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Rideau rouge

Derrière le rideau de fer de la Culture

3 min
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#LaThéorie |Une petite lumière clignote au bout du tunnel culturel.

Rideau rouge
Rideau rouge Crédits : Getty

L’éventuelle réouverture des cinémas en juillet, la reprise progressive de l’activité des salles de spectacles en juin, l’organisation possible de concerts en plein air : aujourd’hui à l’issue du Conseil de Défense, un certain nombre d’annonces devraient lever le rideau de fer de la culture.

Mais avant ce retour graduel à la vie culturelle, jetons un œil ce qui s’est passé justement « derrière le rideau ». Car on y a vu grouiller une incroyable démocratisation des pratiques culturelles. L’épidémie aura provoqué une véritable désinhibition créative. Voilà ma théorie.

Sans vouloir vous rappeler de lointains souvenirs : quand un bar ferme et que la soirée se prolonge à l’intérieur, une électricité particulière traverse les convives. Ils deviennent pour quelques heures les fondateurs d’une République nocturne autonome et éphémère. Même si ces républiques sont plus ou moins belles à voir ! Disons qu’on y observe une licence inventive et le sentiment partagé qu’il faut se saisir de cet instant. Le fameux « kaïros » le petit dieu ailé de l’opportunité.

Pour la culture, un phénomène similaire s’est observé pendant l’épidémie. Cette poche spacio-temporelle a permis à des millions d’anonymes de desserrer leur frein intérieur et de devenir à leur tour créateurs. 

Un français sur dix s'est mis à l'écriture d'un texte (roman, essai, biographie ou journal) durant la période. A l’échelle mondiale, l’effervescence créative fut telle que lorsqu'on parcourt le « Covid Art Museum », musée en ligne créé par trois Barcelonais passionnés d’art qui rassemblent les « œuvres » apparues spontanément au temps de la Covid, on est soufflé par le nombre et la qualité des propositions.

J’avais déjà évoqué ici la reproduction à domicile des chef-d’œuvres de l’histoire de l’art. En se baladant dans le « Covid Art Museum » tout est encore plus impressionnant et foisonnant. Photos, peintures, vidéos, coiffures, stylismes, montages, collages, détournements, maquettes, graphismes, installations, captures d’écran : c’est un dédale de formes et de supports comme totalement libérés des enjeux de « faire art » tout en proposant de véritables créations artistiques. La photo d’une main sur laquelle est écrit au stylo « j’ai besoin de toucher quelqu’un » suffit. 

Ce courant amateur et puissamment créatif, ce public autant acteur que spectateur, ont déjà été identifiés dans des études, présentés dans des expositions ou documentés dans des revues comme l’excellente « Profane » par exemple. Mais l’épidémie a accéléré, popularisé, et mondialisé le processus.

C’est que le partage d’une condition commune favorise la création devenue comme instantanément universelle. Et l’idée de créer pour rien d’autre que traduire cet étrange réel qui n’est voué ni à durer ni à revenir comme avant, produit une sorte d’« autorisation collective ». 

D’ailleurs le succès d’une applications comme « Tik Tok », téléchargée 100 millions de fois entre mars et avril, illustre le passage d’un phénomène adolescent (parfois trop narcissique ou toxique) au stade de studio mondial de créations vidéos. Mettant à dispositions des outils qui combinent les avantages de YouTube, Instagram et Snapchat (avec la même aspiration de données au passage).

Mais ce qui s’est produit derrière le rideau fermé de la culture ouvre assurément la voie à une nouvelle forme de culture populaire. « Pop » non pas parce qu’elle touche le plus grand nombre, mais parce qu’elle est faite par le plus grand nombre.

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