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Voici la représentation d'une chose qui n'est pas la culture

La Culture n'est pas un Doudou...

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Si pendant le confinement, les œuvres culturelles possèdent des vertus apaisantes et réconfortantes, le secteur culturel est plongé dans une crise qui n’a elle rien de lénitif. Au-delà de ça, la culture de demain ne doit pas jouer le rôle de pansement que veut lui conférer une société positiviste.

Voici la représentation d'une chose qui n'est pas la culture
Voici la représentation d'une chose qui n'est pas la culture Crédits : Kidsada Manchinda - Getty

Vous l’aurez peut-être noté, il est beaucoup question de « doudou » ces derniers temps. Les films, les séries, les musiques, les livres sont régulièrement analysés ou préconisés comme des « doudous ». Ces objets transitionnels qui réconfortent les enfants. Certes, en cette période de crise, d’enfermement, d’incertitudes ; certaines œuvres permettent de trouver un apaisement. Elles sont aussi refuges et parfois même remèdes. Mais pourquoi parler de « doudou » ?

La culture n’est pas « un médicament pour calmer les gens ».

Faut-il vraiment en rajouter dans l’infantilisation alors que chacun l’a bien compris, il doit faire ce qu’on lui dit et rester sagement à la maison sans poser de questions. Par ailleurs, réduire la création à la fonction utilitaire de « rassurer » ne me semble ni digne des œuvres elles-mêmes, ni très rassurant, pour le coup…

Cette langue régressive trahit pourtant une réalité autant qu’elle la construit. Et cette façon d’envisager la culture comme le public pourrait lui jouer des tours. Voilà ma théorie.

Les films de Jacques Demy ou les chansons des Beatles ne sont pas des ours en peluches. Et la culture, comme le disait récemment la cinéaste Claire Denis, n’est pas non plus « un médicament pour calmer les gens ».

Pourtant, la voilà prise dans un paradoxe, la culture. Sa nécessité cruciale dans la période que nous avons traversée et que nous traversons encore, est sans cesse démontrée. Un argument de plus, s’il fallait en rajouter, au-delà de son poids économique majeur, qui rend particulièrement insupportable la façon dont la culture est traitée par nos décideurs.

Une culture de l’oubli ? 

A l’heure des plans de relance et des scénarii de dé-confinement, elle a tout simplement été « oubliée » comme l’ont écrit les 236 signataires toutes disciplines et toutes générations confondues d’une tribune parue dans Le Monde ce week-end. Depuis, le président Emmanuel Macron a répondu à cet appel, et promis l’annonce de premières mesures pour la culture ce mercredi.

Mais cette « utilité » de la culture qui permet évidemment de défendre sa place, porte aussi en elle une dangereuse petite musique. Ne lui confère-t-on pas une mission qui potentiellement l’aliène ? Ces vertus réconfortantes de la culture ne pourraient-elles pas en quelque sorte se retourner contre elle ? Accentuant un certain formatage. Vous savez, le fameux « les gens voudront » au choix rire/se détendre/oublier après un tel épisode, alors évitons tout ce qui est prétendu sombre et anxiogène. Et voilà, la culture enflaconée dans son rôle de potion d’oubli.

Comme le note judicieusement le cinéaste, auteur, et metteur en scène Christophe Honoré,  après le confinement « on va aller encore plus vers une sorte de ventre mou qui existe déjà : on va nous dire qu’il faudra de l’évasion, du « feel-good », des histoires de héros solitaires qui se dévouent pour la collectivité… Et les cinéastes qui résisteront à ce formatage auront des difficultés économiques encore plus importantes pour tourner leurs films ».

Dans leur appel, les plus grands artistes et artisans français de ladite culture parlent de « l’oubli » de « millions de ressources humaines, intellectuelles, et rêveuses », mais aussi de ces « formes de vie », et de « représentation sensibles » qui « réparent » et « inventent ». Ils ne parlent pas de « doudou » ! Car pour continuer à exister ces récits et ces imaginaires doivent garder leur ambivalence. Il est question d’espaces intérieurs, pas de surfaces câlines, de puissance et pas d’utilité.

par Mathilde Serrell 

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