LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Mettez un livre dans votre moteur...

Marie Cosnay, Hervé Le Tellier, Lou Darsan. Scoubidous

57 min
À retrouver dans l'émission

Une Salle des machines tantôt oulipienne, faisant la part belle aux genres et aux récits tissés serré, tantôt voyageuse et méditerranéenne, de château d'If en grottes enchantées, baignée d'une atmosphère antique, placée sous les auspices d'Ovide, mais aussi de Borges et d'Alexandre Dumas.

Mettez un livre dans votre moteur...
Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : mikroman6 - Getty

Première partie. Entretien avec Marie Cosnay

Marie Cosnay est écrivaine et traductrice. Elle a publié deux récits, Cordelia la guerre (2015) et Aqueró (2017) et poursuit parallèlement une œuvre de traductrice du latin. Elle a notamment traduit Les Métamorphoses d’Ovide. Son dernier ouvrage, If, vient de paraître aux éditions de l'Ogre. Derrière ce terme polysémique, qui évoque à la fois un arbre et un célèbre château méditerranéens, et l'ouverture d'un possible, se cache une enquête entre la France et l'Algérie, sur les traces d'un homme disparu.

Marie Cosnay : L’if c’est l’arbre qui se tient debout entre deux mers, c’est aussi l’arbre qui dit le deuil. Dans ce texte, je ne me suis pas autorisée à raconter la guerre d’indépendance de l'Algérie, mais pourtant, la violence de la guerre est présente, elle s'exprime au travers des conséquences intimes qu'elle a eues pour une famille. Dans ce qu’elle a fabriqué dans le psychisme de gens qui tentent de savoir qui ils sont. Et cela d’une génération à une autre. Après que le destin d’un homme a coupé la parole des siens, et a brisé toute possibilité d’être une famille, d’être frères, sœurs, oncles, cousins, etc. Malgré les silences, les interdits familiaux, les empêchements administratifs, j’ai voulu mener cette enquête.

Marie Cosnay revient également sur la façon dont elle entremêle écriture littéraire, travail de traduction et engagement associatif, notamment aux côtés des migrants et des réfugiés :

Marie Cosnay : Sans doute le besoin d’écrire et celui d’être debout, comme l’if, devant cette question de la liberté de circuler, qui va être de plus en plus importante au cours du XXIe siècle, ne sont-ils pas si éloignés. Quant à la traduction, elle est au contraire du côté du refaire, de l’opacité aussi. Parce que le latin reste une langue qui ne se donne pas comme ça, qui nécessite une lecture extrêmement précise, vers à vers, presque mot à mot. Alors que par ailleurs je suis traversée par l’envie d’écrire, par le besoin d’être debout, d'affirmer que les circulations et les passages de tous partout sont essentiels, il y a ce travail de la répétition, ce labeur patient, presque immobile, qui crée une tension avec le reste, mais dont j’ai besoin aussi.

  • Marie Cosnay, If, éditions de l'Ogre

Deuxième partie. Entretien avec Hervé Le Tellier

Avec L'Anomalie, Hervé Le Tellier signe un roman de genre. Ou plutôt comme le précise l'écrivain, un roman de genres. Il revient au cours de cet entretien sur la façon dont il a souhaité donner libre cours non pas à un genre littéraire, mais à plusieurs, en les tressant tous ensemble selon une composition élaborée :

Hervé Le Tellier : Mon point de départ était Si par une nuit d’hiver un voyageur dans lequel Italo Calvino commence une dizaine de romans qu’il abandonne en cours de route, créant une frustration pour le lecteur. Je voulais écrire non pas un roman de genre mais une série de romans de genre, qui les fusionnerait tous, du policier à l'anticipation en passant par le roman introspectif. Je ne voulais pas frustrer mon lecteur mais au contraire lui donner un sentiment de complétude. Un peu comme chez Borges qui est l'un de mes auteurs préférés : tendre à l'exhaustivité, aller au bout de la logique que l'on s'est imposée dans un projet d’écriture. Pour cela, j’avais des fils de couleur pour chaque genre : le fil noir pour Blake, le personnage de roman noir, le rose pour le roman sentimental, le bleu pour le roman d’introspection, le blanc pour Victor Miesel qui allait raconter la fin. Je crois que le scoubidou est une forme assez naturelle pour le romancier

Mathias Enard : Et pour complexifier la tresse, il y a bien sûr le motif du roman dans le roman puisque l'un de vos personnages, Victor Miesel, écrit un roman qui s'appelle aussi L'anomalie !

Hervé Le Tellier : En effet, mettre un livre dans le livre est un classique des Oulipiens. Mais à partir du moment où on décide d’attribuer une fonction symbolique à chaque personnage - tueur à gages, avocate ou architecte - il faut que ces métiers s’incarnent. Alors si un personnage est romancier, il est logique de donner au lecteur des éléments du roman qu’il écrit. Le roman qu'écrit Victor Miesel, c'est du Jankélévitch sous LSD. Il est truffé d’aphorismes, de métaphores grandioses, de symbolisme et de joliesse, ce qui n’est pas du tout mon style. Cela permet d’établir un décalage entre le roman que le lecteur lit, et le roman du personnage. J'ai construit Miesel comme un fil qui embobine tout le livre, un fil rotatif qui va serrer toutes les histoires ensemble à la fin. Et cela m’intéressait que ce soit un fil double, tordu, à la fois fulgurant et dépressif

  • Hervé Le Tellier, L’Anomalie, Gallimard

Le message de Lou Darsan

Autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire...

J’ai plongé au plus profond de moi pour me remémorer la sensation du soleil et de la marche et pour les donner à cette femme que j’ai jetée sur les routes. Pour la déshabiller, il a fallu que je retrouve le goût du sel, la caresse du vent, la griffure des ronces. Je lui ai donné un corps proche du mien mais ne lui ai pas donné mon histoire. Je ne savais pas d’où elle partait, ni où elle allait. J’ai essayé de la suivre, parfois elle m’a perdue, elle a continué seule... Je lui ai appris à nager pour qu’elle puisse continuer, même si la Terre s’arrêtait. Ces 150 pages où elle existe hors de mes pensées modificatrices ne la circonscrivent pas, c’est un support pour qu’elle se déploie et vous atteigne.

  • Lou Darsan, L'arrachée belle, La contre-allée

Le Caillou dans les poches

Médée, Jason, Niobé, Arachné, Orphée, Triptolème, Cyané et Aréthuse, Enée et la sybille, ou encore Atalante et Nipomène : les Métamorphoses d’Ovide sont un livre de personnages, une encyclopédie des transformations, de tout ce qui change. Le tout écrit dans une langue qui, comme le dit Marie Cosnay, " est extrêmement habile, rusée, brillante, pleine de chiasmes, de reprises de termes, de renversements et d’ellipses".

  • Ovide, Les Métamorphoses, Livre de Poche
Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......