LE DIRECT
Va-t-on revoir à l'avenir le mode d'attribution de la prestigieuse statuette ?

La révolution des Césars n’est pas qu'une affaire de famille

3 min
À retrouver dans l'émission

Si je devais donner un titre de film à la crise que traversent actuellement les Césars, ce serait entre "Une affaire de famille" et "Un peuple et son roi"

Va-t-on revoir à l'avenir le mode d'attribution de la prestigieuse statuette ?
Va-t-on revoir à l'avenir le mode d'attribution de la prestigieuse statuette ? Crédits : CHRISTOPHE PETIT TESSON - Maxppp

La tribune rendue publique par le quotidien Le Monde et signée par 400 professionnels et personnalités du cinéma remet en question le fonctionnement de l’Académie et son association. C’est donc une affaire interne à la fameuse "grande famille du cinéma".  Mais il y souffle un vent de révolution qui dépasse les querelles de paroisses et de kermesses. 

Un changement culturel et structurel s’opère en lien avec l’époque. Et à ce titre la bagarre des Césars nous concerne, c’est ma théorie.

Un appel à plus de "démocratie"

Que demandent les signataires de la tribune? "Plus de démocratie." Les membres de l’Académie des Césars ne votent que pour les nominations et les récompenses mais n’ont pas leur mot à dire sur le fonctionnement de cette institution, ni son comité de pilotage, ni le déroulé de la cérémonie. Et ce, contrairement aux Oscars aux Etats-Unis, ou aux BAFTA au Royaume-Uni, où les membres de l’Académie élisent aussi leur direction. Résultat, les choses s’organisent dans un esprit de club assez opaque, entre cooptation et désignation à vie.

Ce qui a conduit notamment au refus arbitraire de deux marraines, Virginie Despentes et Claire Denis, choisies par de jeunes talents pour le dîner des révélations. Dîner qui constitue l’étincelle de cette affaire, le point révélateur à partir duquel l’engrenage de la contestation s’est mis en marche. 

Signataire aux côtés de Marina Foïs, Karin Viard, Jacques Audiard, Cédric Klapisch, Céline Sciamma, Eric Toledano et Olivier Nakache - ou encore, pour aller vite, tous ceux et celles qui pèsent dans le cinéma français aujourd’hui - Omar Sy s’interrogeait récemment sur la dimension publique de cette tribune. C’était sur le plateau de l’émission "Clique" de Canal .

Vers des Césars plus en phase avec la société ?

Si les membres de l’Académie aspirent à plus de "démocratie", en quoi ce débat concerne-t-il le grand public ? D’abord, parce qu’il est question d’aligner les Césars français sur leurs équivalents étrangers plus paritaires, plus diversifiés et plus transparents. Et cette mise à jour s’inscrit dans le sillage d’une transformation de nos institutions culturelles afin d’être plus en phase avec la société. 

Le changement opère déjà puisqu'Alain Terzian, le patron des Césars, a annoncé rien de moins qu’une "révolution culturelle" : "pour atteindre la parité nous allons ouvrir massivement à 700 ou 800 femmes supplémentaires le collège des votants" a-t-il déclaré. Las. Si le "parrain" Terzian a nommé un médiateur, ces désignations paritaires n’en sont pas plus démocratiques. Pour les signataires de la tribune, elles trahissent encore les "vestiges d'une époque que l'on voudrait révolue, celle d'un système élitiste et fermé". Bref la révolution ne fait que commencer. 

Et concrètement, cette bascule aura un impact. Preuve en est avec les Oscars, où l’arrivée de 800 nouvelles personnalités au sein de l’Académie - qui était elle aussi sous le feu des critiques - a débouché sur un palmarès historique... avec le triomphe d’un film sud-coréen sur la lutte des classes ! 

Marquée par l’appel de plusieurs associations féministes à "refuser de décorer" le réalisateur Roman Polanski, 12 fois nommé, la cérémonie du 28 février prochain s’achemine vers une contestation de plus en plus intense. Les Césars auraient gagné à faire leur mue plutôt, c’est à cette condition que l’on peut porter et assumer ses choix. Or, à ce stade, le roi Terzian pourrait se retrouver nu...

par Mathilde Serrell

Mise à jour : La direction de l’Académie des Césars a annoncé jeudi 13 février sa « démission collective ».

« Pour honorer celles et ceux qui ont fait le cinéma en 2019, pour retrouver la sérénité et faire que la fête du cinéma reste une fête, le conseil d’administration de l’Association pour la promotion du cinéma (Académie des arts et techniques du cinéma) a pris la décision à l’unanimité de démissionner. Cette démission collective permettra de procéder au renouvellement complet de la direction », a fait savoir dans un communiqué l’instance présidée depuis 2003 par le producteur Alain Terzian.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Chroniques

8H55
3 min

La Conclusion

Walter Benjamin, Greco et la magie des allégories
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......