tous les oxymores, on peut interpréter ce titre de plusieurs façons. Les héros de mes livres sont toujours des sentiments. Le héros de mon premier livre était la solitude - à travers les figures de Nietzsche et de Pavese - ensuite la mélancolie, le chagrin d'amour. Cette fois, le héros c'est l'incertitude qui pour certains peut-être un stimulant ou au contraire vécue comme une pathologie, ou quelque chose d’angoissant. Mais pour moi elle n'est pas inquiétante. Ce que j'ai essayé de faire tout au long de ces neuf volumes, c'est d’évoquer sa complexité. Au départ je voulais faire un livre sans fin et puis j'ai changé d'avis !              

Frédéric Pajak

Mathias Enard : Il y a de nombreux dessins dans ce Manifeste, qui représentent des Touaregs dans le désert, une Renault 16… mais aussi, à la fin, apparaît la figure du Christ. Pourquoi ?

Frédéric Pajak A un moment de ma vie, je voulais écrire un livre sur Jésus et ses rapports avec ses parents, sa famille. Je n’en ai rien fait mais cela a resurgi dans le Manifeste. Plus jeune, j'ai été marqué par la figure du Juif errant. J'étais hanté par cette idée d'un pénitent éternel. Je vois le Christ comme une sorte de Juif errant, puni par son père. J'ai toujours eu le sentiment que Dieu était un punisseur, et que la première personne qu'il devait punir c'était son fils. Quoi de pire que d'être condamné à errer éternellement sur la Terre ?

  • Frédéric Pajak Manifeste incertain (Noir sur Blanc)
  • Musique diffusée : Misia, Dança de magoas, fado sur un poème de F. Pessoa

Seconde partie. Entretien avec Rachid Benzine

Rachid Benzine est islamologue, spécialiste des réformateurs de l’Islam. Cet érudit, sorte de Mutazilite du XXIe siècle, est l’auteur de nombreux essais parmi lesquels La Construction humaine de l'islam, un recueil d’entretiens avec le philosophe algérien Mohammed Arkoun, disparu en 2010, ou avec la rabbin Delphine Horvilleur, Des mille et une façons d’être juif ou musulman (Seuil, 2017). Rachid Benzine publie en cette rentrée un roman brûlant sur le monde arabe contemporain, entre humiliation et révolte, entre sexualité et politique.

Femme libre et courageuse, Nour prend la parole au moment des soulèvements arabes dans un pays du Maghreb que Rachid Benzine ne précise pas. La chambre de la prostituée devient une miniature où l’on voit défiler, comme dans une fable, le gouverneur, l’islamiste, le militaire ou l'ami homosexuel qui chacun disent quelque chose de la vérité du pays. Au micro de Mathias Enard, Rachid Benzine revient sur la genèse de ce personnage.

Rachid Benzine : Pour moi, Nour est la métaphore du corps du monde arabe, un corps maltraité pendant la colonisation et qui continue d’être maltraité aujourd’hui, à travers les violences dont sont victimes les femmes notamment. En se mettant à nu, Nour met à nu une société, dévoile des vérités que l’on refuse de voir. A travers sa sexualité vont se dire les frustrations, les mensonges, les hypocrisies, mais aussi les espoirs, qui traversent son pays. Depuis sa chambre, elle se parle à elle-même, elle s'adresse à Dieu aussi, qu'elle interpelle de façon très libre, et son récit raconte comment la révolution vient bouleverser l’imaginaire des gens. Mais Nour est une révoltée, pas une révolutionnaire. Contrairement à son ami Slimane, qui est un poète de la révolution.

Mathias Enard : Le principal accomplissement de ces "révolutions arabes" n'a-t-il pas eu lieu dans le domaine artistique finalement ?

Rachid Benzine : En effet, depuis dix ans, la littérature, le cinéma, le théâtre, mais aussi les arts graphiques dans le monde arabe ont produit des œuvres qui sont autant d’archives qui attestent que quelque chose a eu lieu, qu’un événement est devenu un avènement. Et qui pourront inspirer ceux qui voudront reprendre le flambeau. Je pense que toute subversion, tout soulèvement naît dans l'art. Comme si celui-ci préparait cet ébranlement de l’individu, et du monde. En nous donnant à voir le monde autrement, l'art active des possibles. La littérature en particulier a cette capacité de suspendre les références du quotidien, de nous introduire dans un monde qui reconfigure nos possibilités d’existence. Le texte s'adresse à l'agir, on a envie d'agir quand on a été frappé en plein cœur par un livre. Et même si on peut dire que dix ans après, certaines aspirations des Printemps arabes ont été trahies ou ont échoué, il n'empêche qu'il y a dans ces révolutions des étincelles qui sont reprises aujourd’hui, en Algérie et ailleurs.

  • Rachid Benzine Dans les yeux du ciel (Seuil)

Le caillou dans les poches

Albert Cossery est un des écrivains les plus surprenants de la littérature francophone. Avec lui, c’est tout le peuple d’Égypte, et en particulier du Caire, qui fait irruption à Saint-Germain des Prés, plus exactement à l’hôtel La Louisiane, rue de Sèvres, où il vécut jusqu’à sa mort en 2008 à l’âge de 93 ans. Les deux nouvelles qui reparaissent aux éditions Folio sous le titre de  Les affamés ne rêvent que de pain nous entraînent dans les bas-fonds du Caire – car s’il vivait en vrai dandy parisien depuis 1945, ses personnages n’ont jamais quitté les rives du Nil.

En ce temps-là, il habitait avec ses parents dans le sous-sol d’une maison du quartier de Sayeda Zeinab. (…) Son père était peintre en bâtiment. Chaque soir en revenant, il rapportait avec lui des bidons où l’on dilue les couleurs. Sayed Karam raclait les fonds pour son usage personnel. Il faisait ainsi une réserve de couleurs diverses dont il se servait à des fins nuisibles. Par exemple, il allait la nuit avec ses camarades badigeonner de manière plaisante les boutiques des environs. Cela créait de véritables suicides parmi les commerçants indignés qui n’en finissaient pas de voir leurs respectables boutiques imiter l’étrange éclosion d’une fleur paradisiaque, en changeant journellement de couleur. Encore des enfantillages où l’initiative personnelle ne se faisait pas sentir. Sayed Karam rêvait d’une action d’éclat où sa personnalité intime se révélerait tout à coup…

  • Albert Cossery, Les affamés ne rêvent que de pain (Folio)

Le message d'liana Holguín Teodorescu

Autrefois dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordre en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire..

Salut bateau ! Voudrais-tu savoir comment c’est sur la route ? Après ma traversée de 10 000 km entre les Caraïbes et la Patagonie, voici ce que je peux t’en dire : les habitants qui la peuplent sont souvent des hommes, camionneurs ou ouvriers. Mais il arrive aussi que d’autres individus y fassent leur apparition, des jeunes auto-stoppeuses par exemple. Elles peuvent arriver là par amour, poussées par la curiosité, ou l’envie de découvrir un monde différent du leur, et dans lequel elles pourraient éprouver la vie sans nulle contrainte, sans autre fil directeur que celui des rencontres. Je dis elles mais en fait, bateau, je te parle de moi.

  • liana Holguín Teodorescu Aller avec la chance (Verticales)
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