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Fleurs, bougies et pancartes en mémoire des victimes des violences policières à Hollywood

"This Is America" : la culture pop et la diversification du combat contre le racisme

3 min
À retrouver dans l'émission

#LaThéorie |Childish Gambino et son « This is America » ne sont pas les nouveaux symboles du combat des noirs aux Etats-Unis, mais d’une culture populaire qui a fait de ce combat celui de tous.

Fleurs, bougies et pancartes en mémoire des victimes des violences policières à Hollywood
Fleurs, bougies et pancartes en mémoire des victimes des violences policières à Hollywood Crédits : Agustin PAULLIER - AFP

Il y a deux ans, dans un clip fracassant, devenu une référence instantanée, Childish Gambino rappait : « C’est ça l’Amérique, que je te reprenne pas à dormir ! ».  Le brûlot vidéo attaquait les violences et le racisme endémique de la société américaine en dansant. Une dernière transe faussement joviale de la culture spectacle sur fond de meurtres et d’atrocités...

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Aujourd’hui c’est ce titre qui accompagne largement les images de mobilisations contre le racisme et les violences policières, depuis la mort de George Floyd - homme noir de 46 ans asphyxié sous le genou d’un policier le 25 mai dernier à Minneapolis. 

Propulsé hymne du mouvement « Black Lives Matter » sur le puissant réseau social TikTok, « This is America » se hisse également dans le top 10 des chansons les plus écoutées sur les plateformes en ligne. Car ce titre incarne plus largement un nouveau socle générationnel et culturel. Voilà ma théorie.

Par rapport aux années 60 et aux mouvements pour les droits civique, tout le monde s’accorde à noter que la contestation a changé : elle témoigne d’une « remarquable diversité ». Et la transformation du paysage culturel n’est pas étrangère au changement auquel on assiste. Childish Gambino et son « This is America » ne sont pas les nouveaux symboles du combat des noirs aux Etats-Unis mais d’une culture populaire qui a fait de ce combat celui de tous. 

Comme le fait remarquer l’historien Pap Ndiaye dans une tribune parue dans Le Monde, cette foule diversifiée est forte d’une « histoire de résistance, racontée par les historiens mais aussi et surtout par la culture populaire ». Des chansons de Beyoncé (ou Childish Gambino) aux références régulières à Malcom X et Martin Luther King dans de nombreux titres, clips, films, ou séries, cette culture a touché un public métissé, et imprégné toute une génération bien au-delà des Etats-Unis d’ailleurs. 

C’est cette culture qui fait socle. Et quand l’industrie du disque lance son « black out Tuesday » - un « mardi débranché » en soutien aux protestations contre les violences policières visant les Africains-Américains aux Etats-Unis - la fronde est massive. 

La transmission de ce combat contre le racisme à travers la culture populaire est un moteur fédérateur, mais il faut ajouter que la « diversité remarquable » des foules que j’évoquais tout à l’heure, se nourrit aussi d’une évidence. Cette culture commune est souvent emmenée par des artistes qui appartiennent à des groupes visés par ces violences endémiques, comment pourrait-on baigner dans cette culture, et se désolidariser de ce combat pour l’égalité et la justice ? 

La France ce n’est pas les Etats-Unis bien sûr et le pur calque ne fonctionne pas. Mais restent des similitudes. Alors que le rap est la musique la plus populaire du pays, les artistes qui en sont les fers de lance sont souvent issus des quartiers où s’exercent ces incessants contrôles au faciès et violences policières systémiques. Comment une société et une génération qui vibrent à leurs sons, ne pourraient-elles pas se sentir largement concernées par ces questions ?  

Un nouveau paradigme générationnel et culturel prend donc acte que ce problème est le nôtre. Ce n’est pas un hasard si la tribune qui appelle les français à avoir « le courage de dénoncer les violences policières » et d’en finir avec le système d’impunité qui les cautionne, au-delà même des questions de racisme, est lancée par l’acteur Omar Sy. Il est lui aussi l’emblème de cette culture populaire capable de construire un « nous ». 

Par Mathilde Serrell 

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