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Pas de deux avec Catherine Mavrikakis, Eileen Hofer, Mayalen Goust et Simon Berger

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines traversée par des vagues de tristesse et des élans de vie, des gestes de deuil, des sursauts et des entrechats, où l'on croise – de Montréal à Cuba en passant par Kaboul – une danseuse étoile aveugle, une enfant qui aime trop sa maman, un jeune Bohémien et des soldats russes.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Laia Abellan Ponce De Leon / EyeEm - Getty

Première partie. Entretien avec Catherine Mavrikakis

"Tu n’as jamais cultivé ton jardin." C’est avec ces mots adressés à sa mère récemment disparue que Catherine Mavrikakis ouvre L’Absente de tous bouquets. Un journal de deuil qui se lit également comme un art poétique où s’éclaireraient la fascination pour les fantômes, le goût de la solitude et la passion pour la langue que l’on retrouve dans tous les livres de l'écrivaine québécoise, de Deuils cannibales et mélancoliques, jusqu'à L’Annexe (2020) en passant par La ballade d’Alibaba

Pour Catherine Mavrikakis, le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont trop aimé leur mère et les autres. Elle se range dans la première catégorie, aux côtés de Warhol, Fassbinder, Roland Barthes, ou encore Pasolini. Au cours de cet entretien, elle évoque la façon dont l'écriture lui a permis de faire le deuil de cet amour qui avait pris la forme pour elle d'une vénération inconditionnelle.

Après la mort de ma mère, j’avais besoin à la fois de la regarder de l’extérieur et d’exprimer la voix de la petite fille fervente, un peu ridicule dans son amour excessif, que j'ai été. Il a fallu inventer un dispositif d’écriture qui me permettrait à la fois d'être celle que je suis aujourd'hui et de reproduire la voix de cette enfant qui appelle inconditionnellement "Maman". Après coup, je crois qu'il y avait quelque chose d’un peu nécrophile dans mon écriture, j'ai créé un personnage de morte à qui il m’était plus facile de parler, dont j'étais plus proche que dans la vie. Pendant l'année qu'a duré l'écriture de ce texte, j’étais encore en lien avec elle, en écrivant tous les jours, je gardais notre lien  vivant. Ce n'est qu’à la fin de l’écriture que j’ai ressenti son absence. Je ne sais pas si le deuil nous enseigne quelque chose. Il est plutôt un moment de grande folie, on sait que quelqu’un est mort, et en même temps, on n’y croit pas absolument pas. Si le deuil est un maître, c'est un maître qui faillit à sa tâche.

  • Catherine Mavrikakis, L'absente de tous bouquets, Sabine Wespieser

Seconde partie. Entretien avec Eileen Hofer et Mayalen Goust

Alicia Alonso, dont le prénom donne son titre au roman graphique cosigné Eileen Hofer et Mayalen Goust, était la danseuse étoile du Ballet National Cubain. Mais qui était vraiment cette prima ballerina ? Dans un Cuba où règnent la débrouille, l'entraide, la dénonciation et le marché noir, la démocratisation de la danse classique rime avec l'avènement du régime révolutionnaire. Au cours de cet entretien, Eileen Hofer et Mayalen Goust reviennent sur la façon dont elles ont entrelacé les destins de trois danseuses à La Havane, entre 1959 et 2011. Pour rendre compte du destin d'Alicia Alonso, victime à 20 ans, au sommet de sa gloire, d'un double décollement de la rétine qui la laisse presque aveugle, devenue ambassadrice du castrisme dans les années 1960 et décédée en 2019 à 98 ans. Mais aussi de l'incroyable popularité de la danse classique à Cuba, qui suscite un engouement et un enthousiasme presque à l'égal du football.

Eileen Hofer : Quand j'ai découvert l'histoire d'Alicia Alonso en 2012, un jour de blues, j’y ai vu un symbole du phénix. Pour moi c’était un message universel, j’ai voulu raconter son histoire pour toucher d’autres personnes qui traversent un moment de down à une période de leur vie, et qui se diront que si Alicia a réussi à danser ces rôles phares du répertoire, en dépit de sa cécité, je peux moi aussi arriver à surmonter les difficultés que j’ai dans ma vie.

Mayalen Goust J'ai fait énormément de crayonnés avant d'arriver à rendre la légèreté, la fluidité des mouvements d'Alicia Alonso dans le fameux ballet Giselle notamment. J'ai essayé de visualiser ses positions pour rendre le dessin le plus crédible possible, parfois j'avais presque envie de me mettre à danser pour trouver le bon trait !

  • Eileen Hofer & Mayalen Goust, Alicia, prima ballerina assoluta, Rue de Sèvres

Le message de Simon Berger

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Salut Jacob. Je sais que tu ne répondras pas mais je voulais malgré tout te remercier pour ce bout de périple que nous avons fait ensemble. Je ne saurais pas dire si c’est toi qui m’as intimé l’ordre de monter à bord ou moi qui t’ai offert un dernier tour, une dernière navigation. En tout cas, nous nous sommes embarqués et nous avons bien fait la nique au vieux passeur des Enfers, nous lui avons fait un pied de nez depuis notre esquif d’une centaine de pages. Mais quand j’ai accosté à l’air libre, tu n’y étais plus. Pourtant, je n’ai voulu que saisir ton ombre et remonter avec elle le cours de l’Achéron. Il faut croire que ton ombre a pris goût au repos des Bohémiens, alors je te laisse... 

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Simon Berger, "Salut Jacob..."
  • Simon Berger, Jacob, Gallimard 

Le caillou dans les poches

A l'heure où les troupes américaines se retirent d’Afghanistan, Les Cercueils de zinc de Svetlana Alexievitch paraissent en poche. La Prix Nobel de littérature y ausculte, grâce à de nombreux témoignages, les profonds traumatismes d'une guerre qui ne disait pas son nom et qui a sans doute précipité la chute de l’URSS.

  • Svetlana Alexievitch, Les Cercueils de zinc, Actes Sud Babel
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