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Collecction du Quai Branly

« Black Panther » au Musée du Quai Branly

3 min
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#LaTheorie |Les enjeux encore non résolus de la restitution des oeuvres, mais aussi ceux de la mémoire conflictuelle de l’esclavage et de la colonisation, basculent sur un terrain beaucoup plus physique. Ce que « Black Panther » avait, d’une certaine manière, anticipé et mis en scène.

Collecction du Quai Branly
Collecction du Quai Branly Crédits : FRANCK FIFE - AFP

Au musée du Quai Branly, à Paris, vient de se jouer une scène qui semble presque sortie du film « Black Panther ».

Vendredi dans les collections africaines, un groupe de cinq activistes est venu arracher de son socle un poteau funéraire du 19ème siècle, provenant de la tribu Bari, au centre-est de l'Afrique. 

« C’est notre patrimoine, je le ramène à la maison » déclare notamment un des hommes dans la vidéo de cette action. Dans « Black Panther », production Marvel qui a connu il y a deux ans un succès planétaire, le fils du prince N’Jobu, et ennemi juré de Black Panther organise un casse dans un musée londonien pour récupérer une arme légendaire du Wakanda. Si ce pays d’Afrique est imaginaire, et la scène aussi, la fiction traduisait en revanche un débat bien réel sur la restitution des œuvres. 

Voilà que ce qui semblait relever de la fiction est venu frapper aux portes du réel. Comment faut-il l’entendre ?

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En tentant de l’emporter, ces activistes, criant au vol et au recel, ont fait de cette œuvre Bari le symbole du patrimoine pillé pendant la colonisation. Un patrimoine qui n’a globalement pas encore été restitué temporairement ou définitivement même si de nombreuses démarches et prises de position vont dans ce sens. Aujourd’hui plus de 90% des pièces majeures de l’Afrique subsaharienne se trouveraient, selon les experts, hors du continent.

Ma théorie c’est que les enjeux encore non résolus de la restitution des œuvres, mais aussi ceux de la mémoire conflictuelle de l’esclavage et de la colonisation, basculent sur un terrain beaucoup plus physique. Ce que « Black Panther » avait, d’une certaine manière, anticipé et mis en scène.

Tentative d’enlèvement ou de restitution d’une œuvre et déboulonnages montent d’un cran dans la mobilisation. Ramener ce poteau funéraire du 19ème siècle « à la maison » qu’est-ce que cela signifie ? Comment aurait-il été transporté ? Où aurait-il été conservé et accueilli ? Cette tentative d’enlèvement ou de restitution n’était pas faite pour réussir, c’était la matérialisation d’une pression, sa traduction en coup de force. A leur manière, aussi, les actions généralisées de déboulonnages de statues, identifiées comme celles de colonialistes ou d’esclavagistes, sont des  signaux de bascule physique du débat sur la mémoire et la réparation.

Mais dans les deux cas qu’il s’agisse de l’enlèvement symbolique d’une œuvre ou qu’il s’agisse de l’abattement symbolique d’une statue, cette confrontation de terrain traduit l’exaspération d’une attente. Ce que le film « Black Panther » nous laissait entrevoir. 

Seulement supprimer une statue sans qu’on sache ce que sa présence représentait et ce qu’elle dit de l’Histoire, ça ne pourra rien réparer. De même arracher un objet du patrimoine Bari pour « le ramener à la maison», ne suffit pas à réparer la dépossession dont cette œuvre devient le symbole. 

Le président Emmanuel Marcon réaffirmait hier soir que « La République n’effacera(it) aucun nom ou aucune trace de son histoire ». Ne pas effacer l’histoire certes, mais aussi la rendre visible c’est tout l’enjeu, car cette montée d’intensité physique dans les mobilisations traduit peut-être un manque de « matérialisation» de cette histoire commune et douloureuse. 

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