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Kamel Daoud et son reflet

Passer la frontière littéraire

29 min
À retrouver dans l'émission

Ecrire en français depuis la marge et venir chercher la reconnaissance dans la capitale de la République des Lettres : la jeune romancière et sociologue Kaoutar Harchi analyse les trajectoires contrastées de cinq écrivains algériens, dont celle, duale, de Kamel Daoud.

Kamel Daoud et son reflet
Kamel Daoud et son reflet Crédits : Bertrand Langlois - AFP

Meursault, contre enquête, le roman de Kamel Daoud, a déjà connu deux vies. La première en Algérie, lors de sa publication par les éditions Barzakh, il fut alors reçu et défendu par l'auteur comme l'affirmation d'un engagement postcolonial, dont le choix du nom du personnage principal, Albert Meursault, témoigne, par exemple, fortement. Une seconde vie, après le passage de la frontière littéraire, en route vers la reconnaissance par la République des Lettres lors de sa publication quelques mois plus tard en France par Actes Sud. Entretemps, l'état civil du personnage a changé, et c'est Meursault tout cours, sans le prénom Albert, qui a obtenu son visa littéraire. Totalement dépolitisée, la réception du roman, qui manque de peu le Goncourt, n'a plus rien à voir, il s'agit désormais de communier autour de L'Etranger, texte sacré de la littérature française du XXe siècle. Et plus surprenant, le discours de l'auteur s'ajuste progressivement dans les entretiens qu'il donne face aux questions de ces interlocuteurs. Jusqu'à la tribune qu'il publiera après les événements de Cologne début janvier, et qui surprendra un journaliste américain qui écrira, dans le New York Times, ne plus reconnaître son ami.

Dans Je n'ai qu'une langue, ce n'est pas la mienne (titre emprunté à un autre écrivain algérien, Jacques Derrida), la romancière mais aussi, en l'espèce, sociologue Kaoutar Harchi livre cette analyse passionnante de cette trajectoire de reconnaissance littéraire, ainsi que celles d' autres écrivains algériens. Dans cet essai d'une remarquable rigueur, elle s'intéresse à trois écrivains d'une première génération, Kateb Yacine, Assia Djebar et Rachid Boudjedra et deux de la suivante : Boualem Sansal et Kamel Daoud. Analysant les textes mais aussi leurs contextes de publication et de réception, elle met en évidence les stratégies de stratégie de reconnaissance littéraires distinctes, entre subversion politique et esthétique pour la première génération, marquée par la décolonisation, et conformation et conservatisme pour la seconde. Sylvain Bourmeau

Kaoutar Harchi
Kaoutar Harchi Crédits : Sylvain Bourmeau - Radio France
Intervenants
  • Sociologue, rattachée au Cerlis Paris Descartes, écrivaine
  • Journaliste, professeur associé à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et directeur du journal AOC et producteur de l'émission "La Suite dans les idées" sur France Culture
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
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