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Marie-Hélène Lafon, Jean Rolin, Colombe Boncenne. Déambulations

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines placée sous le signe de la déambulation, de l'indécidable, des oiseaux, des filiations mystérieuses entre les hommes et entre les oeuvres, en compagnie d'un écrivain voyageur, de Georges Pérec et d'une travailleuse du verbe native du Cantal.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Cavan Images - Getty

Première partie

Mathias Enard s'entretient avec Marie-Hélène Lafon de L’histoire du fils paru aux éditions Buchet Chastel.

Autrice de nouvelles et de romans, Marie-Hélène Lafon a obtenu le Goncourt de la nouvelle pour Histoires, paru en 2015. Elle a grandi dans le Cantal, un terroir dans lequel elle a situé la plupart de ses récits. L’histoire du fils ne fait pas exception. La romancière, qui avait choisi comme exergue à son premier roman, Le soir du chien (Prix Renaudot des lycéens 2001) cette citation de Robert Bresson "Ne glisse pas ailleurs, creuse sur place" revient sur son rapport à ce territoire qui est aussi le lieu de son enfance :

Livre après livre, je cherche à m’enfoncer dans ce lieu minuscule et infime, ce coin de pays perdu où le hasard m’a fait naître, en me plantant là, comme un arbre, de façon à en inscrire la trace la plus juste, la plus vivace, la plus dense possible. C’est mon travail de travailleuse du verbe puisque c’est comme ça que j’aime à me définir.

Mathias Enard : Le premier des 12 tableaux qui composent L'histoire du fils se situe en 1908, comment imagine-t-on la vie des morts ?

Marie-Hélène Lafon : Pour ce qui me concerne, la notion de travail de l’imaginaire me laisse sceptique. Je décale, je couds, je découds, je réinvente, je fictionne mais je n’imagine pas. Tous mes livres commencent par une collision avec le réel. Pour celui-ci, elle a eu lieu dans ma propre famille, au cours de l’été 2012. Le motif saisissant de cette histoire c’est que l’on n’a jamais su et on ne saura jamais si cet homme, Paul, a su qu’il était père. Si Gabrielle lui a dit qu’elle attendait un enfant. Il y a ce trouble chez ce "fils" qui ne sait pas s’il était inscrit - même pas dans le désir - mais simplement dans la conscience d’un père. Cela restera pour toujours indécidable. Et cet indécidable fabrique de la littérature beaucoup plus sûrement que ce qui est tranché, déjà épuisé, éreinté, d’avance. Ce sont ces non-dits que je viens habiter avec mes mots. Et puis de l'autre côté, il y a d'autres silences que je ménage avec mes mots pour que le lecteur vienne les habiter. Cela crée le lien entre celui qui écrit et que celui qui lit. Parce que si je suis au travail dans la salle des machines, le lecteur doit l'être aussi !

Seconde partie. Entretien avec Jean Rolin

Mathias Enard s'entretient avec Jean Rolin du Pont de Bezons paru aux éditions P.O.L.

Jean Rolin est l’auteur d’une œuvre importante qui compte des récits de voyages, des enquêtes, des romans autobiographiques comme L’organisation, (Prix Médicis 1996) qui raconte, très ironiquement, l'engagement politique de l'écrivain au début des années 70. Une trentaine d’ouvrages au total qui ont en commun de former un vaste répertoire d'explorations minutieuses, d’arpentages attentifs de diverses rives : depuis celles des îles du Pacifique à celles - que l'on aurait tort de croire plus quelconques - de la Seine, entre Melun et Mantes.

Mathias Enard : Décrire de manière aléatoire, mais en suivant la succession des saisons durant une année, le trajet entre Melun et Mantes, était-cela le projet de départ ?

Jean Rolin : Oui, je ne voulais pas faire une descente linéaire de la Seine, je tenais à organiser un désordre spatial délibéré. Je voulais donner une idée de toutes ces choses qui présentent un caractère de nouveauté par rapport à ce que j’ai connu dans ma jeunesse : les friches industrielles, les camps roms, les mosquées, les églises de sectes protestantes. Mon sujet au départ n’était pas la désindustrialisation mais cela fait partie des choses que l’on rencontre chemin faisant, et c’est un axe d’observation comme un autre de ce phénomène. Et en même de ce qui se maintient pour quelques temps encore du tissu industriel : une usine automobile ici, ailleurs une autre qui fabrique des moteurs d'avions.

M.E. : Pour rendre compte de cette déambulation le long de la Seine, étiez-vous comme un impressionniste qui pose son chevalet et peint sur le motif ? Vous êtes-vous installé dans une cabane de pêcheur sur une berge ?

J.R. : Non ! Mais j’ai éprouvé le besoin de passer une nuit dans un hôtel proche de la Seine pour ne pas tromper le lecteur sur la marchandise. Parce que quand j’écris "Heureux celui a qui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons", la moindre des choses était que je l’ai vu moi-même. A part cela, le seul endroit où j’ai pensé qu’il y aurait eu quelque intérêt à planter non pas une cabane mais une tente Quechua, c’est au beau milieu de cette lande qui s’étend au pied des immenses antennes de la base de communication avec les sous-marins. C’est un endroit mystérieux, et que fréquentent les extra terrestres comme j’en ai eu la révélation sur Internet depuis. C'est une lande superbe, un peu inquiétante. Cela aurait pu m’apporter quelque chose d’y passer un moment…

Le message de Colombe Boncenne

Comme chaque semaine, un message parvient jusqu’à notre salle des machines pour partager une expérience d’écriture – aujourd’hui Colombe Boncenne.

Vue mer se déroule un lundi dans un open space. Je tenais à décrire les mécanismes implacables de l’ordinaire d’une journée de travail contemporaine, et tâcher d'en reproduire au plus près les gestes et surtout le langage, ce langage que l’on dit "efficace" et dont l’apparente technicité frôle parfois l’abstraction, le rendant autant absurde que poétique.

  • Colombe Boncenne, Vue mer, Zoé

Un caillou dans les Poches

Il y a beaucoup de choses Place Saint-Sulpice, par exemple : une mairie, un hôtel des finances, un commissariat de police, trois cafés dont un fait tabac, un cinéma, une église à laquelle ont travaillé Le Vau, Gittard, Oppenord, Servandoni et Chalgrin et qui est dédiée à un aumônier de Clotaire II qui fut évêque de Bourges de 624 à 644 et que l’on fête le 17 janvier, un éditeur, une entreprise de pompes funèbres, une agence de voyages, un arrêt d’autobus, un tailleur, un hôtel, une fontaine que décorent les statues des quatre grands orateurs chrétiens (Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon) un kiosque à journaux, un marchand d’objet de piété, un parking, un institut de beauté, et bien d’autres chose encore. Un grand nombre, sinon la plupart de ces choses ont été décrites, inventoriées, photographiées, racontées ou recensées. Mon propos dans les pages qui suivent a plutôt été de décrire le reste : ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages.

  • Georges Perec, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, Bourgois
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