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Jean-Marie Blas de Roblès, Diane Meur, Hugo Lindenberg. Le sens de la démesure

58 min
À retrouver dans l'émission

Une première salle des machines placée sous le signe de la démesure, de l’hybride, du savoir et des mensonges qui font la littérature, en compagnie d'un écrivain plongeur, d'une romancière et traductrice, d'un poète hongrois méconnu et pour finir, d'un jeune auteur qui signe son premier roman.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Philippe ROY/Gamma-Rapho - Getty

Première partie

Mathias Enard s'entretient avec Jean-Marie Blas de Roblès de son roman Ce qu’ici bas nous sommes qui vient de paraître aux éditions Zulma.

1982. Un 15 août exactement. Le narrateur, Augustin Harbour, quitte Tripoli pour explorer l’ancien royaume d'un antique peuple libyen, les Garamantes, en compagnie de son guide berbère Hamza Nedjma. Après plusieurs jours d’errance dans le désert, ils parviennent à une oasis fortifiée, Zindân, où on les reçoit au nom du Hadj Hassan Abou Hassan, Dieu vivant. S’ensuivent la description minutieuse et savante de la ville, de ses habitants et de leurs mœurs étranges et le récit de son exploration par les deux hommes. Le récit fait alterner ces souvenirs libyens avec les observations au présent d’Augustin Harbour, invité au Chili, dans une villa au bord du lac Calafquén par un ami médecin, le professeur Binswanger. Mais outre sa prose fluide et précise d’ethnologue, ce qui caractérise le récit d’Augustin, ce sont les innombrables dessins qui ornent les marges du livre. Des vignettes légendées, comme on pouvait en trouver dans les revues du XIXe siècle comme Le Tour du Monde ou Le magasin pittoresque ou plus près de nous, dans le catalogue Manufrance. Dessins au trait, à la plume, vues façon gravure ou photographies retouchées, le dernier roman de Jean-Marie Blas de Roblès témoigne aussi de l'étonnant talent d'illustrateur de son auteur.

Mathias Enard : Comment en arrive-t-on à écrire pareille aventure ?

Jean-Marie Blas de Roblès : En suivant le fil d'une idée vieille de plus de quarante ans, née de la lecture du livre de Stephen Hawking sur les trous noirs. J’avais été fasciné par une phrase qui dit que tout et n’importe quoi peut sortir d’un trou noir, "d’un poste de télévision aux œuvres complètes de Proust reliées en cuir mais qu’il n’y a qu’une très faible probabilité pour que cela arrive". Depuis, je rêve d'écrire sur un personnage qui serait lui-même un trou noir. Et quel meilleur trou noir que d’imaginer une divinité, un dieu vivant dont la masse spirituelle agirait comme un trou noir et aspirerait à elle non seulement ce qui l’entoure mais la totalité de la mémoire et les cultures humaines ? C’est ce qui se passe à Zindân avec ce personnage de Hadj Hassan Abou Hassan que l’on prend d’abord pour un chamane mais dont on s’aperçoit que la masse infinie de sa présence attire à elle les voyageurs de toutes parts, et de toute époque, de la Préhistoire au XVIIe siècle...

Seconde partie

Mathias Enard s'entretient avec Diane Meur, romancière et traductrice qui signe Sous le ciel des hommes, chez Sabine Wespieser.

Sous le ciel des hommes se déroule à Landvil, capitale du Grand-Duché d’Éponne, et partage avec le roman de Jean-Marie Blas de Roblès d’avoir pour décor un lieu inventé, mais pourtant bien réel avec son lac, sa fête de la dynastie et son confort bourgeois. On y parle français, on n'est pas très loin de la Slovénie et les panneaux annoncent Capitale du choux farci et centre géographique de l’Europe. C'est aux alentours de Noël que Jean-Marc Féron, journaliste et écrivain, accueille chez lui Husseyn, un réfugié. Tandis qu'il cherche surtout à faire un coup éditorial avec le récit de cette expérience - mais que, confronté à l’impossibilité d'écrire, il va se voir imposer une ghost writer, pour l’aider à dépasser son blocage - un collectif d’intellectuels militants rédigent pour leur part un pamphlet anti-capitaliste. Parmi eux, Jérôme vit une histoire d’amour adultère avec Sylvie, cadre dans la multinationale Summum... Un roman de personnages, où chacun de ces protagonistes se trouve, sans le savoir, à un tournant de sa vie...

Mathias Enard : D'où est né le besoin de forger un Grand-Duché d’Éponne fictif plutôt que de situer le roman au Luxembourg ou au Liechtenstein par exemple ?

Diane Meur : J'avais besoin d'un lieu fictif pour avoir les coudées franches, pour faire exploser les schémas romanesques et faire bouger mes personnages, que je voulais traversés par des courants qui les dépassent. Dans Eponne, flotte cette atmosphère maisons de pain d’épices, boîtes à musique, un peu MittelEuropa, à la fois mièvre et charmante, mais inquiétante aussi. Je voulais écrire un roman sur l’utopie, l’anachronisme, la société du spectacle alors quoi de mieux qu’un décor de carton pâte pour parler de spectacle ? Ce micro Etat francophone, ce petit paradis fiscal, je l'ai conçu comme un leurre pour le lecteur, pour lui donner l’impression au début qu’on est seulement dans une veine satirique. C'est une façon de l’amadouer, d’endormir sa méfiance et puis au moment où il se réveille, il se rend compte qu’on est bien dans le monde d’aujourd’hui, dans tout ce qu’il a de plus cru.

Le message... de Hugo Lindenberg

Dans mon enfance, on ne disait rien sur elle, ni rien sur rien d’ailleurs, on recouvrait tout de silence, comme les meubles à la fin des vacances avec des draps blancs. Quand elle est morte en 2012, trois jours après la mort de Chris Marker, j’ai compris qu'un jour j’écrirai sur elle. Elle, ma tante folle. Hugo Lindenberg

  • Hugo Lindenberg, Un jour ce sera le vide, Christian Bourgois

Caillou dans les Poches

Imaginez un traducteur hongrois de l’anglais si érudit, que le prince de Galles lui-même aurait pris des cours auprès de lui. Un traducteur expérimenté, dont on découvre, et c’est son seul défaut, qu’il ne peut s’empêcher de dérober tout ce qui lui tombe sous la main. Une montre à gousset, des pantoufles, un tuyau de poêle : il vole tout. Jusqu’à ce qu’il finisse par être arrêté pour avoir subtilisé son portefeuille à un commerçant morave dans l’express de Vienne. Police, menottes, et vive émotion chez ses confrères. Ses amis essayent de prouver qu’il ne s’agit pas d’un voleur mais d’un cleptomane, et qu'à ce titre il mérite la clémence. Mais quand ceux-ci en viennent à se pencher sur le manuscrit de l’une de ses traductions - un roman policier traduit en hongrois - patatras : 

En quelque lieu que sa plume ait passé, le traducteur avait causé préjudice aux personnages et cela à peine connaissance faite, et sans égard pour aucun bien, mobilier ou immobilier, il avait porté atteinte au caractère incontestable, quasi sacré, de la propriété privée. Il travaillait de diverses manières. Le plus souvent, les objets de valeur, ni vu ni connu, avaient disparu. De ces tapis, de ces coffres-forts, de cette argenterie, destinés à relever le niveau littéraire de l’original anglais, je ne trouvais dans le texte hongrois aucune trace.

  • Deszö Kosztolányi, Le traducteur cleptomane, traduit par Adam Peter et Maurice Regnaut, Livre de Poche

Le générique de l'émission ainsi que ceux des différentes séquences sont extraits des morceaux suivants : Radar de Hauschka, Garden de Winter Family et Broken Sleep d'Agnès Obel.

Intervenants
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Avec la collaboration de
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