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Pour la première fois de leur histoire, les Oscars ont consacré un film sud-coréen. Parasite repart d'Hollywood avec quatre statuettes . Allociné

"Parasite", victoire d’un cinéma international aux Oscars

3 min
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Meilleur film et meilleur film international, meilleur réalisateur et meilleur scénario pour "Parasite" du sud coréen Bong Joon-ho : ce triomphe historique d’un film non-anglophone est celui du village global contre les replis identitaires.

Pour la première fois de leur histoire, les Oscars ont consacré un film sud-coréen. Parasite repart d'Hollywood avec quatre statuettes . Allociné
Pour la première fois de leur histoire, les Oscars ont consacré un film sud-coréen. Parasite repart d'Hollywood avec quatre statuettes . Allociné

C’est d'ores et déjà une date qui marque l’histoire du cinéma. Pour la première fois un film non anglophone (et non muet) vient de remporter l’Oscar du meilleur long métrage. "Parasite" du sud coréen Bong Joon-ho acte la reconnaissance d’une culture planétaire et interconnectée. C’est ma théorie. 

Il n’est pas anodin que l’autre victoire historique de Parasite soit aussi celle d’un doublé sans précédent "meilleur film" et "meilleur film international". Le meilleur film EST international semble clamer ce palmarès. C’est ce caractère mondialisé du cinéma, cette culture d’un village global qui vient de triompher à l’heure des replis identitaires et des crispations communautaires.

"De meilleur film étranger à meilleur film international"

L’étiquette internationale, le réalisateur Bong Joon-ho l’a mainte fois revendiquée lors de la cérémonie. "Je souhaite soutenir le changement de nom de cette catégorie de meilleur film étranger à meilleur film international" a-t-il déclaré au moment de recevoir d’abord l’Oscar. 

International et pas étranger : cela signifie que nous habitons un espace commun. Mais aussi que la langue des imaginaires n’a que faire de la course à l’échalote des nations. "Écrire un scénario est un processus solitaire. On n’écrit pas pour représenter son pays et pourtant c’est le premier Oscar de la Corée du Sud" relevait encore Bong Joon-ho en recevant cette fois l’Oscar du meilleur scénario (devant Quentin Tarantino).

Au total les quatre Oscars de "Parasite", dont celui de Meilleur réalisateur pour Bong Joon-ho constituent un véritable manifeste. Et si, d’un certain point de vue, ces quatre statuettes consacrent l’influence prépondérante de la Corée du Sud sur le paysage culturel mondial, elles sonnent avant tout la victoire d’une conception totalement hybride de l’art et de la culture. Une "mondialité" positive et revendiquée comme telle.

D’ailleurs, Bong Joon-ho s’inscrit dans une communauté et un langage collectif, celui du cinéma international - ou oserais-je même dire de "l’internationale du cinéma". Un groupe qui franchit les barrières - pas que celles des sous-titres - et qui se nourrit mutuellement. "Martin, j’ai tellement étudié vos films à l’école. Je ne pensais pas remporter l’Oscar. Merci Quentin d’avoir toujours cité mes films. Sam et Todd, je vais couper la statuette pour la partager avec vous. Je vais vraiment boire jusqu’au petit matin…" déclarait enfin Bong Joon-ho en remportant l’Oscar du meilleur film devant Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Sam Mendes et Todd Philipps.

Il y a quelque chose de très fort dans l’interdépendance que symbolise Parasite. Et au-delà des honneurs et des discours, c’est tout ce que porte le film, lui-même. 

Dénoncer le darwinisme social planétaire

Dans cette histoire, la famille de pauvres qui va se greffer au quotidien de bourgeois pédants pétris de "globish", se greffe aussi au réseau du restaurant voisin et trinque à la gloire du wifi sacré !

Interconnectés et interdépendants, tels sont l’espace mondial et l’espace du film. Parasite raconte le darwinisme social planétaire dans lequel nous vivons, mais plus que Joker, il a su inventer le langage international pour le dire. Un langage branché, non pas sur l’uniformité aseptisée du "globish", mais sur tous les réseaux de représentations et tous les genres. De Victor Hugo à Ettore Scola, de Chabrol à Desperate Housewives, du film d’arnaque au film gore, de la satire sociale au thriller, Parasite est l’étendard d’une culture "parasitaire" au sens où elle se nourrit, et dépend des autres. C’est une définition XXIe siècle de la "créolité" chère à Edouard Glissant, une hybridation interdépendante. 

par Mathilde Serrell

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