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Léonor de Récondo, Erik Orsenna, Nathalie Prince. Andante furioso

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines symphonique qui vibre au son des accords du génie beethovenien, mais où l'on croise aussi la peinture et le mysticisme fervent du Gréco par une nuit de canicule dans un musée de Tolède, la voix du capitaine Haddock et même Marguerite Yourcenar.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Antje Queiner / EyeEm - Getty

Première partie

Mathias Enard s'entretient avec Léonor de Récondo, violoniste et écrivaine. Si son dernier ouvrage, Leçon de ténèbres, porte un titre musical, il y est surtout question de peinture, plus précisément du peintre espagnol Domínikos Theotokópoulos, dit Le Greco. Au cours de cet entretien, Léonor de Récondo évoque la nuit qu'elle a passé dans un musée de Tolède, en juin 2019, au milieu des œuvres du peintre :

Je me suis enfermée par une nuit d’été dans ce musée à Tolède. On connaît bien les tableaux du Gréco mais ce qui m’intéressait, c’était une approche sensible de sa peinture. Mon point de vue est romanesque, je voulais savoir qui était l’homme, m’adresser à lui, Domínikos. On sait qu’il lisait des traités de philosophie. Il y a une forme de quête spirituelle dans son travail. Et puis à Tolède sont passés Jean de la Croix et Thérèse d’Avila. A la chaleur caniculaire de cette nuit se mêlait la présence de ces mystiques espagnols. J’ai essayé de m’approcher de cette incandescence-là. Je voulais que ce texte rende compte aussi de la joie ardente que la peinture peut procurer, un sentiment que mes parents m’ont transmis quand j’étais enfant. Mais il est aussi une sorte de prière ardente à la peinture. Celle que mon père aurait pu adresser, lui qui, à l’orée des années 40, a pris le dessin comme sa langue, une langue nouvelle qui allait protéger l’enfant de réfugiés républicains espagnols qu’il était.

  • Léonor de Récondo, Leçon de ténèbres Points

Seconde partie

Mathias Enard s'entretient avec Erik Orsenna, écrivain, membre de l’Académie française, auteur de nombreux romans parmi lesquels l’Exposition Coloniale, Prix Goncourt 1988, La grammaire est une chanson douce en 2001 ou encore L’entreprise des Indes. Après un essai consacré à La Fontaine et un autre à Beaumarchais, Erik Orsenna s'est attaché à la figure de Beethoven, un personnage dont il replace la trajectoire au cœur des profondes transitions qui marquent l’histoire européenne à la fin du XVIIIe siècle. 

Beethoven a vécu une période de l'Histoire déchirée - il a 19 ans en 1789 - cela peut donner des fous ou cette forme particulière de la folie qu’est le génie… Contrairement à Mozart qui naît Mozart, Beethoven est devenu Beethoven par ces agressions perpétuelles de la vie, cette succession de drames et de maladies. Toute sa vie a été l’inverse de la joie. Et pourtant, elle est une sorte de symphonie avec un thème qui revient sans cesse, sous de multiples formes, et qui serait "N’oublie pas la joie !" Pour moi, la question que pose Beethoven c'est : est-ce la fraternité qui donne la joie ? Ou bien est-ce la joie qui conduit à la fraternité ? J’ai écrit ce livre pendant le premier confinement à raison de 18h par jour. L'expérience de la pandémie m'a fait sentir de façon accrue que dès qu’on est malade, on est solitaire. Et il m'a semblé que c’est de fraternité que nous avions le plus besoin en cette période. De nous prendre dans les bras, et de l’absolue nécessité de la culture qui nous permet d'être émus ensemble.

  • Erik Orsenna Beethoven, La Passion de la fraternité. Fayard

Le message de Nathalie Prince

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Mon amie, vous ne la connaissez pas. Mon amie, elle se bat contre des moulins à vent. Elle a un scaphandre et une combinaison de plongée noire, épaisse et gluante, une tenue qui pèse des tonnes. Elle est allée sur le mont Zarathoustra, au Paraguay, mais aussi sur la Lune. C’est vrai, elle est souvent ailleurs, toujours un peu plus à l’ouest, mais non elle n’est pas reporter, elle est prof, comme Tournesol. Elle est un peu sourde aussi, et à peu près aussi timbrée. Une vraie tête de mule. L’histoire de mon amie, elle est triste mais elle me fait du bien. Elle raconte tout ce qu’elle traverse, le monde qui lui est tombé sur la tête, et c’est parfois bien salé. Elle raconte toutes ses tribulations pour que le monde marche un tout petit moins sur la tête. Et un petit peu c’est déjà beaucoup…

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1 min
Nathalie Prince : "Un petit peu, c'est déjà beaucoup."
  • Nathalie Prince, Un enterrement et quatre saisons, Flammarion

Le caillou dans les poches

L’empereur Hadrien n’était pas insensible à la musique, surtout celle que son amant, Antinoüs, pouvait jouer. Les Mémoires d’Hadrien sont à la fois un roman sur un homme d’état et une réflexion sur une vie sans Dieu, sans perspective autre que la vie sur terre. Un "combat sans gloire contre le vide, l'aridité et la fatigue, la nausée de l'existence, conduisant à un désir de mort" nous dit Hadrien.  Peut-être la musique, alliant plaisir des sens, réflexion et tradition, et transmettant des expériences sensibles et ordonnées entre des générations différentes d’êtres humains, peut-elle donner un sens à l’existence et une consolation face à la certitude de la mort ?

  • Marguerite Yourcenar, Les Mémoires d’Hadrien, lu par Stéphane Varupenne, Ecoutez lire
  • Musiques diffusées

- Michel-Richard de Lalande, Leçons de Ténèbres, 3e Leçon du Vendredi, "Jérusalem", Sophie Karthäuser, soprano, Ensemble Correspondances, direction Sébastien Daucé
- Couperin, Les Nations, Second Ordre : L’Espagnole (extrait), Cyril Auvity, ténor, Léonor de Récondo, violon, Ensemble L’Yriade
- Beethoven, An die ferne Geliebte, op. 98, Dietrich Fischer-Dieskau, baryton, Jorg Demus, piano
- Beethoven, Sehnsucht, WoO 134, Ann Murray, mezzo-soprano, Iain Burnside, piano

Intervenants
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