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Maylis de Kérangal, Frédéric Boyer, Audrey Gaillard. Totems

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines traversée par ces deux moments du corps que sont la voix et les larmes, grâce à deux grands écrivains d’aujourd’hui, Maylis de Kérangal qui publie le recueil de nouvelles Canoës, et Frédéric Boyer, auteur du roman Le Lièvre.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Christian Zenner / EyeEm - Getty

Première partie. Entretien avec Maylis de Kérangal

Mathias Enard s'entretient avec Maylis de Kérangal. Au moment où les voix se voilaient derrière un masque, la romancière a commencé à écrire sur elles. Pendant le confinement, elle a écrit un recueil de huit nouvelles intitulé Canoës, conçu comme un roman en pièces détachées. Elle revient sur la façon dont elle a composé ce "nuancier vocal" :

"Canoës" se situe dans l’espace romanesque, même si c'est un roman disloqué, les nouvelles partagent des images communes, se réverbèrent entre elles. Au moment où je m’intéressais à cette région des Grands Lacs et aux Indiens qui peuplent ce territoire à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada, le canoë m'est apparu comme un porteur de voix et la fluidité, la grâce, l'endurance de cette embarcation se sont installées dans mon imaginaire. Ces huit textes forment comme une flottille qui contiendrait des morceaux de mémoire. J’ai cherché à y faire entendre des voix de femmes de générations, de métiers différents : une petite fille qui traverse la gare du Havre, une étudiante, une mère, une femme mûre qui rêvasse au somment d’un building. A travers ce Je féminin, j’avais envie de documenter des motifs de ma propre existence. L’idée qu’il pourrait s’agir toujours de la même narratrice mais qu’on n’en soit jamais sûr me plaisait.

  • Maylis de Kérangal Canoës, Verticales, Gallimard

Seconde partie. Entretien avec Frédéric Boyer.

Mathias Enard s'entretient avec Frédéric Boyer, écrivain et poète, auteur notamment de Des choses idiotes et douces (Prix du Livre Inter 1993), Les Yeux noirs (2016) et de Peut-être pas immortelle de (2018). Egalement traducteur de Virgile, de Saint Augustin, de la Chanson de Roland et du Kamasutra, Frédéric Boyer dirige les éditions P.O.L. depuis 2018. Au cours de cet entretien, il revient sur le souvenir d'enfance dont il a fait le cœur de son roman, Le Lièvre, qui vient de paraître.

C’est un récit d’initiation, celui du passage de l’enfance à l’adolescence, travaillé par cette question, importante pour moi : "Est-ce que je vais avoir la force de croire aux illusions qui m’ont constitué enfant ?" Ce qui a été soi et qui est désormais perdu, on ne peut le retrouver que par la fiction que l’on fait aujourd’hui de notre enfance. Et ce que l’on retrouve, c’est ce mouvement qui vous contraint à imaginer de nouveau cette petite personne que vous n’êtes plus. C’est l’une des actions majeures de la littérature que d’accomplir ce travail de mémoire et de placer la fiction dans son rôle majeur de donner à la vie une figure lisible, racontable, transmissible, même à travers les récits les plus fous, les plus débordants. Sans la littérature, il est difficile d’envisager la cohésion d’une existence, et même la cohésion d’un monde.

Le message d'Audrey Gaillard

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

J’étais assise en face de vous dans le train ce lundi. J’aurais aimé m’approcher de vous. Faire courir mes doigts sur votre poignet et chercher votre pouls. Ressentir l’emballement de vos 17 ans. Dans votre immobilité, je saisissais l’urgence : vous êtes exactement à ce point de bascule entre l’adolescence et la vie d’adulte. Comme au bord d’un précipice. Vous frémissez d’excitation, vous êtes attirée par le vide, les excès, l’interdit. Vous aimez tant vivre que vous n’avez pas peur de mourir. Vous êtes complexe, opiniâtre et vulnérable. Vos silences me fascinent. Epais et vibrants. La transformation de votre corps. Quelle fulgurance ! Brusquement vous avez fermé votre livre. Votre regard vers moi qui m’acharnais à vous saisir a été cinglant. Tout de vous m’échappe. Et à la fois j’ai l’impression de vous connaître...

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Tout de vous m'échappe et à la fois j'ai l'impression de vous connaître...

Le caillou dans les poches

Paru pour la première fois en 1967, Armen est un livre aussi singulier que le phare dont il tire son nom, le phare d’Ar-men, au large de l’île de Sein, perdu en mer d’Iroise. Jean-Pierre Abraham a été le capitaine de ce navire immobile au milieu des tempêtes, le gardien de cet îlot vertical dont la porte est toujours forcée par le vent. Il a tiré de cette expérience un extraordinaire récit de veille, de survie et de contemplation. 

  • Jean-Pierre Abraham, Armen Petite bibliothèque Payot

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