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Mettez un livre dans votre moteur...

Alain Mabanckou, Léonie Bischoff, Léo Strintz. Je, nous, il/elle...

57 min
À retrouver dans l'émission

Dans cette salle des machines, les moteurs carburent à l'Amérique, à l'autobiographie, au journal intime, mais aussi à l'Afrique, à l'érotisme, au dessin, à la lecture à haute voix...

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : T. Scott Carlisle - Getty

Première partie. Entretien avec Alain Mabanckou

Alain Mabanckou nous ouvre cette salle des machines, à travers son livre de souvenirs d’outre-Atlantique intitulé Rumeurs d’Amérique. Un exercice autobiographique auquel l'écrivain d'origine congolaise s'était déjà livré une première fois avec Lumière de Pointe-noire mais qu'il prolonge ici de façon peut-être plus assumée encore, son expérience de plusieurs années de vie aux Etats-Unis où il enseigne la littérature francophone à l'Université de UCLA l'ayant amené à porter un regard différent sur les enjeux d'un récit à la première personne.

Mathias Enard : On vous connaît écrivain de personnages, à tel point qu'ils donnent même leur titre à certains de vos romans comme Petit piment ou Verre cassé. Comment s'opère le glissement vers une écriture où l'on est soi-même le personnage principal ?

Alain Mabanckou : Dans la littérature occidentale, le roman autobiographique a été trituré sous toutes les coutures, jusqu'à la perfection atteinte avec la Recherche du temps perdu où Proust, où réinvente non seulement le "je" mais aussi le roman psychologique. Mais en Afrique francophone d'où je viens, les écrivains ont vécu avec la norme de ne jamais parler de soi, parce que nous venons d’une société communautaire. Le "je" devient le "nous", vous devez vous effacer pour vous exprimer au pluriel. C’est pour cela que de nombreux pays africains ont embrassé le communisme parce que l'on croyait que c’était le système politique qui utilisait le "nous" alors que le capitalisme était au contraire le système qui a prospéré avec le "je", le "moi" sous toutes leurs formes. Quand j'ai écrivais Lumière de Pointe-noire, mon appréhension venait du fait que j'avais le sentiment de ne pas seulement écrire ma biographie mais celle d'un quartier, de toute une ville.

Seconde partie. Entretien avec Léonie Bischoff

Après avoir dessiné une employée de bureau catcheuse à ses heures (Princesse Suplex, 2010), et Erica Falck, l'enquêtrice héroïne de la série de polars suédois de Camilla Läckberg (La princesse des glaces, avec Olivier Bocquet, 2014), la jeune dessinatrice suisse Léonie Bischoff s'attache dans son dernier roman graphique à la figure de la diariste et romancière américaine Anaïs Nin.

Mathias Enard : Comment passe-t-on du "je" du journal d’Anaïs Nin à un personnage qui est écrit et dessiné dans un roman graphique, donc forcément à la troisième personne ?

Léonie Bischoff : J'ai essayé de respecter ce "je" justement. C’est un travail qui a mûri en moi pendant presque huit ans au cours desquels j'ai lu des biographies d’elle. Mais je les ai trouvées très moralisatrices, dans une forme de jugement. Sans doute parce que je me suis beaucoup identifiée à elle en tant que jeune autrice qui cherche son style, je voulais rester au plus près de son point de vue à elle. J'ai eu l'idée de donner vie au journal, d'en faire un personnage à part entière. Puisque c’est bien comme cela qu’Anaïs Nin en parle : elle l’appelle son double, son miroir, son reflet, son âme sœur. C’était pour moi un stratagème efficace pour éviter des passages aussi pénibles à dessiner qu'à lire pour le lecteur où on l’aurait vue écrire dans son journal. J'ai donc plutôt mis en scène un dialogue avec ce double qui, et le symbole est important, a les cheveux détachés. A une époque où une femme ne pouvait pas sortir dans la rue les cheveux détachés, ce double d'Anaïs marque une rupture avec les conventions de son temps, et incarne la liberté du corps et de l'esprit qui étaient les siennes.

  • Léonie Bischoff, Anaïs Nin sur la mer des mensonges, Castermann

Un caillou dans les Poches

Un livre audio, c’est le génie de la transformation. Une métamorphose. Un transport.  Un chemin qui s’ouvre par la voix. Ici celle de François Morel.

Dehors, la place était déserte.

Sacha, le narrateur de Par les routes, quitte Paris pour la petite ville de V., dans laquelle il retrouve un ami de longue date, qu’il nomme tout simplement l’auto-stoppeur et avec qui il a sillonné l’Europe autrefois. Bien que les années aient passé et que sa jeunesse s’éloigne à grands pas, cet auto-stoppeur éprouve toujours le besoin de partir parcourir la France au hasard des routes. En son absence, Sacha reste auprès de Marie, sa compagne, et de leur fils, Augustin...

  • Sylvain Prudhomme, Par les routes, lu par François Morel, Ecoutez lire, Gallimard

Le message de Leo Strintz

Autrefois dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordre en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire...

Tout est venu d’une fascination pour la téléréalité. D’une attirance pour cette souffrance de l’individu que l’on récupère pour créer du divertissement. Je m’identifiais à ce principe car l’écrivain est à la fois un candidat et un producteur, qui d’un côté vit, et qui, de l’autre, récupère sa vie. L’Empire et l’absence est une sorte de Truman show sombre et volontaire. Leo Strintz,

  • Leo Strintz, L’Empire et l’absence, Inculte
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