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Charles Berberian, Sophie Guerrive, Zoé Derleyn. Fabulistes

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines qui fait route vers des rivages imaginaires, aux confins de la Mésopotamie et de la bande-dessinée, où l'on croise une statuette antique aux yeux de lapis-lazuli, un ours vêtu d'un T-shirt à rayures qui médite sous un arbre et un cargo russe qui franchit le passage du Nord-Est

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Iain Masterton - Getty

Première partie. Entretien avec Charles Berberian

Mathias Enard s'entretient avec Charles Berberian, auteur et dessinateur de bande-dessinée, Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2008, qui vient de publier aux éditions Futuropolis une relecture très personnelle de l'épopée de Gilgamesh, Les Amants de Shamhat. Au cours de cet entretien, il revient sur les circonstances de sa rencontre avec une statuette mésopotamienne qui l'a amené à s'intéresser à la légende du roi d'Uruk.

Charles Berberian : C’est au Louvre que j’ai croisé une statuette datant de 2000 ans avant notre ère, découverte à Mari, en Syrie, et représentant Ebih-Il, un haut fonctionnaire de l’époque. J’ai commencé à me documenter sur la Mésopotamie à ce moment-là, et sur Gilgamesh, et c'est alors que j’ai découvert le personnage de Shamhat. Selon les sources - et leurs traductions - elle apparaît soit comme l'assistante d’Ishtar, la déesse amoureuse de Gilgamesh, soit comme une prostituée. Mais dans les deux cas, elle va séduire Enkiddu, un personnage inventé par les dieux. Mettre en place un triangle amoureux m’intéressait davantage que raconter l’épopée du roi d'Uruk. Parce qu'à partir de là s'ouvrait la possibilité de décrire une époque finalement assez semblable à la nôtre. D’autant plus semblable que, sous les effets conjugués de la pandémie et de la crise climatologique, on se demande si notre planète est aussi solide que le pensaient nos grands-parents. Cette similitude entre notre présent et la friabilité d’une civilisation qui semblait indestructible et qui a complètement disparu - la Mésopotamie - m’a plu. J’ai abordé ces trois personnages comme s'ils étaient nos contemporains ou comme si moi j'étais le leur.

Plus précisément, Charles Berberian s'attarde sur ce que lui a inspiré cette statuette rencontrée au Louvre et sur la licence poétique qu'il s'est accordée pour évoquer l'épopée de Gilgamesh à sa manière :

Charles Berberian : J'ai fait de Ebih-Il un assistant de Gilgamesh. Ce qui est entièrement faux, Mari est très loin d’Uruk en réalité ! Mais ce personnage me plaisait. C’est grâce à lui que j’ai fait la connaissance de Gilgamesh et de Shamhat. J’en ai fait une sorte d'homme à tout faire. Ebih-Il est un témoin privilégié de cette histoire, c’est un peu le personnage dans lequel je me projette. Celui qui tous les jours essaie de s’en sortir, de ne pas manquer de respect au roi même s'il n’est pas dupe de la bonté supposée de Gilgamesh. Tout cela, je l’ai vu dans le regard de cette statuette en lapis lazuli. Elle a un côté mélancolique, et en même temps il a les yeux écarquillés, un regard étonné. Il voit tout et il en croit pas ses yeux. Et son sourire est un sourire en demi-teintes, on ne sait pas s’il est ironique ou dépité. J’ai voulu raconter l'histoire de Gilgamesh à travers ce regard et ce sourire.

Seconde partie. Entretien avec Sophie Guerrive

Mathias Enard s'entretient avec Sophie Guerrive,autrice de la série Tulipe, de Capitaine Mulet (éditions 2024) ou Crépin et Janvier (Delcourt). Au cours de cet entretien, elle revient sur les circonstances de la naissance du personnage de Tulipe, un jeune ours qui passe le plus clair de son temps à méditer allongé sous un arbre, à la fois pensif et mélancolique... mais qui au départ, n'était pas un ours... mais un rat !

Sophie Guerrive : C’est Charles Schultz et Quino qui m’ont donné envie de faire de la BD quand je les ai lus enfant. J’ai toujours voulu faire du strip avec des personnages dans l'esprit des Peanuts ou de Mafalda. Je suis plus à l’aise avec les formats courts. J’essaie de créer des petites histoires qui, en s’accumulant, finissent par créer un univers. Pour Tulipe, je n'avais au départ aucune intention philosophique. Loin de moi l'idée de donner des leçons à qui que ce soit ! Je suis souvent gênée par ceux qui pensent que j’essaie de donner une vision de la vie pleine de sagesse. Je ne pense pas qu’il y ait une morale à chercher dans mes histoires, ni que Tulipe ait davantage raison que Crocus par exemple. Que ceux qui ont envie de faire la sieste toute la journée la fassent ! Les gens pensent que je suis hyper zen, comme Tulipe. Mais en fait, Tulipe est une thérapie pour moi aussi ! Parfois, j’arrête Tulipe dans les moments où je vais bien et je le reprends quand je me sens un peu perdue. Dans ces moments-là, je me demande que ferais-tu Tulipe ? Et la réponse est toujours : "Rien" ! Ce qui est la bonne réponse dans la plupart des cas. Tulipe m’aide à me souvenir de cela.

Le message de Zoé Derleyn

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Le nom du cargo était inscrit sur la coque, à la peinture noire. Un nom russe. J’ai embarqué un samedi. La traversée était longue, longue à ne plus pouvoir être appelée traversée. Longue à devenir un lieu où habiter. J’ai habité le bruit blanc des machines, celui des flots, l’air salé, la permanence du jour, le résonnement métallique des pas. J’ai habité le mouvement du bateau. J’ai habité les conversations des marins, en russe/anglais. A force je comprenais tout. J’ai habité l’impression de comprendre le russe. J’ai habité les fruits frais servis au dessert. Pomme, banane, orange, même un soir des fraises. Des fraises si fraîches que leur cœur craquait congelé sous la dent. J’ai guetté l’horizon, j’ai espéré la glace, les icebergs. Depuis le grand réchauffement, le passage du Nord-Est est une route comme les autres. J’ai habité les glaciers disparus, la banquise de plastique, les baleines mortes. 

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1 min
Je n'habite plus l'océan, tu vois, je suis bien arrivée...

Le caillou dans les poches

S’il existe un livre contemporain qui réussit à faire revivre l'esprit du XVIIIe siècle, c’est Les Livres de Jakób de la romancière polonaise Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018. Du siècle des Lumières, ce roman, sous-titré Ou le grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois religions et d’autres moindres, a l’ampleur : 1 200 pages. Immense récit kabbalistique, cette épopée de Jakób Frank à travers l'Europe centrale a de quoi vous faire rêver tout l’été. 

  • Olga Tokarczuk, Les Livres de Jakób (traduit du polonais par Maryla Laurent, Livre de poche)
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