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La cérémonie des 35èmes Victoires de la Musique a eu lieu ce vendredi.

Requiem pour les cérémonies ?

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D’une manière générale, le principe de spectacle de remise de prix n’est-il pas profondément essoufflé ?

La cérémonie des 35èmes Victoires de la Musique a eu lieu ce vendredi.
La cérémonie des 35èmes Victoires de la Musique a eu lieu ce vendredi. Crédits : Franck Castel - Maxppp

Les Victoires de la musique, emblèmes d'un essoufflement ?

Neuf récompenses pour 3H20 de direct : est-ce vraiment raisonnable ? Vendredi soir avait lieu la 35ème cérémonie des Victoires de la musique, et malgré une volonté de dynamiser l’exercice, l’expérience télévisuelle s’avéra une fois encore très poussive. Plombée par d’interminables hommages et nécros, boudée par les seuls lauréats de la musique la plus populaire de France, les rappeurs de PNL, et empêtrée dans un embouteillage de 14 présentateurs.

Quant à l’importation d’une culture plutôt anglo-saxonne de la vanne corporatiste, elle tourne court lorsqu’il s’agit de mettre Stéphane Bern en poncho pour se moquer de Florent Pagny… 

Vous me direz heureusement qu’il y avait Philippe Katerine pour incarner à lui tout seul l’utopie d’un renouvellement. Et pas qu’en termes de costume. Il était certes couvert de gants en plastique et arborait un faux nez en forme de phallus, mais il a aussi proposé une fusion des catégories « artiste masculin » et « féminin » de l’année. Ainsi que d’autres options catégorielles : « le poids, la taille, les artistes drogués, les artistes clean, le taux de cholestérol, ou les pieds plats… tout est possible ! ».

Reste cette question : d’une manière générale, le principe de spectacle de remise de prix, n’est-il pas profondément essoufflé ? Ma théorie, c’est que nous entrons dans une phase de requiem pour les cérémonies. 

Un rituel en perte de lien avec le grand public

Les audiences des Victoires de la Musique sont remontées par rapport à la précédente édition, mais depuis quelques années la pente est franchement descendante. Quant aux derniers Oscars, ils ont enregistré le pire score de leur histoire. Et ce, même en raccourcissant la durée, en supprimant les maîtres de cérémonie, en multipliant les numéros de stars, et en délivrant un palmarès historique ! En 2019 le suivi des César atteignait également son plus bas niveau.

Cette année, la diffusion de la cérémonie des César est maintenue malgré la démission collective de l’Académie. Canal a annoncé que certains des 400 signataires qui ont dénoncé le manque de démocratie, de transparence, de parité, et de diversité dans le fonctionnement de l’Académie, prendraient la parole. Mais l’effet d’attente, le suspens quant aux résultats définitifs d’un palmarès plus politique que jamais, ou encore l’agitation qui émanera des associations féministes, suffiront-ils à piquer davantage l’intérêt des téléspectateurs ? 

Et même si c’était le cas, comme le relevait Michel Guerrin dans Le Monde : « l’autocélébration d’une profession, qui affichera une unité de façade Salle Pleyel, et sa fraternisation avec le public par le biais du petit écran, n’est-elle pas artificielle ? »

Les César 2020 marqueront un tournant, mais la survie même, du spectacle de cette remise de prix, est-elle garantie ? N’assiste-t-on pas à la fin de ce type de rituels ?

Et si ceux-ci sont transformés, actualisés, repensés pour mieux refléter le pluralisme des propositions artistiques et de la société, n’en restent-ils pas moins une forme dépassée ? La reconnaissance d’un milieu, d’une profession, d’un jury, a une dimension rituelle bien sûr, mais le partage de cette symbolique avec le public ne semble plus relever de l’évidence. 

par Mathilde Serrell

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