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Faïza Guène, Philippe Forest, Vinca van Eecke. A l'origine

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines sous les auspices de Djamila Boujired et de Chateaubriand, en quête des lieux où commencent les histoires - d'Ajaccio à M'Sirda Fouaga, où elles se terminent - de Waterloo à Aubervilliers - et où se croisent les destins, illustres ou inconnus, de ceux qui sont devenus français

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Mario Jelavic - Getty

Première partie. Entretien avec Faïza Guène

Après Kiffe kiffe demain, qui valut à son autrice une célébrité immédiate en 2004, après Un homme ça ne pleure pas (2014) que l'on peut lire comme le livre du père - ou des pères - Faïza Guène publie La Discrétion, son sixième roman. Le livre de la mère - ou des mères ? Dans cet entretien, elle revient sur la façon dont elle a conçu, avec Yamina, Omar, Malika et Imanquatre personnages "archétypiques et singuliers" à la fois, dans lesquels elle a projeté des morceaux de sa propre histoire. Elle s'attache en particulier au personne de la mère, Yamina, au centre du roman :

Faïza Guène : La figure de la militante algérienne Djamila Bouhired a marqué mon éducation. Elle est aussi importante pour Yamina, mon personnage principal. Je ne voyais pas comment trouver plus belle incarnation de la résistance. Avec La discrétion, je voulais permettre au lecteur de regarder autrement les femmes de cette génération, de lui faire entrevoir la force de ces destins, extraordinaire et ignorée. On parle souvent d’immigration comme si ces gens n’avaient pas eu de la peine à abandonner, à reconstruire. Mais pour moi, l’exil c’est toujours une histoire triste, d’abandon, de déchirement intérieur.

Faïza Guène évoque également son désir de raconter les histoires d'une génération d'immigrés qui a subi la triple offense "de l’oubli, du silence et de l’humiliation" et dont la mémoire reste encore un angle mort de la société française :

Faïza Guène : A la mort de mon père en 2013, j’ai pris conscience qu’un morceau de notre histoire commune s’en allait avec la disparition de cette génération de chibanis. C’est devenu une obsession pour moi de collecter, de recoller les morceaux de cette mémoire avant qu'elle ne s'efface. Avec ce roman, je voulais donner une idée de qu’est-ce que c’est qu’être l’héritier ou l’héritière de cette mémoire fragmentée, et de la grande mélancolie qui s'est transmise aussi à ma génération, mais qui ne nous appartient pas. Il me fallait raconter de l'intérieur des histoires qui ne sont pas racontées, faire apparaître aux yeux du monde des personnages invisibilisés. Une des missions de la littérature pour moi c’est trouver à se reconnaître. Pouvoir se reconnaître sans pour autant se séparer des autres. 

  • Faïza Guène, La discrétion, Plon

Seconde partie. Entretien avec Philippe Forest

Essayiste, professeur de littérature, spécialiste de la revue Tel Quel, Philippe Forest est également l'auteur de plusieurs romans parmi lesquels Sarinagara, en 2004 ou Le siècle des nuages en 2010. Après s'être attelé à l'écriture d'une biographie de Louis Aragon (Prix Goncourt de la biographie 2016), l'écrivain publie Napoléon, la fin et le commencement.

Quand commence l'épopée bonapartiste ? Et quand se termine le règne de Napoléon ? Philippe Forest s'est attelé à ces questions, happé comme il le dit par "une histoire qui n’en finit pas de finir, et de recommencer." En revisitant la fascination exercée par Napoléon sur les écrivains du XIXe siècle, il raconte les différentes visions de la naissance d'une gloire, et de sa chute. 

Philippe Forest : Victor Hugo, Stendhal, Chateaubriand, Balzac ou Alexandre Dumas écrivent dans l’après-coup de la défaite de Waterloo, c’est à dire sur les ruines de l’empire, dans le souvenir de la gloire disparue. Ils le font soit dans la perspective d’en porter le deuil, soit dans celle d’en envisager le renouveau. Parce que cette histoire n’en finit pas de finir, et donc de recommencer. Quand finit l’histoire de Napoléon ? En 1799 comme le pense Stendhal ? En 1804 comme l’affirme Chateaubriand ? Napoléon incite au délire et justifie la manière dont on peut délirer à son propos. Chateaubriand, comme Hegel, comme Balzac, cherchent à se mesurer à lui. Comme s’il s’agissait pour ces grands écrivains d’engager une sorte de dialogue, de face à face, voire de duel avec lui. Tous ces écrivains se prennent en quelque sorte pour Napoléon, à la manière des mythomanes, simplement ils font de cette folie qui s’empare d’eux une base à partir de laquelle ils vont développer de grands livres.

Quel roman pourtant que ma vie ! Napoléon

  • Philippe Forest, Napoléon. La fin et le commencement, Gallimard
  • Musique diffusée : Tino Rossi, L’Ajaccienne

Le message de Vinca van Eecke

Autrefois dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordre en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire..

Ces étés-là où on traînait ensemble, dans un de ces patelins paumés, on pourrait s’en souvenir en écoutant la bande-son de l’époque, et en se marrant de tout ce qu’on a inventé pour se sentir vivant. Après je suis partie, et la bande, elle a été décimée. Cette violence, on l’a pas vu arriver. J’ai compris plus tard que derrière les kilomètres que l’on faisait pour tuer l’ennui, il y avait un beau gâchis. Peut-être que pour ne pas tourner en rond, sur les routes et dans la vie, pour ouvrir l’horizon, il aurait fallu ne pas se sentir hors course, dès le départ. Enfin, tout ça c’est des grands mots. Je crois que j’avais surtout envie d’entendre le bruit des mobylettes. Et qu’avec ce livre, j’ai espéré le faire résonner un peu plus loin.                    

Vinca van Eecke

  • Vinca van Eecke, Des kilomètres à la ronde, Seuil

Le caillou dans les poches

Amateur de Stendhal mais aussi flaubertien dans son plaisir des mots et la perfection de ses phrases, Giuseppe Tomasi di Lampedusa fut l’homme d’un seul livre, Le Guépard (1958) qui raconte les transformations de la Sicile du Risorgimento à travers le destin de Don Fabrizio, Prince de Salina, un des plus beau personnages de l’histoire de la littérature, que la voix de Denis Podalydès fait revivre dans ce livre audio, et dans la traduction de Jean-Paul Manganaro (AudioLib).

  • Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, lu par Denis Podalydès, Audiolib
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