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Zied Bakir, Grégoire Polet, Sandrine Berthet. Spirites

57 min
À retrouver dans l'émission

Une Salle des machines qui fait route vers le royaume de l'invisible, embarquant à son bord des pèlerins qui arpentent les chemins du monde, de Tunis à Medjugorje, à la recherche de leur Simorgh ou de leurs fantômes, et où l'on croise Ramuz, Borges, des Communards et même une soucoupe volante.

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Mettez un livre dans votre moteur... Crédits : Jennifer Hardt, Sweethardt Photography - Getty

Première partie. Entretien avec Zied Bakir

Zied Bakir a grandi en Tunisie avant de rejoindre la France en 2010. L’amour des choses invisibles (Grasset) est son troisième roman, après Vive la dictature ! (Edilivre-Aparis, 2008) et On n'est jamais mieux que chez les autres (Erick Bonnier, 2012). Au cours de cet entretien avec Mathias Enard, il revient sur la façon il a transformé son expérience d'un pèlerinage avorté, et d'un séjour dans prisons libyennes, en un projet littéraire.

Zied Bakir : Après un pèlerinage à Compostelle, il m’est venu l’idée de marcher jusqu’à la Mecque à la recherche de l’inspiration, cette chose ô combien invisible. Je voulais trouver quelque chose à raconter, c’est l’écriture qui me faisait marcher. Mais après être parti de Tunisie à pied, j’ai été rattrapé par la géopolitique. J'ai été arrêté et incarcéré en Libye. N’ayant pas eu la possibilité de marcher, j’ai fait un voyage immobile… j’ai médité. Comme chacun le sait, ce n'est pas la destination qui compte dans le voyage, mais le chemin. Pendant ces six mois de prison, je n’ai cessé de penser à tous les captifs de l’histoire, du capitaine Dreyfus à Nelson Mandela, en passant par Cervantès. Et j'ai commencé à écrire ce récit dans ma tête, il est devenu comme une chose invisible. J’imaginais un livre avec des épreuves mais aussi beaucoup de belles choses dedans. Le but de mon pèlerinage c’était d’arriver à un stade où le but disparaît, le but c’était l’absence de but. Comme en amour. Pour moi, la plus haute forme d'amour, c’est quand l’objet devient invisible. Le titre de ce livre est là pour me rappeler un message que je m’adresse à moi-même depuis cette expérience, une sorte de mémo : ne pas oublier de n’aimer que l’invisible.

Seconde partie. Entretien avec Grégoire Polet

Mathias Enard s'entretient avec Grégoire Polet. Pour l'écrivain, auteur notamment de Chucho ou Barcelona ! l’écriture est l’art du contre-pied, une expérience assez proche de l’expérience du tireur de pénalty. Au cours de cet entretien, il revient sur la façon dont il s'est essayé pour la première fois à l'art de la nouvelle, une expérience d'écriture qui a donné naissance à son recueil, Soucoupes volantes.

Grégoire Polet : Entre la nouvelle et le roman il y a une différence de terrain de jeu. Dans un roman, on a le terrain (et le temps) d’un match de football ou de rugby, dans une nouvelle on a l’intensité, le danger, le risque d’un match de boxe. La nouvelle, c’est plus direct, c’est comme un sprint. Il y a moins de préparatifs, plus d’énervement. C’est plus un art de casse-cou qu’un art de général ou de stratège. Il y a quelque chose de l’ordre de l’intensité qui est très excitant. On n’a jamais autant le sentiment que dans un texte court de sentir l’écriture comme l’éclosion de petites fleurs. On va peut-être aussi plus directement vers les failles de notre perception du monde. Il y a quelques chose de tranchant dans la nouvelle, qui va a la capacité d'entr’ouvrir les rideaux entre le visible et l’invisible. Chez moi, l'exercice a révélé des obsessions. Soucoupes volantes, montres revenants, je me suis posé beaucoup de questions sur leur apparition massive. C’était une découverte pour moi de voir que j’avais la tête (ou le cœur) remplis de fantômes, d’hésitations sur ce qui est visible ou invisible, palpable ou impalpable. Finalement, ce recueil est devenu le miroir d’une conscience, d’une âme, la mienne à un moment donné.

Le message de Sandrine Berthet

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Vous êtes morts depuis longtemps et pourtant vous êtes tellement vivants. Vous êtes en Syrie, en Iran, en Russie, vous êtes à Hong Kong ou dans le Xinjiang, vous êtes Fadwa Souleimane, Athena Daimi, Nikita Ouvarov, Joshua Wong, Ilham Tohti. Vous êtes celles et ceux qui continuent de lutter pour rendre ce monde un peu plus vivable. Pour vous, il n’y a qu’une voie, il n’y a qu’une vie : s’engager, militer, se battre avec ses idées, avec ses poings quand il le faut. Aujourd’hui comme il y a 150 ans, vous refusez l’anéantissement, vous repoussez l’amertume, le découragement, et le renoncement. C’est pour cela que j’ai voulu raconter votre déportation en Nouvelle Calédonie, dans cet archipel au bord du monde, sur cette terre rouge et âcre. Raconter votre exil, l’arrachement à tout ce qui faisait votre vie, raconter la faim, le dénuement, la folie qui guette. Raconter pour être à vos côtés, pour que d’autres aussi, lecteurs, vous accompagnent, vous qui avez osé réécrire les règles, et espéré fonder une société différente. Vous qui avez payé cher cette prétention mais ne vous êtes pas résignés. Tout comme toi, Fadwa, qui a enfiévré des milliers de Syriens au début de l’insurrection, avant que l’exil ne te consume. Tout comme toi, Athena, qui t’es levée pour les droits civiques et ceux des femmes, toi qui restes amarrée au combat du fond de ta geôle à Téhéran. Comme toi Joshua qui n’avais pas quinze ans quand tu as choisi de t’opposer à l’asservissement de Hong Kong par le pouvoir chinois. Vous le savez bien, si aucune victoire ne vient facilement, aucune justice ne dure éternellement. Et même quand surgissent l’odeur du sang et les jours de défaite lorsque viennent les nuits nauséeuses et vides de la prison et de l’exil, vous ne vous abandonnez pas à l’obscurité. Humblement, je voudrais vous dire mon admiration.

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Chère Louise, cher Jean, chère Nathalie, Henri, Pascale, chers communards...

Le caillou dans les poches

Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) était aussi un nouvelliste, auteur d’un nombre important de récits brefs que rééditent dans leur collection de poche les éditions Zoé. Le recueil Les femmes dans les vignes correspond aux années 1914-1921, celles du retour en Suisse de l'écrivain après quinze ans passés à Paris. Le fracas de la guerre, même s’il épargne le canton de Vaud, bouleverse l’œuvre de Ramuz ; celle-ci tend vers plus de noirceur, et vers plus de spiritualité aussi. L'écrivain cherche un style nouveau comme en témoigne la nouvelle Salutation paysanne (1921). 

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