LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Mettez un livre dans votre moteur

Lewis Trondheim, Elisa Dusapin, Marius Jauffret. Sauts périlleux

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines qui met à l'honneur les trapézistes du Transsibérien, les équilibristes du récit de voyage, de Séoul à Moscou, les funambules du roman autobiographique et les dompteurs de dessins, avec Lewis Trondheim, Elisa Shua Dusapin et Marius Jauffret, et quelques sorcières médiévales.

Mettez un livre dans votre moteur
Mettez un livre dans votre moteur Crédits : Azim Khan Ronnie/SOPA Images/LightRocket - Getty

Première partie. Entretien avec Lewis Trondheim

Au départ, il n'y avait pour tout ingrédient de scénario qu'un château entouré par une tempête éternelle, trois femmes de trois générations différentes dans une barque, un orque sur un pont qui ne veut plus manger les gens ni leur demander une pièce d’or pour prix de leur passage, une sorcière et un chasseur perdu dans la forêt. A la fin, il y a Castelmaure (Delcourt), cosigné par Lewis Trondheim et Alfred, un conte merveilleux et cruel à la fois dont le narrateur est un écrivain folkloriste qui part à la rencontre d'un roi que tout le monde croit mort.

Lewis Trondheim revient au cours de cet entretien sur son style de dessin, qu'il qualifie lui-même de "minimaliste et animalier" et sur ses limites, qui le conduisent à rechercher la collaboration d'autres dessinateurs pour explorer d'autres univers fictionnels, comme ici le Moyen Age avec Alfred par exemple.

Lewis Trondheim : J’ai toujours voulu raconter des histoires. Quand j’ai découvert la bande dessinée, j’étais très content mais j'ai vite pris conscience qu'avec mon style de dessin, je ne pourrai pas tout raconter. Il y a des formes narratives qui m’intéressent en tant que scénariste mais que je ne peux pas explorer en tant que dessinateur. C'est pour cela que je m'associe à des dessinateurs réalistes, ou semi-réalistes. Si je devais faire du Lapinot tout le temps, cela me scléroserait. J’ai besoin d’explorer de nouveaux territoires pour pouvoir revenir à Lapinot. Et le faire avec plaisir. Parce qu'il n’y a rien de pire que d’être obligé de faire quelque chose qu’on aime faire.

Au sujet de cet album, dans lequel il explore en particulier le thème du double, Lewis Trondheim confie chercher à s'appuyer sur ses propres "failles intérieures" pour donner de la profondeur à ses histoires, pour ne pas en rester à ce qu'il appelle les "récits stupides", et fidèle en cela à ce "petit travers" qu'il avoue et qui consiste à toujours "tordre un récit pour en faire autre chose" :

Lewis Trondheim : Que ce soit Eric ou Camille, tous les personnages de Castelmaure ont un côté double. Cette dualité, j'ai l'impression qu'elle nous concerne tous. Qui sommes-nous ? Est-ce qu’on est sûr d’être la bonne personne ? Moi en tout cas en tant qu’artiste, j’ai toujours des problèmes de cet ordre, je me demande tout le temps si je pourrai un jour changer du tout au tout. Si je tuais quelqu’un demain par exemple, est-ce que je serai une personne différente de celle que j’étais avant ? Si j’arrêtais de dessiner, d’écrire, est-ce que je ne serai plus moi-même ?

  • Lewis Trondheim et Alfred, Castelmaure, Delcourt

Seconde partie. Entretien avec Elisa Shua Dusapin

Objet cinématographique plus que littéraire, depuis les films de Tod Browning L’Inconnu ou La Monstrueuse parade jusqu’à Sous le plus grand chapiteau du Monde de Cecil B. de Mille, le cirque se rencontre peu dans le roman du XXIe siècle, victime sans doute de la désaffection contemporaine pour le spectacle lui-même. La romancière franco-coréenne Elisa Shua Dusapin s'explique sur son intérêt pour cet univers, qui l'a conduit à en faire la matière première de Vladivostok Circus. Elle revient en particulier sur sa découverte de la barre russe lors d'un séjour à Moscou, une discipline traditionnelle des arts du cirque en Russie, inventée dans les années 1950, et dans laquelle elle voit une métaphore de sa propre relation à l'écriture :

Elisa Shua Dusapin : La barre russe est l’une des disciplines les plus dangereuses qui soient parce que l’acrobate ne peut pas être assuré. Une confiance absolue doit se nouer entre les deux porteurs et l’acrobate jusqu’à ce que ce que ce trio ne forme plus qu’un organisme unique, qui communique sans paroles, sans un regard, uniquement à travers les perceptions transmises par la barre de soutien. L'art des porteurs se résume à cela : peaufiner un geste, chercher la perfection à travers une seule action qui est celle de soutenir. Cette quête fait écho, évidemment de manière moins dangereuse, à mes questionnements vis-à-vis de l’écriture. Pourquoi me lancer pendant des mois dans un texte sans savoir où je vais, de manière solitaire ? En même temps, il y a cette force mystérieuse qui pousse à construire un imaginaire, qui parfois, au moment de la plongée dans l’écriture, devient plus importante que la vraie vie.

  • Elisa Shua Dusapin, Vladivostok Circus, Zoé

Le message de Marius Jauffret

Autrefois dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordre en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire..

Après une cuite, une violente crise de panique me paralyse. Mon frère, inquiet, décide de me conduire aux urgences de Sainte-Anne. Je pense y rester une nuit mais deux psychiatres m’inventent une maladie rare, le syndrome de Korsakoff. Ils décident de m’interner en hôpital psychiatrique. Je resterai 18 jours dans cet enfer, un univers dur, clos, désespéré, où le personnel médical se moque des patients avec cruauté et les attache par plaisir. Un univers où le psychiatre a tout pouvoir puisque même le juge des libertés se soumet à sa décision. La France, ce pays roi de la démocratie, enferme 100 000 personnes chaque année, 100 000 innocents. Mon livre est pour eux.

  • Marius Jauffret, Le Fumoir, Anne Carrière

Le caillou dans les poches

La voix de Juliette Binoche nous permet de redécouvrir la beauté du roman de Marguerite Duras (Prix Goncourt 1984), toute en volutes, en redites, en cercles, en imprécations sourdes.

Toute communauté, qu'elle soit familiale ou autre, nous est haïssable, dégradante. Nous sommes ensemble dans une honte de principe d'avoir à vivre la vie. C'est là que nous sommes au plus profond de notre histoire commune, celle d'être tous les trois des enfants de cette personne de bonne foi, notre mère, que la société a assassinée. Nous sommes du côté de cette société qui a réduit ma mère au désespoir. A cause de ce qu'on a fait à notre mère si aimable, si confiante, nous haïssons la vie, nous nous haïssons.

  • Marguerite Duras, L'amant, lu par Juliette Binoche, Ecoutez lire
Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......