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Intégrer les critiques au sein même de la Mostra et son jury, il fallait y penser !

Du bienfait des polémiques dans les grands festivals de cinéma

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La Mostra de Venise s’est ouverte nimbée de polémiques, mais peut-il encore en être autrement?

Intégrer les critiques au sein même de la Mostra et son jury, il fallait y penser !
Intégrer les critiques au sein même de la Mostra et son jury, il fallait y penser ! Crédits : Pawel Wewiorski - Getty

Pas de festival sans polémique ! Cela fait désormais partie de la respiration naturelle des grands festivals de cinéma internationaux et à première vue ce n’est pas nouveau si l’on songe aux cortèges de scandales qui ont accompagné le festival de Cannes, jusqu’à faire partie de son identité. 

La Mostra, doyenne des ces mondiaux du cinéma, crée en 1932, s’est donc ouverte hier soir pour sa 76ème édition, suscitant différentes controverses. Mais si, à une époque, on s’empoignait verbalement - parfois même physiquement - au sujet d’un film, c’est-à-dire d’une proposition artistique, la polémique naît aujourd’hui de la sélection en tant que reflet ou manifeste dudit festival.

La Mostra en l’occurrence, et à travers elle, son directeur Alberto Barbera, sont critiqués à la fois pour le manque de parité de la sélection - seulement deux réalisatrices en lice (la Saoudienne Haifaa Al-Mansour et l’Australienne Shannon Murphy) - mais aussi sur le plan moral, pour le choix de deux films dont les réalisateurs sont ou ont été impliqués dans une affaire d’agression sexuelle. Le "J’accuse" de Roman Polanski, poursuivi aux États-Unis pour le viol d'une adolescente en 1977, et "American Skin" du réalisateur américain Nate Parker, acquitté en 2011 du viol d'une étudiante qui s’est suicidée 5 ans plus tard. 

Tourner le dos à #MeToo

Il n’en fallait pas plus pour que deux camps se montent. On parle à la fois d’une Mostra qui tourne le dos à #MeToo comme s’il ne s’était rien passé, et de féministes belliqueuses, sourcillant sur les quotas et montant violemment au créneau contre des hommes, alors qu’on présente des œuvres.

Certains ou certaines ne manqueront pas de se plaindre de cette ère nouvelle où ne parle plus de cinéma mais où l’on s’arc-boute sur des fiches d’états civils et judiciaires, mais ma théorie est qu’il ne peut plus en être autrement pour l’instant, et que ce n’est pas forcément un mal.

De ces critiques naissent un débat conflictuel dont je me demande bien pourquoi il nous ferait peur. Après tout, au sein même de la Mostra, deux voix divergent désormais : le directeur qui aurait bien voulu sélectionner plus de femmes mais qui apparemment n’a pas trouvé de quoi faire… Et la présidente du jury, la réalisatrice argentine Lucrecia Martel, qui a estimé que le principe des quotas ne lui plaisait pas beaucoup mais qu’elle ne connaissait pas d’autre système. Ajoutant qu’il fallait donner aux femmes la place qui leur est due. 

Le cas Polanski

Sur le cas Polanski, le directeur défend l’œuvre du réalisateur "l’un des derniers maîtres toujours actifs du cinéma européen" et ce film qu’il ne pouvait que sélectionner, la présidente, elle, n’assistera pas à la projection officielle, jugera le film comme tous les autres mais assure que la situation a au moins le mérite de nous obliger à discuter, car, dit-elle, "ce n’est pas une question simple".

Intégrer les critiques au sein même de la Mostra et son jury, il fallait y penser ! N’est-ce pas la meilleure façon de la cautionner ? Que "tout change pour que rien ne change" ? Au contraire, ces prises de position font du festival un lieu qui ne peut plus éviter le débat. La seule issue pour chacun ne reste pas figé dans le systématisme de ses positions. Alors tant que la situation le justifiera, "pas de festival sans polémique" ! Et alors ?

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