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Eugène Delacroix, Etude pour un tigre couché (1828)

Yannick Le Marec, S. Vidal & K. Consigny, Camille Goudeau. Dragons

57 min
À retrouver dans l'émission

Une Salle des machines qui suit la piste du tigre, de la Petite Ceinture jusqu'au delta du Mékong, le parcours de vie de George Sand, de Nohant à Paris, les chemins arpentés par W.G. Sebald, Patrick Modiano, Abbas Kiarostami et qui enfin embarque un passager endormi qu'il faut tirer de sa léthargie.

Eugène Delacroix, Etude pour un tigre couché (1828)
Eugène Delacroix, Etude pour un tigre couché (1828) Crédits : Sepia Times/Universal Images Group - Getty

Première partie. Entretien avec Yannick Le Marec

Le 24 novembre 2017, la jeune tigresse Mévy, échappée de son cirque, déambule et sème la panique dans le XVe arrondissement de Paris, avant d'être abattue par son propriétaire non loin de la Petite Ceinture. C’est ce fait divers qui met en mouvement Constellation du tigre de Yannick Le Marec. Au cours de cet entretien, l'écrivain revient sur ce qu'évoque cette figure du tigre pour lui.

Comme W.G. Sebald que j'admire, je crois que l’écrivain écrit à partir de choses qui lui sont données, qu’il ramasse sur le bord de la route, dans la rue. J’avais envie de travailler sur les boulevards des Maréchaux sur les traces d'écrivains qui me passionnent comme Patrick Modiano quand je suis tombé sur ce fait divers. Ce qui me frappe dans la figure ambivalente de cet animal extraordinaire c'est que son arrivée massive dans les ménageries parisiennes commence à partir de 1860. Elle coïncide avec la colonisation française de la région du delta du Mékong, de la Cochinchine, de l'Indochine. Le tigre arrive en France à la fois comme un trophée du projet colonial, et en même temps, on réduit ce trophée à une sorte de jouet à qui on jette des pelures de marrons ou des coques de noix. La manière dont on traite le tigre m'a paru emblématique de cette incapacité à respecter les espaces de vie des êtres vivants qui nous entourent. Cette période de la fin du XIXe siècle est très précisément celle où se construit l’idée de supériorité de l'Occident, qui va considérer que tout ce qui ne nous aide pas peut être considéré comme nuisible, chassable.

Seconde partie. Entretien avec Séverine Vidal et Kim Consigny

Si Edmond de Goncourt décrivait George Sand comme "un sphinx ruminant, une vache Apis" et Jules Renard voyait en elle "la vache bretonne de la littérature", ces propos acerbes et misogynes paraissent bien loin de la réalité du destin de l'autrice de La Mare au diable. Au cours de cet entretien, Séverine Vidal et Kim Consigny reviennent sur les raisons qui les ont poussées à vouloir co-écrire une biographie dessinée de l'écrivaine, et sur celles pour lesquelles George Sand est un personnage toujours fascinant, un siècle et demi après sa mort.

Kim Consigny : C’est quelqu’un qui est arrivé à mener de front sa vie de femme, de mère, d’écrivaine. C'est pour cela que j’avais envie de la dessiner comme une femme vive et piquante. Le mouvement véloce, agile du dessin était là naturellement, parce que George Sand a imposé son rythme à sa vie, c’est elle qui a mené sa danse ! Quand les gens me disent “Ah, quelle femme pour l’époque !” j’ai envie de répondre “Mais aujourd’hui encore, quelle femme elle serait !" Non seulement elle a réussi à vivre de sa plume, mais elle a permis à d'autres artistes de vivre grâce à son travail. Elle a eu une place incroyablement importante dans la vie artistique du XIXe siècle. 

Séverine Vidal : A une époque, où pour le Code Civil, les femmes partagent le même statut que celui réservé aux mineurs, aux infirmes et aux criminels, George Sand réussit à obtenir une séparation légale avec son mari Casimir Dudevant, à assurer l’éducation de ses enfants, à mener sa vie entre Nohant et Paris. Si elle a été parfois caricaturée notamment par Simone de Beauvoir, elle a aussi été à l’origine de l’émancipation des femmes, au XIXe siècle. Si elle a rejeté le suffrage universel étendu aux femmes, elle revendiquait l’égalité civile, l’égalité dans le mariage, dans la famille. Tout cela la rend très proche de nous.

Le message de Camille Goudeau

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Je veux que tu te réveilles, que tu reviennes dans le game, que tu arrêtes d’avoir peur et de rester juste au bord de la vie comme ça parce que c’est froid dans l’eau. Je veux pas que tu t’endormes avec tout l’or sur ta tête et dans tes mains qui se met à noircir. T’as peur d’être seul, et de rater, et d’être nul. Tu te fabriques des chambres d’enfant, tu accumules des objets, tu fais des overdoses de séries, des intraveineuses de fiction pour pas être là, parce que c’est trop dur la vie. Mais c’est pas le système, c’est pas ce “ils” qu’on accuse tout le temps, c’est toi même qui te fais cette misère. Si tu veux t’enliser, y’aura toujours du monde pour t’aider. Si tu décides d’avancer, il est possible qu’on te malmène, et qu’on te crie que ça sert à rien et que ce sera toujours plus long et compliqué et douloureux. Mais si tu bouges, tu trouvera des gens qui ont besoin de toi, et ça te portera. 

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T’inquiète pas, on arrive toujours quelque part...

Le caillou dans les poches

Le cinéma d’Abbas Kiarostami s'est d'abord attaché à filmer un Iran rural et mystérieux, tissé de rêves d’enfant, de villages oubliés perdus dans les brumes du nord du pays. Avant que les paysages du grand cinéaste et photographe iranien ne s'ouvrent sur le monde sans rien perdre de son immense générosité. Les deux essais de Youssef Ishaghpour savent donner à entendre toute la poésie de l'œuvre du cinéaste disparu en 2016. 

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