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Louis de Funès pendant un déjeuner lors du tournage du film 'Les Aventures de Rabbi Jacob' de Gérard Oury en juin 1973

Cinéma et télévision publique, un nouvel élan patrimonial

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En cette période de vaches maigres, la télévision publique ressort ses films classiques pour s'assurer de bonnes audiences. Résultat, les aventures de Louis de Funès sont toujours les plus populaires. Mais n'est-ce pas le moment de faire preuve d'audace pour découvrir de nouveaux horizons ?

Louis de Funès pendant un déjeuner lors du tournage du film 'Les Aventures de Rabbi Jacob' de Gérard Oury en juin 1973
Louis de Funès pendant un déjeuner lors du tournage du film 'Les Aventures de Rabbi Jacob' de Gérard Oury en juin 1973 Crédits : William KAREL - Getty

Pas plus tard que vendredi, je vous parlais de cette culture « d’après » qui s’invente aussi « pendant ». Ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette crise et de ce virus, que d’avoir rouvert un certain nombre de perspectives en plein confinement, et d’avoir donné de l’air à des débats viciés.

La place du cinéma à la télévision mais aussi une certaine idée ce que sont les « attentes » du public font partie de ces enjeux culturels largement redimensionnés. Voilà ma théorie.

Le succès des films de patrimoine

Concernant le cinéma à la télévision publique, l’un des enseignements de cette phase de confinement, aura été succès de la programmation des films «  de patrimoine ». 4 millions de téléspectateurs pour Rabbi Jacob par exemple. Mais au-delà des pages qui se sont écrites pour commenter les bienfaits de ces plaisirs rassembleurs et leur rôle de transmission générationnelle, restent que l’on ne voit pas très bien pourquoi un tel phénomène se limiterait aux aventures de Louis de Funès.

C’est le sens d’une tribune publiée hier sur le site du Monde et signée d’un collectif de réalisateurs, distributeurs, directeurs de festivals, critiques et autres professionnels du cinéma. Ils se demandent pourquoi en parallèle de très bons Gérard Oury ou Louis de Funès on ne programmerait pas également des films populaires de Truffaut, Clouzot, Chabrol, Pialat, Varda ou Demy par exemple.

Et si l’on va par là, ne pourrait-on pas aussi se retrouver devant un Fellini, un Hitchcock, un western de Ford ou Léone, un Almodovar, un Scorsese ou un Jane Campion ? Quant aux classiques du cinéma français contemporain où sont-ils ? Les films de François Ozon, Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Tonie Marshall, Céline Sciamma ou Christophe Honoré. Sans oublier  les comédies déjà cultes de Cédric Klapisch, du duo Bacri/Jaoui, ou encore les OSS 117 de Michel Hazanavicius. Ne trouveraient-ils aussi pas leur place dans ces diffusions de type « patrimonial » ? D’autant que ce sont parfois des films coproduits par France TV, comme le précisent les signataires.

La transmission d'un patrimoine sans distinction de "classes de classiques" : un rôle à la hauteur de la télévision publique 

Oui c’est un investissement, mais pendant le confinement, la télévision publique s’est affirmée sur ses missions d’éducation, d’information et de partage de la culture. La valorisation de ce ciment cinématographique et cinéphilique va dans le même sens : prioritaire et salutaire.

De plus, l’idée que ces « classiques-là » s'adresseraient à une niche est fausse.  La chambre bleue » de Mathieu Amalric n’a-t-elle pas rassemblé 2 millions de téléspectateurs sur Arte fin mars ? Et Barry Lyndon de Stanley Kubrick 1,9 million ? A ceux qui voudraient y voir un plébiscite « bobo », faut-il rappeler que 42% du public de cette chaîne (Arte) réside dans des villes de moins de 50 000 habitants et des communes rurales ?

Cette semaine l’accord entre MK2 et Netflix annonçait l’arrivée, entre autres, de presque tous les classiques de François Truffaut sur la plateforme. S’il témoigne comme je l’ai dit ici d’une complémentarité possible entre les salles de cinéma et les services de vidéos à la demande, il montre aussi que ce terrain patrimonial ne saurait être déserté par la télévision gratuite à financement public. Encore faudrait-il se débarrasser d’encombrants stéréotypes.

par Mathilde Serrell

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