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Une semaine après la parution de la tribune de Virginie Despentes, quel écho trouvera ce manifeste dans le futur ?

Despentes et après?

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Que révèlent cette énonciation brûlante comme le pic de fièvre tribunaire qui s’en est suivi ? Paradoxalement le nombre de réactions à la tribune publiée dans Libération par Virginie Despentes après la cérémonie des Césars n'est-elle pas le symptôme de notre incapacité à nous parler ?

Une semaine après la parution de la tribune de Virginie Despentes, quel écho trouvera ce manifeste dans le futur ?
Une semaine après la parution de la tribune de Virginie Despentes, quel écho trouvera ce manifeste dans le futur ? Crédits : PatriciaEnciso - Getty

Une semaine après sa publication, le commentaire du texte post Césars de Virginie Despentes "Désormais on se lève et on se barre" est devenu un genre en soi. La fureur de sa langue a produit une sorte d’exégèse virale. Au-delà des positions des uns et autres sur le contenu, c’est ce phénomène de contagion qui m’intéresse.

Que révèlent à la fois cette énonciation brûlante et la transe textuelle qui s’en est suivie ? Cette fièvre est le signe, ou plus précisément le symptôme, d’un mal qui couvait dans le débat public. Paradoxalement le nombre de réactions au texte de Despentes montre l’incapacité à se parler. Voilà ma théorie.

Pourquoi, au pays des mille et une tribunes, cette prose furibarde a spécifiquement acquis le statut de manifeste ? Pourquoi a-t-elle poussé les uns, les unes et les autres à se positionner ?

Libération qui l’a publié à l’origine revenait ce week-end sur "l’onde de choc Despentes". Mais n’est-ce pas l’expression qui s’impose maintenant le plus souvent ? En début d’année, il s’agissait de "l’onde choc" du livre Vanessa Springora sur Gabriel Matzneff, Le Consentement. Et en décembre c’était "l’onde de choc" provoquée par la prise de parole d’Adèle Haenel sur Mediapart.

Despentes, Springora, Haenel : une énonciation disruptive

D'une onde de choc à une autre, ce qu’il y a de commun dans ces séquences, c’est une énonciation qui fait rupture. Une forme qui rend soudain audibles des éléments pourtant déjà connus.

Dans le cas de Despentes, ce ne sont pas les embardées conceptuelles qui interpellent mais bien la langue. Une élégie ultra vénère, un pamphlet gueulard qui vient casser la narration ambiante, que l’on soit d’accord ou non sur le fond.

Pourquoi cette rasade ulcérée a transpercé le débat ? Parce qu’en dépit de ces marqueurs lexicaux bien connus - les "dominants" versus les "dominés" - en dépit de l’agenda politique d’une Despentes qui soutient Vikash Dhorasoo, candidat sur la liste Décidons Paris liée à La France Insoumise pour les élections municipales à Paris, il s’en dégage une force émotionnelle.

Le jargon des luttes sociales, y compris féministes, avait été associé depuis quelques années à la "bien-pensance". Voilà soudain qu’il brusque et qu’il transgresse. On pourra opposer à Despentes qu’elle est une ex-figure de la transgression punk accueillie depuis dans le temple institutionnel du prix Goncourt. Ou encore que cette transgression du verbe et ces gros mots qui tâchent aboutissent en définitive à de nouvelles normes intransigeantes.

Mais cette expectoration virulente reste une rupture. Elle marque l’urgence d’un changement et devient le signe que le débat, faute d’avancées, se polarisera encore davantage jusqu’à la juxtaposition de cris en silo.

Pour ceux et celles qui ne comptent pas se casser mais se demandent où s’asseoir, c’est ce différentiel de temporalité, entre aspirations et transformations, qu’il va falloir accompagner et nommer.

par Mathilde Serrell

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