LE DIRECT
Mettez un livre dans votre moteur

Jean-Marie Quéméner, Christian Perrissin, Vanessa Bamberger. Grandes traversées

42 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines qui embarque à son bord des écrivains de l'aventure en mer, pour y faire résonner des histoires de pirates et de franchissement du Cap Horn au XVIIIe siècle, et où l'on croise Daniel Defoe, Mary Reed et Jean-Jacques Rousseau. Tenez-vous au bastingage !

Mettez un livre dans votre moteur
Mettez un livre dans votre moteur Crédits : Secablue - Getty

Première partie. Entretien avec Jean-Marie Quéméner

Journaliste, ancien grand reporter pour le Quotidien de Paris et le Figaro, Jean-Marie Quéméner a couvert tous les conflits de la fin du XXe siècle, du Liban au Rwanda en passant par la Yougoslavie, avant de travailler pour la rédaction de Canal . Depuis 2018, il publie des récits d’aventure, des histoires de pirates, dont un jeune marin originaire de Carnac est le héros. Un personnage dont il dit qu'il est "mon fantasme, celui que j’aurai aimé être, ma vision de l’être humain avec ses forces et ses faiblesses. C’est mon père, mon frère, ma famille, mes amis, les gens que j’ai perdus, ceux que j’ai retrouvés. Il y a tout ce petit monde qui s’agite en lui." De La République des Pirates au Vent des soupirs qui vient de paraître, chaque tome des aventures de Yann Kervadec représente pour Jean-Marie Quéméner deux ans d'un travail de documentation. Afin, comme il le précise au cours de cet entretien, de rester fidèle à la réalité historique de la piraterie du XVIIIe siècle, loin des interprétations romantiques que la culture populaire véhicule depuis le XIXe siècle :

Jean-Marie Quéméner : Le XIXe siècle a fait du pirate un motif romanesque. Et Hollywood porte toujours la marque de ce dévoiement, comme le prouvent encore Pirates des Caraïbes. Mais dans la réalité, ces hommes étaient vêtus de peaux de chèvre, la moindre blessure les faisait mourir, leur espérance de vie à bord ne dépassait pas deux ans. Ils étaient à la fois très durs et très libres. Le XIXe siècle a retenu la liberté, pas la dureté. C'est un Zola qu'il aurait fallu pour raconter les pirates !

L'écrivain, qui affirme que les plus grands pirates étaient des femmes, et qui met en scène, dans ce troisième tome des aventures de Yann Kervadec, la célèbre Ann Bony, s'est aussi penché sur les écrits de l'écrivain anglais William Defoe, passionné par les pirates à l’époque où on les pendait à tour de bras, et à laquelle il prête une rencontre avec Voltaire...

Jean-Marie Quéméner : Au début du XVIIIe siècle, la piraterie affole autant qu’elle attire. Pourquoi ? Parce que, les pirates inventent un nouveau système dans lequel la liberté et le libre arbitre priment. A une époque où la monarchie est le système politique dominant en Europe, affirmer que l’autorité ne vient pas d’en haut mais d’une société pirate, certes violente, voleuse, souvent cruelle, mais où chacun décide de son sort en conscience. A cette époque, Voltaire, exilé en Angleterre a croisé Daniel Defoe. De là à dire que notre Révolution française a un peu d'influence pirate en elle, c’est un pas que je m'autorise à franchir en tant que romancier !

  • Jean-Marie Quéméner, Yann Kervadec, petit pirate de Carnac. Le Vent des soupirs Plon

Seconde partie. Entretien avec Christian Perrissin

Scénariste de bande dessinée, Christian Perrissin a signé de grande séries d’aventures (El Niño avec Boro Pavlovic, Cap Horn avec Enea Riboldi, et avec Matthieu Blanchin, la biographie de Calamity Jane (Prix Ouest-France Quai des Bulles en 2008). Après avoir écrit avec Tom Tirabosco, Kongo : le ténébreux voyage de Josef Teodor Konrad Korzneniowski qui raconte le matériau à partir duquel Joseph Conrad écrira Au cœur des ténèbres, il s'est lancé dans l'adaptation d'une autre relation de voyage, qui paraît chez Futuropolis sous le titre Voyage du Commodore Anson avec Matthieu Blanchin au dessin. Sur fond de guerre commerciale entre l'Angleterre, dont la Royal Navy aspire à la maîtrise des mers, et l'Espagne qui en ce début de XVIIIe siècle, possède encore le plus grand empire colonial au monde, l’Amirauté décide en 1740 d'organiser une expédition pour aller piller les colonies espagnoles de la côte Pacifique. Or, pour atteindre cet objectif, l’escadre devra franchir le redoutable Cap Horn. Si George Anson, le commandant du centurion, n’a tenu aucun journal de bord, Richard Walter en revanche, le chapelain du navire, ainsi que le lieutenant Philip Saumarez, ont laissé des écrits racontent cette expédition. L'adapter en bande-dessinée était une véritable gageure, que Christian Perrissin et Matthieu Blanchin ont réussie, en pas moins de 267 planches !

Christian Perrissin : Quand j’ai lu cette relation de voyage, ma première réaction a été de penser que c’était impossible à transcrire en bd. Raconter le quotidien d’une escadre tout au long de cette navigation m’impressionnait. Au départ, je pensais la fictionnaliser, créé des personnages ou même reprendre celui de Saint-Preux de La Nouvelle Héloïse, puisque Jean-Jacques Rousseau avait imaginé qu’il faisait partie de l’état-major de Hansen. Mais c’est en tombant par hasard sur le journal de Philippe Saumarez que j’ai eu le déclic ; je me suis dit il faut raconter les faits tels quel, en se laissant porter par cette intensité. Grandissante. Parce que rien ne se passe comme prévu, ils rencontrent les tempêtes du Cap Horn, l’expédition est une succession de déboires qui ont failli leur coûter cher très tôt, ils ont failli faire naufrage sur les côtes de la Terre de Feu. Dans les récits de navigation de cette époque, on met toujours l’aspect grande aventure, alors que moi ce qui m’a passionné à la lecture du journal de Saumarez, c’est justement ces petites choses du quotidien qui font la difficulté du voyage. C’était cela que je voulais raconter : le quotidien des hommes d’équipage, des officiers, leurs soucis leurs angoisses quasi permanentes.

  • Christian Perrissin, Matthieu Blanchin Le Voyage du Commodore Anson, Futuropolis

Le caillou dans les poches

Henry de Monfreid est un des grands aventuriers en mer du XXe siècle. Parvenu à l’écriture grâce à sa rencontre avec Joseph Kessel, le contrebandier de la Mer Rouge raconte dans ses récits autobiographiques sa vie de trafiquant entre 1913 et la Seconde Guerre mondiale. Forban moderne, Monfreid se livre sans scrupules à la contrebande d’armes, de haschich ou d’opium. Il tient un journal de bord et ce sont ces journaux qui serviront de base, bien des années plus tard, à l’écriture de ses romans. Le recueil Vivre libre reprend certains de ces journaux inédits, et notamment son récit du voyage entre Bombay et Suez, en janvier 1922, sur le boutre l’Altaïr, chargé de 80 caisses de haschich : un voyage de quelques 1300 miles, la remontée de toute la Mer Rouge…

  • Henry de Monfreid, Vivre libre, Points Aventure

Le message de Vanessa Bamberger

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

A vous parents, je voudrais crier "Ne rêvez pas, un enfant parfait ça n’existe pas". Mon nom est Roxane. J’ai presque 17 ans. Dans mon ventre, une boule se forme. Mais pour moi c’est la norme, je ne pose aucun problème. C’est pour ça qu’on m’aime. Tant que je continue à bien travailler, personne n’ira jamais s’inquiéter. Alors j’écoute ma musique. Du rap, pour décompresser. Vous, les adultes, vous restez dans le noir et vous ne saurez pas voir ce qui va m’arriver. Quand mes notes de maths vont se mettre à baisser, et mon visage se couvrir d’acné. Quand, une à une, devant moi les portes vont se fermer, qui pour me sauver ? Toi François, le copain de mon père, le médecin si droit, si sincère ? A toi François qu’on accusera, je crie aussi : 'Ne rêve pas, un enfant parfait, ça n’existe pas".

Écouter
1 min
Vanessa Bamberger, "A vous parents, je voudrais crier..."
  • Vanessa Bamberger, L’enfant parfaite, Liana Levi

Chroniques

18H30
12 min

Le Village global

"Chez Google ou Facebook, l'art permet aux ingénieurs de se tromper eux-mêmes sur la nature de ce qu'ils font : du capitalisme de surveillance"
20H00
1h25

Fictions / Théâtre et Cie

"Pur" de Lars Norén
21H26
32 min

Fictions / Théâtre et Cie

"Journal intime d'un auteur "de Lars Norén (extraits)
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......