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Sylvie Germain, Sylvain Prudhomme, Suzanne Doppelt. Instantanés

57 min
À retrouver dans l'émission

Une salle des machines placée sous le signe de la forme brève, du souffle rapide de l'écriture, entièrement consacrée à ce qui court comme une nouvelle, à ce qui est vif comme un regard, et vertigineux comme le voyage introspectif né de nos profondes solitudes.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Justin Paget - Getty

Première partie. Entretien avec Sylvain Prudhomme

Sylvain Prudhomme est romancier. Il a publié Là avait dit Bahi (Prix Louis Guilloux 2012), Les Grands (2014) et Par les routes (Prix Femina 2019). Avec Les Orages, l'écrivain s'attèle pour la première fois à la forme brève, un genre qu'il a longtemps associé à une trop grande volonté de maîtrise du récit :

Sylvain Prudhomme : Il y a des novellistes qui m’ont marqué comme Raymond Carver, ou des films à sketches comme "Short cuts" de Robert Altman. J'aime l’idée que des vies puissent être frappées de fulgurance au même moment, sans rien savoir les unes des autres. Mais pendant longtemps, ce qui m’a tenu à distance de la nouvelle, c'est l'impression qu'elle devait être une démonstration de l’art absolu du récit, avec cette culture de la chute notamment. Alors que ce je cherchais dans l'écriture, c’était le contraire de la maîtrise, je voulais être dans une situation d’exploration et de non savoir. 

... avant de découvrir dans l'écriture d'un recueil de nouvelles un plaisir inattendu :

Sylvain Prudhomme : Avec Les Orages, j’ai découvert ce plaisir du recueil, quelque chose de rythmique que je ne connaissais pas mais dont sont familiers ceux qui composent un album de musique ou un livre d’images. Dans le roman, on est tenus par le continuum d’un récit. Dans le recueil de nouvelles, on peut créer des contrastes de vitesse, de couleur, d’intensité. On peut désirer tout d’un coup de l’intensité basse, pour permettre à la lecture de repartir sur la nouvelle suivante. Si chaque nouvelle devenait une épiphanie, ce serait fatigant. J’aime créer une tension mais que, parfois, la catastrophe qu’on croyait imminente n’arrive pas.

  • Sylvain Prudhomme, Les Orages, L’Arbalète/Gallimard

Seconde partie. Entretien avec Sylvie Germain

Sylvie Germain est l'autrice d'une œuvre importante parmi laquelle on peut citer Jours de colère (prix Femina 1989), Magnus (Prix Goncourt des Lycéens 2005) ou encore Le vent reprend ses tours (2019). Avec Brèves de solitude, la romancière dessine une série de portraits qui composent un portrait des mois si singuliers que nous venons de vivre. Et revient sur la genèse de cet ensemble de textes courts.

Sylvie Germain : Pendant le premier confinement, j’étais au début de l’écriture d’un nouveau roman et l’impression de stupeur qui m’a saisie a fait s’effondrer les quelques idées qui commençaient à se mettre en place. Cela créait une impasse. Alors j’ai travaillé à partir de cet étonnement, et du sentiment de solitude. Cette solitude à l’état chimiquement pur, totale, extrême, personne n’était préparé à la vivre, même les gens qui vivent seuls. Je me suis demandé ce qu'elle pouvait provoquer. Je pense aujourd'hui qu'elle a fait remonter à la surface des failles, des faiblesses, des chagrins ou des forces aussi qui dormaient au fond de nous. 

L'écrivaine précise l'impact qu'a eu l'expérience du confinement sur son travail d'écriture à proprement parler :

Sylvie Germain : La profonde solitude, celle dont parle Rilke dans ses Lettres à un jeune poète, est celle qui permet de descendre au plus profond de notre psychisme. On en revient toujours à l’image forgée par Freud de l’iceberg : la petite pointe de l’iceberg est notre état conscient et puis il y a cette énorme masse en dessous, où il y a du meilleur et du pire, beaucoup de ténèbres, de pulsions, etc. Pour moi, le travail du romancier ne consiste pas à faire basculer l’iceberg mais à essayer de l'explorer. Et nos sondes pour le faire, ce sont nos personnages. Kundera dans L'Art du roman dit que chaque personnage est un ego expérimental pour l'écrivain. J'aime beaucoup cette idée. Quand on est privé de la relation aux autres physiquement, on est amené à découvrir à l’altérité que l’on porte en soi, qui est faite par les autres. Si en apparence on est à peu près fini, à peu près lisse, à l’intérieur, il y a du chaos. Même quand on a un équilibre psychique solide, qu'on s’est donné une colonne vertébrale, on est fait de pièces rapportées, de la rumeur du monde, qui est composée de strates, de voix, d’échos si nombreux. C'est cela qui m’intéresse. Grâce à cet ego expérimental que m'offrent mes personnages, je découvre certains aspects de la folie humaine que je porte en moi.

  • Sylvie Germain, Brèves de solitude, Albin Michel

Le caillou dans les poches

Emile Erckmann et Antoine Chatrian sont deux auteurs lorrains, actifs entre 1849 et 1888. Depuis le village de Phalsbourg ou les vallées reculées des Vosges, ils déploient un univers de contes fantastiques, et connurent, dans les années 1860 et sous le pseudonyme d’Erckmann-Chatrian, d’immenses succès populaires avec des romans comme L’ami Fritz ou Histoire d’un conscrit de 1813

  • Erckmann-Chatrian, conteurs et moralistes, anthologie présentée par Noëlle Benhamou, Les Belles Lettres

Le message de Suzanne Doppelt

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Du Moyen Age aux années 1960 dans la province italienne du Salento, comment en est-on arrivé à danser une danse funèbre et effrénée pour liquider un petit animal des champs, une araignée velue et inoffensive ? Il faut raconter cette histoire, devenue ensuite un folklore de plus, une histoire des femmes et des hommes rompus par leur vie misérable et qui font la bête chaque année, le 29 juin, au moment si critique des récoltes pour l’achever et sortir de leur stupeur. Car le mauvais passé mort et remord mais ce sont quelques astuces rituelles qui les soulagent un temps. Entre le silence et le chant, une mélodie qui essaie de retrouver celle de l’araignée. Entre l’immobilité et le rythme, ce lieu propre à l’animal. Entre ses couleurs. Entre tous et le monde. C’est une cérémonie venue du fond des âges, et pourquoi pas de la Préhistoire...

  • Suzanne Doppelt, Meta Donna, POL

Bibliographie

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